Van Gogh, Gauguin, Cézanne : cet automne, la Fondation Louis Vuitton dévoile une collection jamais vue en France depuis 1908
Cet automne 2026, la Fondation Louis Vuitton s’apprête à lever le voile sur un personnage presque oublié de l’histoire de l’art : Gustave Fayet, collectionneur visionnaire et artiste discret, dont la collection réunit des noms aussi grands que Van Gogh, Gauguin ou Cézanne. Une exposition attendue, et une première en France, qui promet de changer le regard sur cet homme hors du commun.
Gustave Fayet, un collectionneur sorti de l’ombre
Tout commence, en réalité, en 2016. Lors d’une exposition consacrée au collectionneur russe Sergueï Chtchoukine, organisée à la Fondation Louis Vuitton, un simple cartel attire l’attention : « vendu par Gustave Fayet pour restaurer l’Abbaye de Fontfroide ». La question s’impose d’elle-même : quel homme vendrait un Gauguin pour sauver un monastère ?
Dix ans plus tard, Fayet reste pourtant peu connu du grand public. C’est précisément ce que l’exposition GUSTAVE FAYET Collectionneur – Créateur, qui ouvrira ses portes en octobre 2026, entend corriger. Jean-Paul Claverie, conseiller culturel de Bernard Arnault, décrit ce projet comme « magnifique et improbable, comme on les aime ».
Fayet sera ainsi le premier collectionneur français à voir sa collection présentée au sein de l’institution du XVIème arrondissement de Paris. Après Chtchoukine, Samuel Courtauld ou les frères Morozov, la série Icônes de l’art moderne de la Fondation Louis Vuitton s’enrichit d’une figure nationale.
Un œil avant-gardiste, bien avant tout le monde
De son vivant, Fayet fut le plus grand collectionneur de Gauguin. Il fut aussi l’un des premiers à acheter des toiles de Van Gogh, à une époque où le peintre restait méconnu. Il fut encore l’un des premiers à présenter les œuvres d’un très jeune Picasso, dès 1901, au musée de Béziers, sa ville natale.
Pourtant, sa vision trop audacieuse pour l’époque provoque des réactions contrastées. Découragé, il démissionne de son poste de conservateur en 1904. « Il aimait être acteur partout où il allait », observe Suzanne Pagé, directrice artistique de la Fondation Louis Vuitton.
« Contrairement à Chtchoukine ou Courtauld, il n’a jamais eu d’objectif muséal. C’est sa dimension artiste qui en fait un collectionneur à part. » – Suzanne Pagé, directrice artistique de la Fondation Louis Vuitton
Après s’être installé à Paris en 1905 dans un appartement surnommé « musée Gauguin », Fayet défend l’art moderne sans jamais nourrir de grandes ambitions muséales. Peintre et aquarelliste, il s’inspire notamment de l’art nouveau et de l’art déco. Sylvie Patry, commissaire de l’exposition, révèle qu’on avait presque perdu la trace de cet homme d’affaires, tombé dans les oubliettes de l’histoire.
- 257 prêts composent la collection présentée, dont 79 œuvres de Gauguin et 88 d’Odilon Redon
- Le Cyprès et l’arbre en fleurs de Van Gogh (1889) n’a pas été montré en France depuis 1908
- L’Autoportrait à l’oreille bandée de Van Gogh n’a pas été montré en France depuis 1937
- Fayet a acquis l’abbaye de Fontfroide en 1908, financée par la vente de deux Gauguin en un après-midi
- L’exposition se tient du 9 octobre 2026 au 8 mars 2027 au 8, avenue du Mahatma Gandhi, Paris 75116
Des œuvres inédites et des archives jamais vues
« Tout est nouveau dans cette présentation », affirme Sylvie Patry. Ainsi, certaines toiles n’ont pas été montrées en France depuis le début du XXème siècle. C’est le cas, par exemple, du Cyprès et l’arbre en fleurs de Van Gogh, peint en 1889 et absent des cimaises françaises depuis 1908.
De plus, l’Autoportrait à l’oreille bandée du même Van Gogh – acquis par Fayet le 21 mars 1902 auprès d’Émile Schuffenecker – n’a pas été montré en France depuis 1937. Ces deux toiles sont restées en sa possession toute sa vie. La collection comprend aussi 9 œuvres d’Henri Matisse, parmi les 257 prêts réunis pour l’occasion.
Par ailleurs, Sylvie Patry précise que cette exposition est « le fruit d’une enquête de plusieurs années » avec des archives inédites. Les commissaires ont ainsi reconstitué le parcours d’un homme que l’histoire avait presque effacé.
Fontfroide, le projet d’une vie
Si la collection de Fayet impressionne, son projet le plus ambitieux reste la rénovation de l’abbaye de Fontfroide, à Narbonne, acquise en 1908. Pour financer les travaux, il revend une partie de ses toiles, dont deux Gauguin vendus en l’espace d’un seul après-midi.
Fayet n’abandonne pas pour autant les artistes. Au contraire, il les implique dans la réinvention du monastère pour constituer une « œuvre d’art totale ». C’est ainsi qu’il commande des vitraux à l’artiste Richard Burgsthal, des œuvres qui feront le voyage depuis Fontfroide pour rejoindre la grande galerie 10 de la Fondation Louis Vuitton.
Fayet artiste : une facette encore inconnue du public
L’exposition ne s’arrête pas à la collection. Ainsi, les galeries 9, 10 et 11 du dernier niveau de la Fondation Louis Vuitton sont consacrées à son travail d’artiste. Fils de peintre, Fayet s’est cherché toute sa vie en tant que créateur, comme le précise Angeline Scherf, commissaire associée.
Après des débuts en tant que peintre amateur, il devient céramiste, puis décorateur, concepteur de tapis, et même fondateur d’une maison de mode. Il collectionnait aussi les premières éditions de Vogue. La plupart de ces œuvres n’ont jamais été montrées au public, restées dans le périmètre de la famille.
La scénographie est signée Robert Carsen, directeur artistique de l’exposition, qui promet un « beau feu d’artifice de couleurs ». De fait, la Fondation Louis Vuitton offre à Fayet la visibilité que son époque lui avait refusée : celle d’un homme qui regardait l’art avec autant d’intensité qu’il le créait.