Repossi sculpte l’or gris avec des archives africaines du XVIIIe siècle
Une boucle d’oreille en or gris foncé qui enveloppe le lobe comme une architecture miniature : la Limited Edition No.9 de Repossi dit beaucoup sur la façon dont cette maison pense le bijou. Ce n’est pas une pièce qui cherche à séduire au premier coup d’œil, mais une sculpture qui s’impose progressivement, par ses courbes larges et sa silhouette délibérément exagérée.
Deux sources, un seul geste
Pour comprendre la No.9, il faut remonter à deux territoires a priori étrangers l’un à l’autre. D’un côté, les ornements traditionnels africains du XVIIIe siècle, avec leurs volumes pensés pour déborder du corps, pour marquer l’espace autant que la peau. De l’autre, les archives personnelles d’Alberto Repossi, constituées au fil des années 1960 et 1970, qui témoignent d’une sensibilité aux formes audacieuses et aux bijoux portés comme des objets plastiques à part entière.
Ce dialogue entre mémoire familiale et référence ethnographique lointaine est précisément ce qui distingue la démarche du Studio Repossi. Il ne s’agit pas de citer, ni de reproduire. Il s’agit de faire se rencontrer deux héritages dans une forme nouvelle, qui n’appartient pleinement ni à l’un ni à l’autre.
La silhouette finale est décrite comme sculpturale, avec de larges courbes qui épousent et enveloppent le lobe d’oreille. Le résultat est un bijou qui ne se contente pas d’orner : il structure, il redessine le profil de celle qui le porte.

La méthode de la maison, appliquée à l’archive
Fondée à Turin en 1957, la maison Repossi s’installe Place Vendôme en 1986, après un passage par Monte-Carlo où elle devient joaillier officiel de la couronne monégasque. Trois générations ont traversé ces étapes, chacune imprimant sa propre lecture du bijou.
Ce que le Studio Repossi revendique aujourd’hui, c’est une méthode : croiser le bijou primitif, l’art moderne et l’architecture pour produire des pièces que la maison qualifie elle-même d’« Art à Porter ». La Limited Edition No.9 s’inscrit exactement dans cette ligne. Les archives d’Alberto ne sont pas un musée interne à consulter avec révérence : elles sont un matériau de travail, que le studio manipule et confronte à d’autres références pour en tirer quelque chose d’inédit.
C’est aussi ce qui distingue cette édition limitée d’un simple hommage. La référence aux ornements africains du XVIIIe siècle n’est pas décorative. Elle apporte une logique de volume et de proportion que les archives familiales viennent ensuite affiner, orienter, contemporanéiser.
La rareté comme format éditorial
Repossi ne lance pas cette pièce dans le cadre d’une collection classique. La maison produit deux éditions limitées conceptuelles par an, un rythme qui dit beaucoup sur ses intentions. Ce n’est pas la cadence d’une maison qui cherche à saturer le marché, mais celle d’un studio qui traite chaque sortie comme un énoncé créatif à part entière.
La production de la No.9 est strictement limitée, sans que la maison communique de chiffre précis. Cette discrétion sur les quantités renforce le statut de la pièce : non pas un objet de désir fabriqué par la rareté annoncée, mais un format d’édition qui contraint le studio à concentrer l’ensemble de ses intentions créatives sur une seule forme.
Porter la Limited Edition No.9 de Repossi, c’est porter une décision : celle de choisir un bijou qui n’efface pas ce qu’il porte, mais qui dialogue avec lui, qui prend de la place, qui raconte quelque chose de précis sur la façon dont une maison pense à travers ses propres mémoires autant qu’à travers l’histoire des civilisations.
Source : la publication de Repossi sur Instagram