Gucci par Demna : 12 tapisseries monumentales célèbrent la maison florentine à Milan Design Week
En avril 2026, la Milan Design Week a accueilli un événement qui a fait parler toute la sphère mode. Demna, nommé directeur artistique de Gucci un peu plus d’un an auparavant, a dévoilé une exposition aussi subversive que captivante. Au cœur du Chiostro di San Simpliciano, la maison florentine a proposé une relecture audacieuse de son héritage.
Un pavillon noir au cœur de Milan
Dans le quartier de Brera, les affiches de la première campagne sacs à main de Demna pour la maison étaient partout. Kate Moss et Emily Ratajkowski y posaient en sous-vêtements, protégées par un simple sac ou chaussées de bottes monogrammées GG. Leurs yeux cerclés de khôl captaient le regard des passants.
Le soir du vernissage, un pavillon noir massif trônait au centre du cloître de l’ancien couvent. Cette structure évoquait les monolithes du film 2001: A Space Odyssey. À l’intérieur, les invités inséraient des tickets QR dans des distributeurs automatiques.
Chaque ticket délivrait l’un des quatre cocktails en canette inspirés du lookbook « La Famiglia ». Drama Queen, Fashion Icon, Mega Pesantone ou Super Incazzata : les noms jouaient sur les archétypes italiens avec un humour mordant.
« Certains ont adoré, d’autres ont détesté. C’est du Demna, après tout. »
Des tapisseries monumentales pour raconter l’histoire de la maison
Plus loin, dans une cour plus vaste, une prairie de fleurs sauvages entourait une fontaine. Des cosmos blancs, roses et magenta côtoyaient des rosiers rouge profond. Autour de l’arcade, 12 tapisseries monumentales racontaient l’histoire de la maison sous le titre « Gucci Memoria ».
L’une montrait une femme aux boucles à la Botticelli offrant une grenade à un homme en uniforme de groom. Cette scène faisait référence au passage de Guccio Gucci au Savoy Hotel de Londres. Une autre représentait des artisans du cuir travaillant dans un atelier face au Duomo de Florence.
- Un trio de frères posant comme les Trois Grâces
- Une dispute familiale dans une villa Renaissance
- Un hommage à la collection automne 2018 d’Alessandro Michele
- Une réinterprétation gothique de La Naissance de Vénus
- Demna lui-même, travaillant sur le manteau rouge de Mariacarla Boscono
Un miroir tendu à la culture italienne
Avec cette exposition, Demna interroge notre rapport aux chefs-d’œuvre. Où se situe la frontière entre les trésors des Offices et les reproductions kitsch vendues aux touristes ? La question résonne avec force dans une Italie parfois trop sérieuse sur son patrimoine.
Cette approche peut sembler cynique. Pourtant, elle apparaît plutôt honnête quand on observe les foules devant le Colisée ou les smartphones brandis face à la Primavera de Botticelli. La « disneylandisation » des sites culturels italiens est une réalité que Demna pointe avec humour.
Les Italiens, en effet, peuvent se montrer solennels concernant leur design et leur histoire. Or, tout ce qu’ils produisent n’est pas forcément élégant. Une part de kitsch existe, et c’est aussi ce qui rend leur culture si attachante.
Un hommage sincère à Alessandro Michele
Parmi les panneaux, l’un rendait hommage à Alessandro Michele. Demna et lui entretiennent des liens amicaux. Ils apparaissent régulièrement au premier rang de leurs défilés respectifs.
Cette tapisserie montrait une figure barbue et dandy à cheval, menant une parade de personnages portant un dragon miniature. La scène rappelait les codes exubérants de la collection automne 2018. Une autre œuvre revisitait La Naissance de Vénus avec la chemise en soie bleue que Madonna portait aux MTV Video Music Awards de 1995.
Un artisanat italien authentique derrière la provocation
Malgré son caractère provocateur, l’exposition repose sur un savoir-faire réel. Les tapisseries ont été tissées par Tessitura Grassi, une famille d’artisans installée près de Bergame. Cette manufacture crée des œuvres textiles depuis les années 1950.
Les métiers à tisser sur mesure de cet atelier produisent des pièces aussi complexes que celles des Musées du Vatican. Ainsi, derrière l’ironie apparente, Gucci affirme son rôle de gardien du savoir-faire italien.
Le soir même, l’exposition alimentait les débats lors des dîners milanais. Intelligente et pleine d’esprit, elle prend au sérieux ce qui mérite de l’être : la transmission d’un artisanat d’exception. Dans le quartier de Brera, la logomania reste bien vivante, et Demna l’a parfaitement compris.
La dernière tapisserie le représentait assis sur une chaise gaming, veste en cuir sur le dos, appliquant les finitions au manteau rouge de la collection « La Famiglia ». Une touche méta savoureuse qui résume toute sa démarche. Pendant le vernissage, il observait les réactions des invités depuis une arcade du cloître, visiblement ravi de les voir jouer à repérer chaque référence cachée.
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