Peter Marino ressuscite les jardins Riviera de Coco Chanel, oliviers millénaires compris

Peter Marino ressuscite les jardins Riviera de Coco Chanel, oliviers millénaires compris
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Imaginez une propriété où l’air sent le jasmin, l’iris et la lavande dès le premier pas passé le portail. C’est précisément ce que l’on ressent aujourd’hui à La Pausa, le domaine de la Riviera que Gabrielle Chanel fit construire à Roquebrune-Cap-Martin à la fin des années 1920. Les jardins Riviera de Coco Chanel, restaurés avec soin par l’architecte américain Peter Marino, retrouvent enfin l’allure sobre et sauvage que leur créatrice avait voulue.

Un domaine bâti sur le succès du N°5

En 1928, Gabrielle Chanel acquiert cette propriété de près de 10 acres surplombant la Méditerranée. L’argent vient des bénéfices du parfum N°5, lancé sept ans plus tôt, et de sa couture révolutionnaire. Ce n’est donc pas un hasard si deux des trois plantes qui accueillent le visiteur à l’entrée, le jasmin et l’iris, figurent parmi les ingrédients de ce parfum emblématique.

Pour concevoir la maison, Chanel s’associe à l’architecte Robert Streitz. Ensemble, ils s’inspirent de l’austère couvent d’Aubazine où elle avait grandi. Le nom choisi, La Pausa, soit « la pause », renvoie probablement à une chapelle du XVe siècle attenante au terrain. Selon la tradition locale, Marie-Madeleine s’y serait reposée à l’ombre des oliviers de Roquebrune lors de son voyage vers Marseille après la crucifixion.

Chanel vendit la propriété en 1953 à l’éditeur Emery Reves, peu avant de rouvrir sa maison de couture après une interruption de près de quinze ans liée à la Seconde Guerre mondiale. En 2015, la maison Chanel racheta La Pausa aux héritiers Reves, avec l’ambition d’en faire un lieu de résidence artistique et d’inspiration créative.

Peter Marino et la philosophie des jardins Riviera de Coco Chanel

Pour mener la restauration, Chanel fait appel à Peter Marino, qui collabore avec la marque depuis quatre décennies. Son point de référence pour le paysage : l’année 1935, moment où les jardins avaient vraiment pris la forme voulue par Chanel. Marino explique que l’esprit des années 1930, marqué par la crise économique, imposait une certaine retenue, loin de tout faste ostentatoire.

Pour retrouver cet idéal moderniste et dépouillé, Marino supprime les ajouts décoratifs tardifs et arrache les plantations récentes, notamment des palmiers et d’autres arbres non indigènes qui avaient envahi les lieux. Ce travail d’épuration rouvre des vues sur Menton à l’est et Monaco à l’ouest, deux panoramas que les plantations parasites avaient masqués.

Dans les jardins Riviera de Coco Chanel, Marino plante ensuite de larges étendues de lavande et d’iris en aplats de couleur, s’inspirant selon ses propres mots du peintre Kandinsky. Sur le versant avant, la lavande dévale la pente jusqu’à l’allée d’entrée selon la technique française dite de la « coulée ». Les pelouses, elles, poussent librement, mêlant herbes et trèfle, pour donner à l’ensemble une texture qu’il compare aux tweeds caractéristiques de la mode Chanel.

Les oliviers, gardiens du domaine

Dès la construction en 1928 et 1929, Chanel avait demandé à Streitz de préserver deux oliviers centenaires. Le premier se trouvait en plein milieu de l’allée d’entrée, et elle refusa catégoriquement de le déplacer. Le second devint le cœur d’une cour intérieure de style cloître : la maison fut littéralement construite autour de lui.

Le domaine compte aujourd’hui 250 oliviers anciens, dont le plus vénérable est estimé à 800 ans. Marino en a repositionné certains à des emplacements plus judicieux, dont celui de l’allée d’entrée que Chanel appelait « mon gardien ». Pour les mettre en valeur la nuit, il a fait courir des câbles depuis le sol et fixé de petits spots LED sur les branches, orientés vers le bas. L’effet produit imite la lumière de la lune, même par temps couvert, et dessine des motifs changeants sur le sol.

  • Superficie du domaine : près de 10 acres surplombant la Méditerranée
  • 250 oliviers anciens, dont le plus vieux estimé à 800 ans
  • Année de référence pour la restauration paysagère : 1935
  • Rachat de La Pausa par la maison Chanel : 2015
  • Première résidence d’artistes organisée à l’automne 2025, pour des écrivains

Un lieu vivant, entre héritage et création contemporaine

La Pausa reste une propriété privée, mais elle accueille ponctuellement des événements de la maison Chanel, comme la présentation de haute joaillerie du mois de mai dernier. Le domaine ouvre aussi ses portes à des résidences d’artistes : la première, à l’automne 2025, était dédiée aux écrivains ; la suivante, prévue pour l’été prochain, accueillera des compositeurs, avec un concert dont la musique se répandra dans les jardins.

Ce lien entre musique et La Pausa n’est pas nouveau. Du temps de Chanel, Erik Satie, Georges Auric et Misia Sert y jouaient déjà. Matthieu Blazy, directeur artistique de Chanel, a d’ailleurs choisi ce cadre pour photographier la campagne de sa première collection prêt-à-porter, avec des mannequins grimpant dans l’olivier du cloître, comme Mademoiselle le faisait elle-même près d’un siècle auparavant.

Les jardins Riviera de Coco Chanel portent ainsi une double mémoire : celle d’une femme qui construisait autour des arbres plutôt que de les abattre, et celle d’un lieu où la création continue de trouver sa place, entre lavande, oliviers et lumière méditerranéenne.

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