Matthieu Blazy déconstruit le tailleur Chanel au fil du tweed
Un gilet taillé dans un tweed à bords bruts, porté sur peau nue avec une jupe crayon reconfigurée : c’est par ce geste précis, presque radical, que Matthieu Blazy ouvre sa collection printemps-été 2027 pour Chanel. Non pas une rupture, mais une conversion méthodique du vestiaire masculin en territoire féminin.
Le tailleur comme point de départ, et non comme point d’arrivée
Ce que propose Blazy n’est pas une relecture nostalgique du tailleur. C’est plutôt une déconstruction assumée : des vestes d’inspiration menswear sont travaillées jusqu’à devenir des gilets à bords bruts, débarrassés de leurs finitions conventionnelles. Le geste est délibéré. Il dit quelque chose sur ce que la construction peut perdre, et gagner, quand on lui retire sa rigidité.
Ces gilets s’associent à deux propositions distinctes. D’un côté, des jupes crayon reconfigurées, dont la ligne tendue contraste avec l’inachèvement apparent du haut. De l’autre, des robes fluides ornées de perles, qui introduisent une légèreté presque opposée. C’est dans cet écart, entre la rigueur du tailleur et la fluidité de la robe, que la collection trouve sa tension.

Par ailleurs, le tailleur Chanel dans sa forme la plus directe, taillé dans des tweeds d’inspiration britannique, apparaît lui aussi dans la collection. Mais porté ouvert, sur peau nue. L’architecture de la pièce reste intacte, c’est son usage qui change. Ce n’est plus un vêtement de protection ou de représentation : c’est une proposition de liberté.
Un nouveau tweed pensé pour le corps en mouvement
Au cœur de la collection, une innovation technique mérite attention : un tweed smocké, développé spécifiquement pour favoriser le mouvement. Le smocking, technique de fronces assemblées, est ici appliqué à une matière habituellement rigide. Le résultat est un tissu qui épouse le geste plutôt qu’il ne le contient.
C’est un changement de paradigme discret mais concret pour quiconque a déjà porté un tailleur en tweed. La matière, traditionnellement associée à une certaine tenue du corps, devient ici souple, presque complice. Pour la personne qui le porte, cela change la relation au vêtement : moins de contrainte, plus d’adhérence au mouvement réel.

Cette recherche sur le tweed illustre la direction que Blazy semble imprimer à Chanel : non pas abandonner les matières qui font l’identité de la maison, mais les soumettre à de nouvelles exigences. Pas de rupture avec le tissu, mais une négociation avec lui.
Les ateliers au cœur du processus
Cette collection n’est pas le fait d’un créateur seul. Plusieurs ateliers et artisans y ont contribué de manière explicite : Le19M, Maison Lemarié, Goossens Paris et l’Atelier Montex. Leur présence dans le projet n’est pas anodine. Elle situe le travail de Blazy dans une logique de collaboration artisanale, où la conception et l’exécution sont étroitement liées.
Les perles qui ornent les robes fluides, les broderies éventuelles, les volumes construits, tout cela passe par des mains qui maîtrisent des techniques précises. Mentionner ces ateliers, c’est reconnaître que le vêtement de cette collection n’est pas seulement un dessin : c’est un objet fabriqué, avec des contraintes et des savoir-faire très concrets.

Pour Chanel, cette façon de rendre visible la chaîne artisanale dit aussi quelque chose sur la manière dont la maison conçoit sa propre production. Le vêtement n’existe pas en dehors des personnes qui le réalisent. Blazy, en associant ces noms à sa collection, choisit de ne pas effacer ce fait.
Ce que cette collection dit du moment
La dualité entre construction et déconstruction n’est pas un concept abstrait dans ce vestiaire. Elle se lit dans chaque pièce : le bord brut du gilet face à la ligne tenue de la jupe, la rigueur du tweed britannique face à la fluidité de la robe perlée, la solidité du tailleur face à la souplesse du tweed smocké. Matthieu Blazy ne dissout pas le tailleur Chanel, il le met en tension avec lui-même.
Ce printemps-été 2027 marque ainsi une étape dans la façon dont la maison aborde ses propres codes. Ni muséification, ni table rase : une conversation entre ce qui tient et ce qui se dénoue, portée par des matières qui apprennent à bouger autrement.
Source : la publication de Chanel sur Instagram