Valentino Interferenze joue entre mémoire figée et geste vivant

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Que se passe-t-il quand une maison de couture refuse de choisir entre ce qu’elle a été et ce qu’elle devient ? Valentino pose cette question de façon frontale avec sa collection Interferenze, pensée pour l’automne-hiver 2026-27, et la réponse tient tout entière dans le titre : une interférence, ni rupture ni continuité, mais un espace où deux temporalités coexistent sans se résoudre.

Un concept qui refuse la nostalgie autant que la tabula rasa

Le point de départ d’Interferenze n’est pas un hommage ni une projection vers l’avenir. C’est un entre-deux assumé, un territoire où mémoire et invention occupent le même espace sans que l’une prenne le pas sur l’autre. La collection ne prétend pas célébrer un passé figé, et elle ne cherche pas non plus à l’effacer.

Ce positionnement est, en soi, une prise de position esthétique. Depuis que Alessandro Michele a pris la direction artistique de la maison en 2024, la question de l’articulation entre héritage et renouveau s’est posée avec une acuité particulière. Interferenze y apporte une réponse formelle : ni rupture déclarée, ni fidélité servile, mais une tension maintenue comme principe créatif.

C’est précisément cette tension qui donne à la collection sa cohérence. Plutôt que de trancher, elle choisit de suspendre.

Le geste contre la pierre : une opposition au cœur de la collection

L’axe formel d’Interferenze repose sur une opposition très précise, celle du geste vivant face aux formes taillées dans la matière dure. D’un côté, quelque chose qui bouge, qui respire, qui appartient au temps présent. De l’autre, des silhouettes ou des volumes qui évoquent la sculpture, la permanence, la résistance au mouvement.

Cette dualité n’est pas un simple jeu de style. Elle traduit une réflexion sur ce que signifie porter quelque chose : un vêtement qui accompagne le corps ou qui l’encadre, qui suit son élan ou qui lui oppose une structure. Valentino ne tranche pas entre ces deux partis, il les fait dialoguer au sein des mêmes pièces, dans le même vestiaire.

On touche ici à ce que la collection a de plus ambitieux sur le plan conceptuel : l’idée que la mode peut tenir ensemble des états contradictoires, sans les lisser ni les réconcilier artificiellement.

Les Rockstud, fil conducteur entre les époques

Dans ce cadre, les chaussures Valentino Garavani Rockstud occupent une place particulière. Elles figurent parmi les pièces mises en avant par la maison pour cette saison, et leur présence dans Interferenze n’est pas anodine.

Une chaussure aussi identifiable que les Rockstud incarne précisément le type d’objet que la collection interroge : une forme qui appartient à la mémoire de Valentino, et qui se retrouve projetée dans un contexte nouveau, sans être reniée ni muséifiée. Elle ne joue pas le rôle de relique. Elle reste un objet à porter, disponible à l’achat sur Valentino.com, ancré dans le présent commercial autant que dans l’histoire stylistique de la maison.

C’est peut-être là que l’interférence est la plus lisible : une pièce que le temps a chargée de sens, qui continue pourtant d’exister dans l’instant, sans distance muséale.

Ce que cette collection dit de Valentino aujourd’hui

La maison, fondée à Rome en 1960 par Valentino Garavani et Giancarlo Giammetti, propriété de la famille princière du Qatar depuis 2012, et partiellement adossée à Kering depuis 2023, traverse une période de redéfinition de son identité créative. L’arrivée d’Alessandro Michele à la direction artistique en 2024 a ouvert une nouvelle séquence, dont Interferenze constitue une étape visible.

Sous la direction de Jacopo Venturini, CEO depuis 2020, la maison semble vouloir construire un langage qui ne soit ni la répétition de ce qu’elle fut ni la négation de son propre passé. Interferenze en est la formulation la plus explicite à ce jour : une collection qui pose une question esthétique difficile, celle de savoir si l’on peut habiter simultanément plusieurs temps, et qui refuse d’y répondre trop vite.

Pour la saison automne-hiver 2026-27, Valentino choisit l’inconfort productif du dialogue plutôt que le confort de la conclusion.

Source : la publication de Valentino sur Instagram

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