«J’ai vu ma mère dans le miroir» : pourquoi de plus en plus de femmes de 40 ans choisissent le lifting
Un matin face au miroir, une femme de 44 ans aperçoit le reflet de sa mère. Ce moment déclencheur, Pauline* l’a vécu peu après avoir passé la quarantaine. Désormais, de plus en plus de femmes autour de la cinquantaine – parfois bien avant – s’interrogent sur le lifting comme réponse à ce sentiment de ne plus se reconnaître.
Quand le déclic arrive dès la quarantaine
Pauline tire les plis autour de sa bouche du bout des doigts. Elle trouve ses bajoues pendantes et regrette cet air fatigué, alors même qu’elle se sent en pleine forme. « Très tôt, j’ai trouvé que mon visage pendait. Mais le déclic, c’est vraiment le jour où j’ai eu l’impression de voir ma mère », confie-t-elle. Pauline a 44 ans quand elle prend rendez-vous. Elle se fera opérer l’année de ses 45 ans.
Pourtant, cette intervention était longtemps associée aux femmes de plus de 60 ans. Selon l’American Academy of Facial Plastic and Reconstructive Surgery, environ un tiers des liftings se font entre 35 et 55 ans. Ce glissement se perçoit aussi dans les cabinets français.
« Il y a encore quelques années, des patientes de 60 ans me disaient : « Mais je suis trop jeune pour un lifting. » Aujourd’hui, des femmes me montrent des photos d’avant/après et me demandent : « J’ai 45 ans, on peut se lancer ? » », raconte la Dre Natalie Rajaonarivelo, chirurgienne esthétique.
Le « deep plane », nouveau mot totem des réseaux sociaux
Denise Richards, 55 ans, a publié l’avant/après de son intervention sur Instagram, confiant au magazine Allure avoir voulu « remettre les choses là où elles étaient avant », sans transformer ses traits. Ainsi, les réseaux sociaux ont trouvé leur nouveau terme fétiche : le « lifting deep plane ». Un mot technique qui circule entre aspirants experts.
C’est la technique qu’a choisie Pauline. « J’avais tellement lu sur le sujet que je suis arrivée au rendez-vous en sachant ce que je voulais. J’ai montré des photos de moi dix ans auparavant. Je souhaitais un coup de frais. »
« Les gens ont identifié ce terme, via les réseaux, comme le point commun entre ces très beaux résultats de lifting, qui rajeunissent sans figer. » – Dr Alexandre Marchac, chirurgien spécialisé dans la chirurgie esthétique du visage.
Le Dr Marchac explique l’évolution des méthodes : il y a vingt ans, on soulevait la peau et on la tirait. Puis on a maîtrisé le Smas (système musculo-aponévrotique superficiel). Aujourd’hui, agir sur le « deep plane », situé sous le Smas, permet de repositionner les tissus sans modifier les expressions.
La « beautyfication » : un geste d’embellissement, pas seulement de rajeunissement
Aux États-Unis, où certains devis flirtent avec les six chiffres, ces avancées ont ouvert une nouvelle ère. Le Dr Ariel Rad, chirurgien esthétique à Washington, note que l’âge auquel on prétend à cette intervention s’est déplacé vers la quarantaine, voire la trentaine, au cours des cinq dernières années. « C’est une nouvelle approche où l’anatomie faciale est améliorée non pas seulement pour rajeunir, mais aussi pour optimiser les visages, les rendre plus beaux. »
On parle alors de « beautyfication » : une nouvelle vague de patientes ne cherche pas un visage d’avant, mais un visage plus harmonieux, plus dessiné. Prémices de relâchement, sillons nasogéniens marqués, mâchoire peu définie – autant de signes qui peuvent, selon la Dre Rajaonarivelo, conduire à envisager un repositionnement des structures, « sans considération d’âge ».
De plus, le résultat doit désormais se faire oublier. La question « qu’est-ce qu’elle a fait à son visage ? » semble avoir changé de ton. L’objectif partagé par les praticiens : ne rien dénaturer.
- Le deep plane agit sur un plan situé sous le Smas pour repositionner les tissus.
- La technique peut se combiner avec une blépharoplastie des paupières ou un lipofilling.
- Certains chirurgiens opèrent sous anesthésie locale pour préserver les expressions naturelles.
- Aux États-Unis, l’âge des patientes s’est déplacé vers la quarantaine, voire la trentaine.
- Les résultats permettent de rajeunir d’une dizaine d’années, sans figer le visage.
Les injections en perte de vitesse
Si la chirurgie faciale retrouve un tel attrait, c’est aussi parce que les « fillers » – comme les injections d’acide hyaluronique – ont montré leurs limites : visage alourdi, migration du produit, effet vieillissant. Aux États-Unis, on parle désormais de « filler fatigue ». En revanche, beaucoup de patientes disent clairement préférer une intervention chirurgicale dès les premiers signes de relâchement.
Sur les réseaux, des visages de stars comme Demi Moore ou Jennifer Lopez alimentent ce brouillage des âges. On ne sait plus vraiment si ces figures incarnent le progrès technique, le triomphe des filtres, ou les futurs visages de la maturité. Peut-être les trois à la fois.
Un sentiment de vieillissement de plus en plus précoce
Ce mouvement s’inscrit dans une tendance plus large. En France, 52 % des Françaises de 18 à 35 ans déclarent avoir eu recours ou envisager d’avoir recours à la médecine esthétique. Par ailleurs, il n’est plus rare d’entendre de jeunes femmes expliquer qu’elles ont commencé le Botox à la petite trentaine, « en préventif ».
« Le sentiment de vieillissement est beaucoup plus précoce aujourd’hui qu’il ne l’était autrefois », tranche David Le Breton, sociologue et auteur de l’essai Des Visages, une anthropologie (éd. Métailié, 2022). Ainsi, une anxiété esthétique apparaît bien avant la vieillesse. Le magazine The Cut a conceptualisé la montée des interventions indétectables comme l’avènement d’un visage-fantasme : le « Forever-35 Face ». Un âge standard jugé socialement acceptable – assez jeune pour rester désirable, assez adulte pour être crédible.
« Je suis d’accord pour vieillir, mais ce que je veux, c’est bien vieillir », argumente Carla, 52 ans, qui s’est offert une blépharoplastie pour ses 50 ans. « Je travaille, je sors, je voyage, je fais du sport : je veux que mon visage reflète comment je me sens à l’intérieur. »
Dans les cabinets, ce discours revient souvent. Le Dr Marchac le nuance pourtant : « On peut rajeunir les patientes d’une dizaine d’années. Mais on n’est pas capable, à l’heure actuelle, d’empêcher les gens de vieillir. » Et si c’était, au fond, la meilleure des nouvelles ?
(*) Le prénom a été modifié.
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