Ces quatre philosophes rouvrent l’Agora pour nous apprendre à vivre mieux

Ces quatre philosophes rouvrent l'Agora pour nous apprendre à vivre mieux
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Et si la philosophie était, avant tout, un art de vivre mieux ? C’est la conviction que partagent Sophie Galabru, Julia de Funès, Marianne Chaillan et Charles Pépin, quatre voix qui rajeunissent une discipline millénaire pour répondre aux questions les plus intimes de notre époque. En 2026, leurs livres font florès en librairie et montrent que penser peut aussi être une façon de tenir debout.

La philosophie, une sagesse pour vivre mieux au quotidien

Philosopher, ce n’est pas seulement apprendre à mourir, comme le voulait une longue tradition depuis Montaigne. C’est aussi, et peut-être surtout, apprendre à vivre, comme le proposait déjà la sagesse antique épicurienne, stoïcienne et platonicienne. Ainsi, bâtir sa « citadelle intérieure », selon l’expression de l’historien et philosophe Pierre Hadot, c’est vivre en accord avec soi-même, être solide dans ses idées et libre d’esprit.

Sophie Galabru, agrégée de philosophie, le dit avec clarté : « Je n’ai jamais compris le procès d’abstraction que l’on fait à la philosophie, quand elle s’intéresse en réalité à tous les sujets qui traversent nos existences. » De fait, la philosophie donne du sérieux et de la poésie à des questions que l’on se pose depuis l’enfance, parfois en secret.

Ces quatre auteurs ont mené l’enquête auprès de Platon, Socrate, Descartes, Spinoza, Kant et Nietzsche, entre autres, pour proposer des réponses sur l’amour, la mort, l’identité, l’échec, le désir et le bonheur. Leurs ouvrages ne sont pas des manuels rapides pour se remonter le moral. Ce sont des voies possibles pour comprendre le monde, les autres et soi-même.

« Contrairement au développement personnel, la philosophie ne prétend pas faire l’économie de la souffrance : au contraire, elle pense et enseigne que la souffrance est nécessaire. Jamais non plus elle ne dit ce qu’il faut faire ni ne donne de conseils ou d’injonctions. », Marianne Chaillan

Philosophie contre développement personnel : une ligne de partage nette

Julia de Funès trace une frontière précise entre les deux approches. « La philosophie possède un corpus énorme qui demande du temps long, le développement personnel promeut un temps rapide », explique-t-elle. L’un cherche une meilleure version de soi, l’autre ne conforte pas le moi. C’est, dit-elle, « un doute permanent ».

Ainsi, là où le développement personnel promet des recettes, la philosophie pose des questions. Elle ne rassure pas à bon compte. En revanche, elle offre une profondeur que les méthodes express ne peuvent pas atteindre.

Pour vivre mieux, il ne s’agit donc pas de suivre des injonctions. Il s’agit de s’interroger, de douter, de penser par soi-même. C’est précisément ce que ces quatre philosophes proposent à leurs lecteurs.

  • L’amour est-il plus fort que la mort ?
  • Comment défier la nostalgie et survivre à la perte ?
  • Pourquoi répète-t-on les mêmes erreurs ?
  • Qui suis-je vraiment et comment vivre pleinement ce que je désire ?
  • Quelles vertus ont nos échecs ?

Charles Pépin et l’art de poser les bonnes questions

Charles Pépin confirme que l’art de la philosophie réside dans la manière d’interroger. « Pour aider les gens et répondre à leurs questions, avoir une approche qui croise la psychanalyse, les neurosciences et la philosophie est intéressant », analyse-t-il. Chaque mois depuis treize ans, il anime un séminaire ouvert à tous dans la grande salle du mk2 Odéon.

Par ailleurs, chaque semaine dans son podcast, il tente de répondre aux grandes interrogations qui nous animent ou nous angoissent. Selon lui, ce qui fait du bien, ce ne sont pas tellement les réponses, mais les questions posées ensemble. Elles permettent de se sentir moins seul dans ce désarroi contemporain.

Son livre Où trouver la force ? Et autres questions existentielles rassemble ainsi cinquante-huit questions avec de vraies réponses. Peut-on changer, adulte, les blessures de son enfance ? Comment savoir si notre métier nous correspond ? Pourquoi avons-nous besoin d’être aimés ? Autant d’interrogations qui touchent à l’essentiel pour vivre mieux.

De plus, Charles Pépin rappelle que la philosophie antique proposait déjà une philosophie plus existentielle que spéculative. En ce sens, elle n’a pas attendu notre époque pour s’intéresser à la vie concrète des femmes et des hommes.

Des livres qui répondent à l’angoisse de notre temps

Jamais les ouvrages de philosophie abordant nos questionnements quotidiens n’ont fait autant florès en librairie. Besoin d’éclairer nos vies autrement ? De conjurer le chaos de notre époque ? De combler le vide spirituel après l’effondrement des grandes idéologies du XXe siècle ? La philosophie répond présente.

« À une époque particulièrement angoissante, penser ce qui se passe est le rôle du philosophe », analyse Charles Pépin. La philosophie montre aux femmes et aux hommes qu’ils ne sont pas seuls. D’autres philosophes se sont emparés de ces questions et ont proposé des réponses à vivre, et non pas seulement des réponses à penser.

Marianne Chaillan, de son côté, rappelle qu’« il y a nécessité à redescendre sur la place publique et sur l’Agora, ce qui était d’ailleurs à l’origine de la philosophie ». Ainsi, vivre mieux passe aussi par une parole publique, libre et délibérative, dans un monde où les repères s’effacent.

Quatre livres pour traverser les grandes épreuves de l’existence

Sophie Galabru, dans Nos dernières fois, Défier la nostalgie, s’intéresse au dernier regard, à la dernière caresse, aux derniers mots. Comment affronter ces moments autrement que par l’appréhension ou la tristesse ? Son livre propose des voies pour vivre mieux ces instants que l’on redoute.

Julia de Funès, dans Pensées distinguées, s’attaque à une époque saturée de discours binaires et de fake news. Comment apprendre à réfléchir par soi-même ? Comment distinguer évidence et vérité, offense et préjudice, consentement et résignation ? Ces questions sont, par conséquent, au cœur d’une vie intellectuelle saine.

Marianne Chaillan, dans Survivre, pose la question de la perte. Puisque rien ne dure et que tout s’enfuit, notre jeunesse, nos espérances, ceux que nous aimons, comment accepter la règle du jeu cruel de la perte ? Son livre est une invitation à tenir, à résister, à vivre mieux malgré tout.

La philosophie, « vieille dame essentielle qui résiste », comme dit Julia de Funès, avait besoin de nouveaux traducteurs. Dense, difficile d’accès, écrite dans une langue parfois absconse, elle ne pouvait plus parler seule. Ces quatre auteurs ont relevé ce défi. Leurs livres de sagesse peuvent, de fait, sauver nos vies de l’ennui, de l’effroi, du malheur, voire de nous-mêmes. C’est cela, aussi, vivre mieux.

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