Van Cleef, Pomellato, Daniel Brush : quatre expositions joaillerie à voir à Paris pendant la haute couture

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La joaillerie s’invite dans les musées et les galeries parisiennes avec une force inédite en cet été 2026. Quatre expositions dédiées aux pierres, aux bijoux et au savoir-faire des orfèvres animent la capitale en marge de la Semaine de la haute couture automne-hiver 2026-2027, et elles méritent toutes le détour.

Quand les pierres deviennent peinture : la Galerie Aveline ouvre un dialogue inédit dans ses expositions

C’est par là qu’il faut commencer, car la surprise est totale. Jusqu’au 18 juillet, la Galerie Aveline, place Beauvau à Paris, accueille l’exposition Peinture de pierres, empreinte de Chine. Madame Ge et les Ateliers Ru, installés à Canton, y présentent une vingtaine d’œuvres où la matière picturale naît de la poussière de gemmes et de fragments de pierre. Plus de deux cents teintes, toutes issues de minéraux et de gemmes naturelles, composent une palette chromatique unique.

Le procédé fascine par sa précision. Les artisans des Ateliers Ru fragmentent les minéraux dans un mortier, les tamisent selon différentes mailles, puis appliquent la poudre obtenue sur des supports métalliques ou sur toile avec de la colle. Seuls des minéraux intacts et peu chargés en impuretés entrent dans la composition des œuvres. Les travaux de Li Bangyao, Shi Yi et Beini retiennent particulièrement l’attention, surtout là où les pierres restent les plus brutes et visibles.

« Ru signifie dans la langue chinoise : entrer dans le cœur. L’art ne s’adresse pas seulement au regard mais aussi à l’âme. » – Madame Ge

Cao Jun, référence sur la scène internationale, fait aussi partie des artistes réunis par Madame Ge. Les tableaux côtoient ainsi des chefs-d’œuvre européens datant de la fin du XVIIe siècle jusqu’au milieu du XIXe siècle, car la galerie conserve des œuvres originales provenant de toute l’Europe. Ce contraste entre patrimoine ancien et création contemporaine renforce encore la singularité de cette manifestation.

Daniel Brush au boulevard Montmartre : la joaillerie comme philosophie

À l’École des arts joailliers, installée dans l’hôtel de Mercy-Argenteau au 16 bis boulevard Montmartre, une autre vision du bijou s’affirme jusqu’au 4 octobre. L’exposition Daniel Brush, l’art de la ligne et de la lumière réunit 75 bijoux, peintures et sculptures de cet artiste américain (1947-2022), dont certaines pièces inédites quittent pour la première fois son atelier new-yorkais.

Conçue par Olivia Brush, épouse et collaboratrice, et par l’historienne du bijou Vivienne Becker, cette manifestation révèle un créateur autodidacte au talent protéiforme. Sculpteur, dessinateur et philosophe, Daniel Brush travaillait directement dans la matière, sans croquis préparatoire. Il explorait l’or, l’acier, l’acier inoxydable et l’aluminium dans son loft new-yorkais, croyant profondément à la connexion entre l’esprit, le cœur et la main.

C’est après avoir fabriqué l’alliance d’Olivia, fasciné par la texture de l’or, qu’il s’est tourné vers la joaillerie. Il considérait le bijou non comme un ornement superficiel, mais comme « une voie d’accès aux dieux ». Cette exposition pose donc des questions philosophiques fortes : un bijou doit-il être porté ? Peut-il être une œuvre d’art à part entière ? Pour Brush, la ligne renvoyait au souffle, à la poésie et au dynamisme créatif.

Van Cleef & Arpels place Vendôme : le patrimoine des années 1980-1990 mis en lumière dans des expositions

Au 20 place Vendôme, la Galerie du patrimoine de Van Cleef & Arpels présente jusqu’au 28 novembre une sélection de plus de 50 pièces issues de ses archives. L’exposition Van Cleef & Arpels : l’éclat des années 1980-1990 montre des créations aux formes graphiques et aux tonalités vives, typiques des codes esthétiques des arts décoratifs de la fin du XXe siècle.

La flore constitue une source d’inspiration centrale pour la maison depuis 1906. Ainsi, le collier Artémis réunit des fleurs stylisées serties d’un diamant en leur centre. Ces larges motifs en or jaune poli miroir, caractéristiques des années 1990, se retrouvent aussi sur les boucles d’oreilles. La glyptique, c’est-à-dire l’art de graver les gemmes, donne du volume aux pierres de couleur, rehaussé par l’éclat de l’or jaune.

Par ailleurs, la danse occupe une place de choix dans le parcours. La maison crée dès 1941 les premiers clips Danseuse, qui amorcent la tradition des figures féminines. L’usage du bois, lui, renvoie aux bijoux Touch Wood des années 1910, conçus comme symbole d’espoir en période de guerre. Ces parures aux lignes géométriques, renforcées par des sertis clos, incarnent pleinement le style de la décennie 1990.

Ce que ces manifestations révèlent sur la joaillerie d’aujourd’hui

Ces quatre expositions montrent que la joaillerie assume désormais pleinement son statut de discipline artistique. Le secteur, longtemps perçu comme élitiste, adopte un format culturel souvent gratuit et accessible au plus grand nombre. L’entrée à la manifestation Pomellato au Palais de Tokyo est d’ailleurs entièrement gratuite.

De plus, chaque projet aborde la question du bijou sous un angle différent. Certains valorisent l’héritage et le patrimoine d’une maison, d’autres interrogent la frontière entre art et artisanat, d’autres encore introduisent des matériaux et des techniques venus d’horizons lointains. Ensemble, ces manifestations dessinent un panorama riche de la création joaillière en 2026.

Pomellato au Palais de Tokyo : une première parisienne autour de la liberté féminine

Le Palais de Tokyo accueille jusqu’au 20 juillet la première exposition parisienne consacrée à Pomellato, maison fondée à Milan en 1967. Le titre, Pomellato, le joaillier révolutionnaire, dit bien l’ambition du projet : retracer les ruptures esthétiques et sociales qui ont forgé l’identité de cette maison, des chaînes iconiques aux volumes sculpturaux en passant par un usage pionnier des pierres de couleur.

La curatrice Alba Cappellieri, directrice du département de design joaillier du Politecnico di Milano, a structuré le parcours autour de sections dédiées à chaque révolution. Chaque bijou sort des mains de plus de 150 artisans qualifiés. La maison affiche aussi un engagement responsable : elle a atteint 100 % d’achats d’or responsables et investit dans la traçabilité des pierres de couleur et des diamants.

Ces expositions de joaillerie s’inscrivent dans un mouvement plus large. Comme le rappelle Sabina Belli, CEO du groupe Pomellato, la maison est née au moment où les femmes revendiquaient davantage de liberté et d’indépendance. Le format de l’exposition permet ainsi à ces bijoux de raconter une histoire bien plus vaste que celle de l’orfèvrerie seule. Pomellato fut aussi la première maison de joaillerie à confier ses campagnes à de grands photographes, parmi lesquels Helmut Newton, Albert Watson, Horst P. Horst, Gian Paolo Barbieri, Michel Comte, Javier Vallhonrat, Snowdon, et, pour la première fois exposé dans ce contexte, Herb Ritts. Ces images constituent un récit visuel aussi puissant que les bijoux eux-mêmes, et donnent à ces expositions une dimension culturelle que le simple vitrine ne pourrait pas offrir.

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