Zendaya, Lady Gaga, Sarah Paulson : la maison de couture parisienne que s’arrachent les stars sur les tapis rouges
Zendaya porte une robe bustier blanche ornée de plumes et d’ailes dans le dos. Lady Gaga arrive aux Grammy Awards 2026 dans une création aux allures de corbeau. Ces apparitions ont un point commun : elles portent toutes les deux une maison de couture parisienne fondée par deux trentenaires venus de l’autre côté de l’Atlantique. Matières Fécales s’est imposée en quelques saisons seulement comme l’un des labels les plus désirés du moment, bien loin des codes classiques du luxe français.
Un nom comme un manifeste, une esthétique comme une arme
Dès son premier défilé, cette maison de couture a choisi de provoquer autant que de séduire. Les podiums de Matières Fécales présentent des silhouettes en latex, des épaules vampires, des crânes rasés et des maquillages extrêmes aux peaux blanchies, aux lèvres débordantes de rouge et aux yeux noircis. Les créateurs portent eux-mêmes leurs propres codes : sans sourcils, ils ont des airs d’extraterrestres assumés.
Pourtant, derrière cette provocation visuelle, le propos est précis. La griffe remet en question les normes de la beauté, interroge le genre et dénonce la surconsommation. Recyclage, artisanat et réinterprétation de pièces existantes forment le socle créatif du duo. Matières Fécales fonctionne ainsi comme un manifeste esthétique et social autant que comme une collection de mode.
Le nom lui-même porte cette ambition critique. Hannah Rose Dalton et Steven Raj ont choisi ce terme pour qualifier les dysfonctionnements du prêt-à-porter : impact écologique, manque de diversité, conditions humaines dans les chaînes de production. Nommer ce qui dérange, c’est déjà un acte fort dans une industrie qui préfère souvent l’élégance du silence.
Deux trajectoires opposées, une vision commune
Hannah Rose Dalton est néo-zélandaise. Fille d’un père diplomate et d’une mère infirmière, elle grandit à Montréal dans un cercle social dont elle se sent enfermée. Elle trouve dans la mode une sortie, un langage. Dès l’adolescence, elle crée des vêtements à partir d’objets du quotidien.
Steven Raj, lui, est canadien et sri-lankais. Non binaire et homosexuel, il partage son enfance entre la Guyane et un quartier pauvre de la ville canadienne où sa mère l’élève seule. Son père est violent. Il grandit en subissant des discriminations raciales et interroge très tôt le sens de son existence.
« Je suis une victime de la société. Une victime de la maltraitance. Je m’interroge sur l’existence humaine depuis aussi longtemps que je m’en souvienne. Je me demande pourquoi je suis né une personne de couleur et pourquoi je suis traité différemment pour cette raison. J’essaie de comprendre le genre et la place que j’occupe dans ce spectre. »
En 2014, leurs chemins se croisent sur les bancs du Collège LaSalle à Montréal, où ils étudient le design de mode. Malgré leurs milieux sociaux éloignés, ils perçoivent vite leur complémentarité. Hannah se dit rigoureuse et organisée, Steven de nature plus spontanée. Ensemble, ils se poussent à assumer leur identité et leur expression de genre.
De Depop aux grands podiums : une ascension construite pièce par pièce
Les premières créations vendues sur commande
Avant les défilés, le duo quitte Montréal pour New York. Là-bas, ils fabriquent leurs premières pièces à partir de vêtements recyclés. Ils les vendent lors d’événements où ils officient aussi comme DJ, ainsi que sur la plateforme Depop. En accord avec leur engagement écologique, chaque pièce est vendue sur commande pour éviter tout invendu.
En 2018, une image d’un prototype de bottes à talons en fausse peau devient virale sur Instagram. Ces chaussures hyperréalistes prennent ensuite vie grâce à l’artiste américaine Sarah Sitkin, spécialisée dans la reproduction du corps humain. Elle les reproduit sous forme de prothèses en silicone. L’accessoire, en forme de pieds distendus, se vend 10 000 dollars. En 2020, ces bottes sont exposées à la Triennale National Gallery of Victoria à Melbourne. Aujourd’hui, le duo compte 800 000 abonnés sur Instagram.
L’entrée dans le cercle du luxe établi
Rapidement, les grands noms de la mode s’intéressent à Matières Fécales. Le duo collabore avec Rick Owens, Michèle Lamy et Balenciaga. En 2024, Jean Paul Gaultier les invite à créer les costumes de la revue Falling In Love au Friedrichstadt-Palast de Berlin, ornés de millions de cristaux Swarovski. Toujours en 2024, la maison de couture rejoint l’incubateur Dover Street Market Paris, fondé par Rei Kawakubo et Adrian Joffe.
Soutenus par Dover Street Market et le communicant Lucien Pagès, Hannah et Steven présentent leur collection à la Fashion Week automne hiver 2025-2026 dans le prestigieux hôtel Le Marois. Ce premier défilé mêle codes du luxe et références à la haute couture traditionnelle, avec une collaboration dévoilée avec Christian Louboutin. Ainsi, cette maison de couture installe d’emblée sa crédibilité dans un cercle qu’elle bousculait pourtant depuis les marges.
Depuis, leurs défilés près de la place Vendôme ou au Palais Brongniart sont parmi les rendez-vous les plus attendus de chaque semaine de la mode. Les collections abordent la liberté d’expression, l’acceptation des identités marginales et dressent un portrait satirique du pouvoir et des excès du capitalisme. Sur les podiums, les mannequins reflètent la diversité des corps et des apparences, car cette maison de couture a fait de la représentation un axe fondateur.
Les célébrités, meilleur vecteur d’une maison de couture hors normes
La première collection haute couture de la griffe, présentée en 2025 et baptisée « The Ange », a habillé Zendaya pour l’avant-première new-yorkaise du film L’Odyssée de Christopher Nolan. Sa robe bustier blanche ornée de plumes et prolongée par des ailes dans le dos a immédiatement attiré tous les regards.
Pourtant, Zendaya n’est pas la seule star à avoir choisi cette maison de couture. Voici quelques-unes des apparitions marquantes de la griffe sur les tapis rouges :
- Lady Gaga aux Grammy Awards 2026 : une robe aux allures de corbeau avec un long col et un plumage noirs, portée aussi sur scène à Coachella.
- Sarah Paulson au Met Gala 2026 : une robe boule en tulle gris avec un masque en forme de billet de banque, en contestation du capitalisme.
- Demi Moore à Cannes, lors de la montée des marches de Paper Tiger : une robe de bal rose avec un noeud immense.
- Madonna sur scène, fan des jeans Destroy de la griffe, portés à plusieurs reprises.
- Angèle lors de la cérémonie Les Flammes, dans une création de la maison.
Chacune de ces apparitions confirme que cette maison de couture a réussi à s’imposer bien au-delà des cercles avant-gardistes. Les pièces Matières Fécales ne se portent pas seulement comme des vêtements. Elles se portent comme des prises de position. C’est précisément cette dimension politique et esthétique, portée par des créateurs aux histoires personnelles fortes, qui rend la griffe aussi désirée par des artistes venues d’horizons très différents.