Versailles : la soirée magistrale de Dali Gutserieva et Adam Gutseriev

Ils sont frère et sœur, russes, et passent leur temps à conquérir les plus belles salles d’Europe. Le 26 avril 2026, la violoncelliste Dali Gutserieva et le pianiste Adam Gutseriev ont posé leurs archets et leurs mains à l’Opéra Royal du Château de Versailles, accompagnés par le Covent Garden Sinfonietta sous la direction d’Emmanuel Plasson. Une soirée à guichets fermés, donnée en collaboration avec DeArt Management, qui restera comme l’un des moments forts du printemps musical francilien.

Un duo familial qui fait sensation

L’histoire commence à Moscou. Dali, l’aînée, naît en 1999 et prend le violoncelle à six ans. Six années plus tard, son petit frère Adam pose les mains sur un clavier à cinq ans. Tous deux poursuivent aujourd’hui leur formation à l’École supérieure de musique Kalaidos de Berlin, après s’être formés dans les grandes institutions musicales de Moscou.

À treize ans, Dali Gutserieva remporte le Concours international Sviatoslav-Knushevitzky. D’autres distinctions suivront, à New York, Paris, Salzbourg, et surtout le prestigieux Prix BraVo, qui lui sera remis en main propre par le ténor José Carreras. Au fil des saisons, la jeune violoncelliste se produit à Londres, Bruxelles, Amsterdam, Rome, avec l’Orchestre royal danois et l’Orchestre de chambre de Lettonie, sous la direction de David Geringas, Thomas Sanderling et Keri-Lynn Wilson. Aujourd’hui, elle fait partie du jury du concours qui a lancé sa carrière, le Knushevitzky.

Côté piano, son frère Adam Gutseriev rafle les premiers prix dans toute l’Europe : Diamond Prize du Concours Couperin au Royaume-Uni, Manchester, Allemagne, Autriche, Italie. Le jeune pianiste, encore tout juste vingtenaire, s’est déjà produit dans la Salle d’Or du Musikverein de Vienne, à l’Opéra de Dubaï et à l’Opéra du Caire, aux côtés de chefs comme Daniel Oren ou Alexander Vedernikov.

L’Opéra Royal, un écrin à la hauteur

Il y a peu de salles au monde dont l’acoustique et l’écrin s’épousent aussi bien qu’à l’Opéra Royal de Versailles. Conçu par Ange-Jacques Gabriel pour le mariage du futur Louis XVI et de Marie-Antoinette en 1770, ce théâtre tout en bois bleu et or reste l’un des bijoux du Château. Le public y vient autant pour la musique que pour le frisson d’entrer dans un lieu d’exception, où les plus grands interprètes se succèdent.

Ce soir d’avril, l’élégance était au rendez-vous. À Versailles, les soirs de grand concert savent encore offrir cette atmosphère que peu de capitales proposent. Et dès les premières mesures, on a su que la soirée serait à la hauteur du cadre.

Saint-Saëns, Grieg, Strauss : un voyage romantique

Le programme avait été pensé comme un parcours dans le grand romantisme européen. En première partie, Dali Gutserieva s’est emparée du Concerto pour violoncelle n° 1 de Saint-Saëns. Une œuvre brève mais d’une intensité rare, où le violoncelle dialogue presque sans répit avec l’orchestre. La jeune femme y a déployé une sonorité chaude, ample, profondément vocale. Dans les passages lyriques, son archet semblait simplement chanter. Dans les sections plus orchestrales, sa ligne tenait sans effort apparent face à la masse du Covent Garden Sinfonietta. Une lecture engagée, accueillie par une longue ovation.

Puis ce fut au tour d’Adam Gutseriev d’aborder le Concerto pour piano de Grieg, ce monument du romantisme nordique que tout le monde reconnaît dès les premières mesures, ces accords descendants en cascade. Le jeune pianiste y a montré ce qu’on lui prête désormais avec insistance : une clarté de construction, une élégance de toucher, et cette capacité rare à conserver une voix limpide même au cœur des plus grands tutti orchestraux. La salle, conquise, a applaudi longtemps.

En seconde partie, Emmanuel Plasson et le Covent Garden Sinfonietta se sont consacrés à la Suite symphonique d’Ariane à Naxos de Richard Strauss. Une partition opératique transcrite pour l’orchestre seul, pleine de couleurs et de théâtralité, qui semblait écrite pour résonner sous les lambris royaux. L’ensemble londonien, sous la baguette du chef français reconnu comme l’un des grands ambassadeurs de la musique française dans le monde, y a déployé toute la richesse de sa palette.

Une trajectoire à suivre

Ce qui frappe, chez Dali et Adam Gutseriev, c’est moins l’accumulation de premiers prix que la façon dont ils habitent la scène. Pas de surenchère gestuelle, pas de pose. Une concentration tranquille, une confiance partagée, et cette évidence d’être là où ils doivent être. À Versailles, le public ne s’y est pas trompé : longues ovations à l’issue du programme, et ce silence particulier qui suit les grands concerts, quand on comprend qu’on a assisté à quelque chose de rare.

Comme l’a souligné Dali Gutserieva à l’occasion de cette tournée, ces soirées dans des salles emblématiques comme la Salle Gaveau et l’Opéra Royal de Versailles, en collaboration avec Emmanuel Plasson, étaient l’occasion de présenter au public un programme classique varié, mêlant différentes formations instrumentales.

Pour qui voudrait les suivre : le duo poursuit ses tournées européennes accompagné par DeArt Management, l’agence qui les représente. Vienne, Dubaï, Paris, Versailles, et bientôt d’autres scènes prestigieuses. Une trajectoire à suivre de près, pour ceux qui aiment voir naître les grands interprètes de demain.

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