Pénurie de dermatologues : trois mois d’attente en moyenne, ces alternatives validées par la SFD changent la donne
Décrocher un rendez-vous avec un dermatologue relève parfois du parcours du combattant en France. Entre déserts médicaux et délais qui s’allongent, des millions de patients atteints de maladies de peau se retrouvent sans réponse rapide. Pourtant, des solutions concrètes et validées par les professionnels de santé existent dès aujourd’hui.
Une pénurie qui touche tout le territoire
Le constat est sévère : il faut attendre en moyenne 95 jours pour obtenir une consultation avec un spécialiste de la peau en France, selon les chiffres 2024 de la revue du praticien DPC. À Lyon, ce délai grimpe à 128 jours. Dans les départements de l’Ariège, de l’Indre, de la Lozère et de la Nièvre, il n’y a plus aucun praticien en exercice.
Cette situation résulte d’une chute de 20 % du nombre de spécialistes en exercice entre 2007 et 2023. Ainsi, ce sont 16 millions de Français atteints d’une maladie de peau – eczéma, psoriasis et autres – qui peinent à accéder à un suivi régulier.
Le ministère de la Santé a annoncé des mesures pour accélérer la formation et mettre en place des dispositifs incitatifs. En attendant, des alternatives approuvées par les pros s’organisent sur le terrain.
Le médecin généraliste, premier rempart face aux pathologies cutanées
Les généralistes prennent désormais en charge près de 80 % des pathologies dermatologiques, en particulier à des stades précoces ou peu graves. Des formations complémentaires, diplômantes ou non, assurent leur mise à niveau en dermatologie. De plus, quand la pathologie résiste aux traitements locaux comme les crèmes ou les gels, le patient doit être redirigé vers un spécialiste.
Avant de prescrire un traitement par voie orale, la Société française de dermatologie (SFD) recommande de recueillir l’avis d’un spécialiste. La télé-expertise entre alors en jeu : cette technologie, réservée aux professionnels de santé, permet de soumettre des photos d’une lésion à un spécialiste pour obtenir son avis en différé. En 2021, 91 % des médecins généralistes déclaraient y avoir recours face à un doute diagnostique en dermatologie.
« Quand la pathologie est compliquée et/ou résistante aux traitements par voie locale, le patient doit être redirigé vers un spécialiste. » – Pr. Saskia Oro, dermatologue et présidente de la Société française de dermatologie (SFD)
La télé-expertise est désormais reconnue par le gouvernement et devrait se déployer plus largement dans les cabinets généralistes au cours des prochaines années. C’est un gain de temps réel pour les patients qui n’ont pas accès direct à un spécialiste.
Le Mobil’derm, un cabinet itinérant qui va vers les patients
La téléconsultation classique pose un problème majeur en dermatologie : la qualité des images n’est pas toujours au rendez-vous. Des photos floues ou mal cadrées peuvent fausser l’analyse d’une lésion cutanée et conduire à des diagnostics par excès, comme le souligne le Pr. Saskia Oro. Pour y remédier, la SFD a mis en place une solution inédite : le Mobil’derm.
Ce cabinet médical nomade est une camionnette entièrement équipée : table d’examen, dermoscope, matériel pour réaliser biopsies ou cryothérapies. À son bord, des spécialistes libéraux ou hospitaliers, actifs ou retraités, tous volontaires, se déplacent dans les zones sous-dotées.
- Le Mobil’derm a été inauguré début 2026 en région Nouvelle-Aquitaine.
- Il devrait ensuite couvrir les Hauts-de-France, la région PACA et l’Occitanie.
- Environ 80 % des créneaux sont réservés aux patients adressés par leur médecin généraliste.
- Les particuliers peuvent aussi réserver directement sur Doctolib en recherchant « Mobil’derm ».
- Un courrier explicatif du patient est demandé pour prioriser les cas les plus urgents.
Les créneaux disponibles restent limités, par conséquent il vaut mieux anticiper sa demande. Le site mobilderm.sfdermato.org/rdv-dermatologie permet de consulter les prochaines étapes du dispositif.
Les pharmaciens, nouveaux acteurs de la prévention cutanée
La prévention joue un rôle central face au recul de l’offre médicale. Durant l’été 2025, la SFD a lancé la campagne nationale « Yes, I CAN ! », axée sur l’auto-dépistage des cancers cutanés. Concrètement, il s’agit de surveiller toute tache, bouton ou grain de beauté qui change de taille, de forme ou de couleur, qui paraît anormal, ou qui persiste depuis trois semaines ou plus.
Depuis fin 2024, les pharmaciens jouent aussi un rôle élargi : ils peuvent vacciner contre le zona et évaluer la sévérité de certaines lésions comme les coups de soleil. Pourtant, le Pr. Oro rappelle qu’ils ne sont pas aptes à réaliser des examens et restent des interlocuteurs adaptés uniquement pour les problèmes courants et bénins.
Un réseau de télé-expertise dédié aux maladies inflammatoires en Île-de-France
En mai 2024, l’Équipe de soins spécialisés en dermatologie et vénéréologie (ESSDV) d’Île-de-France a créé un réseau de télé-expertise ciblé sur les dermatoses chroniques inflammatoires. Via l’application professionnelle Omnidoc, les médecins franciliens – généralistes, pédiatres, gériatres, rhumatologues ou pneumologues – peuvent interroger directement l’un des 28 spécialistes du réseau.
Ce dispositif couvre des pathologies précises : psoriasis, dermatite atopique, maladie de Verneuil, urticaire chronique, pelade et vitiligo. Ainsi, un patient suivi pour du psoriasis par son généraliste peut bénéficier d’un avis thérapeutique spécialisé sans attendre des mois.
Par ailleurs, une idée reçue circule souvent : la pénurie de dermatologues serait liée à un glissement massif vers la médecine esthétique. En janvier 2026, la SFD a réalisé un sondage auprès de ses membres : 25 % des praticiens ont des consultations esthétiques, mais celles-ci ne représentent que 5 heures par semaine en moyenne. Si les créneaux esthétiques semblent plus accessibles, c’est simplement parce qu’ils sont moins demandés. Les rendez-vous de dermatologie médicale, eux, partent très vite.
En somme, face à une démographie médicale sous tension, ces alternatives – télé-expertise, cabinet itinérant, pharmaciens formés, réseaux spécialisés – permettent de réduire les inégalités d’accès aux soins cutanés sur tout le territoire.