Le talon Choc de Roger Vivier, né en 1959, revient en force cet hiver
Un talon conçu en 1959 comme point de départ d’une collection entière : c’est le pari que fait Roger Vivier pour son vestiaire Automne-Hiver 2026/27. Derrière ce choix, une question de fond sur ce que signifie hériter d’une forme et la remettre en mouvement.
Le talon Choc, une géométrie qui parle encore
Tout part d’une courbe. Le talon Choc est né il y a plus de soixante-dix ans, et Roger Vivier en fait le centre de gravité de cette saison. Ce n’est pas un rappel nostalgique ni un simple clin d’œil à une archive : c’est une prise de position. La maison choisit de construire une collection entière autour d’une seule forme, ce qui impose une discipline formelle rare.
Ce type de démarche révèle quelque chose sur la façon dont Roger Vivier se positionne : non pas en multipliant les références, mais en creusant une seule idée jusqu’à en épuiser toute la densité. Le talon Choc devient ainsi moins un ornement qu’un langage, une grammaire visuelle appliquée de manière cohérente à travers la collection.
Ce que cette décision change concrètement, c’est la lisibilité de l’ensemble. Porter un modèle de cette saison, c’est porter une pièce qui appartient à un geste éditorial assumé, pas à une offre diffuse.
Gherardo Felloni face à l’héritage d’une forme
C’est Gherardo Felloni qui conduit cette réinterprétation. Son travail sur le talon Choc ne consiste pas à le reproduire à l’identique, mais à l’inscrire dans un registre contemporain articulé autour de trois axes : la séduction, l’architecture et la présence.
Ces trois notions ne sont pas interchangeables. La séduction renvoie à la relation entre la chaussure et celle qui la porte, à ce qu’elle projette dans l’espace. L’architecture, elle, dit quelque chose de la structure interne de la forme : sa rigueur, sa précision de construction, la façon dont la courbe du talon tient debout sans fléchir. La présence, enfin, engage la silhouette entière, la manière dont une chaussure modifie la posture, l’allure, le rapport au sol.
En travaillant simultanément ces trois registres, Felloni évite le piège de la simple célébration. Il ne commémore pas, il argumente.
Architecture et pouvoir comme langage de saison
Ce que la collection Roger Vivier Automne-Hiver 2026/27 met en jeu dépasse la question du style. En plaçant la notion d’architecture au cœur du propos, la maison relie la chaussure à un registre habituellement réservé aux objets construits : la rigueur structurelle, l’équilibre des volumes, la tension entre la forme et la fonction.
La notion de contrôle, mentionnée aux côtés de la séduction et de la présence, ajoute une dimension supplémentaire. Elle introduit l’idée que porter ces chaussures, c’est aussi exercer une forme de maîtrise, sur le geste, sur le regard qu’on attire, sur l’espace qu’on occupe. Ce n’est pas une promesse vague : c’est précisément ce que le talon Choc, par sa géométrie affirmée, rend littéralement sensible à chaque pas.
Roger Vivier construit ainsi une collection dont la cohérence ne repose pas sur une palette ou un thème décoratif, mais sur une forme et ce qu’elle génère comme rapport au corps et au monde. C’est une proposition formelle que peu de maisons osent tenir sur une saison entière, et c’est en cela que le pari de Roger Vivier mérite d’être regardé attentivement.
Source : la publication de Roger Vivier sur Instagram