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Pierre Guillaume – Le Nez, l’Odeur et la Capitale

Certains métiers diffusent une aura, un mystère auquel personne ne résiste. Celui de Nez en est un parangon : un Nez … le mot à lui seul n’exerce-t-il pas une fascination où les tirades de Cyrano se mêlent à des souvenirs proustiens qui renaissent d’une simple odeur ? Pour explorer cette terre inconnue qu’est la profession de parfumeur, nous avons eu la chance de rencontrer Pierre Guillaume, un Nez à l’univers riche, artistique et sensible. 

◊ Pierre Guillaume, comment vous définiriez-vous, pour nos lecteurs ? 

Je suis un parfumeur indépendant, ce qui, en fait, est plutôt rare. Je compose et élève les jus dans mon atelier de production, à Clermont-Ferrant, où toutes les étapes sont réalisées, de la maturation jusqu’à la mise en flacon par nos Dames de tables, qui assemblent à la main chaque flacon. J’ai la chance de vivre entre Clermont et Paris : les deux me sont nécessaires. Paris est une ville parfois exaspérante mais bouillonnante ! Il n’y a pas d’équivalent dans le monde. 

Ateliers Pierre Guillaume à Clermont-Ferrand

◊ Avez-vous suivi une formation particulière pour devenir Nez ?

Je suis chimiste de formation. C’est par un concours de circonstance que j’ai tambouillé une odeur qui me rappelait mon père, sa cave à cigare. La bonne odeur du cigare ! Celle de la boite qui s’ouvre et laisse s’échapper ses effluves … C’est devenu Cozé, mon premier parfum (Cozé : C’est osé, ndlr.).  Après, les choses se sont enchainées rapidement, notamment grâce à un bon article dans le GQ américain. A un moment, il a fallu envisager d’arrêter mon métier de chimiste pour me consacrer aux parfums. Il m’a quand même fallu un déclic ! C’était en Espagne … devant moi, j’ai senti une femme qui portait un de mes parfums, Corps et âme … Ca m’a procuré beaucoup d’émotions. Ca voulait dire que ce que je fais crée un écho dans le coeur de certaines personnes, suffisamment pour que cette femme emporte avec elle, en vacances, un flacon … 

◊ Pour vous, que raconte, qu’incarne, un parfum ?

A mon sens, il n’est pas que figuratif. Il raconte une histoire, un endroit, une photo, un film … Il fait appel à la synesthésie (association de plusieurs sens,ndlr.) pour transporter autre chose que la seule odeur. Les parfums sont pour moi le prétexte de quelque chose, des vecteurs de lumière, des images traduites. A l’origine d’une création, il y a toujours un déclic. 

◊ Y’a-t-il une odeur qui vous ressemble ?

En réalité, tous mes parfums me ressemblent : ce sont des odeurs égoïstes. Ils correspondent à un besoin d’exprimer, d’exhiber ce qui se passe dans la tête. Après, le public adhère ou pas. C’est les aléas de la mode, il faut faire des propositions. 

◊ Vous avez une boutique dans le quartier du Louvre … Est-ce votre quartier de prédilection à Paris ?

J’aime beaucoup ce quartier ! Il a un sens sentimental pour moi. Dans les années 2000, je prenais tous les jours la rue Jean Jacques Rousseau. J’y ai trouvé une boutique par un concours de circonstances après avoir fait une proposition rue Marbeuf … ça ne m’aurait pas ressemblé. Le premier arrondissement est historiquement le quartier des parfumeurs, il incarne bien Paris, je trouve. 

◊ En parlant de Paris, auriez-vous quelques adresses à conseiller à nos lecteurs …

  • un grand restaurant ?

J’ai découvert récemment le Loulou, au Musée des Arts Décoratifs. Le décor est superbe, au coeur du Palais du Louvre et des ses jardins … Le chef est Italien, pourtant c’est une nourriture plus éclectique. Le tartare de veau à la truffe est extra.

  • un bistrot chaleureux ?

Chez Louise, vers la rue du Pélican, on se régale. C’est un restaurant d’hiver, où l’on mange du boeuf bourguignon et du parmentier de canard. C’est une cuisine du terroir, traditionnelle, qui fait du bien quand il commence à faire froid, comme maintenant. Le tout avec une bouteille de Pic Saint Loup !

  • un salon de thé douillet ?

Oui ! En face de la boutique, rue Jean Jacques Rousseau, Claus. C’est un salon de thé toujours plein (pour de bonnes raisons). Le lemon cake est très bon. 

  • un musée qui sort des sentiers battus ? 

Ca ne sort pas vraiment des sentiers battus, mais tant pis : la Fondation Louis Vuitton. Il y avait jusqu’à il y a peu une retrospective sur l’art contemporain africain, j’ai adoré. Dans une salle il y avait des masques faits avec des bidons. Avec rien ces artistes ont fait du beau. J’ai découvert beaucoup de talents et de sensibilité, notamment parmi de jeunes photographes africains. Ca remet certaines valeurs en perspective … 

◊ Avant de nous quitter, pourriez-vous répondre à cette question qui nous taraude : la parfumerie est-elle, à votre avis, un art ? 

Ca peut l’être, si on crée dans l’absolu, et pas pour le marché. Ce sont deux choses très différentes. Bien entendu, je n’essaye pas de plaire à tout le monde, car il faut s’adresser à une culture bien particulière, en respectant la diversité, sans forcément tout mélanger. Puis parfois je crée un parfum de manière plus égoïste, pour dire quelque chose. J’aime expérimenter, mais tout n’est pas pas commercialisable car tout n’est pas forcément consensuel, ou dans l’air du temps. C’est pourtant des fragrances à explorer … certaines restent des recherches. Dans tous les domaines, il y a des étapes de recherches, des périodes, des couleurs.

Les infos pour trouver les parfums de Pierre Guillaume → c’est là. 

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