Arnaud Chastaingt signe pour Chanel des trophées en céramique J12
Deux trophées conçus par Chanel pour une course d’aviron centenaire : le point de départ peut surprendre, mais c’est précisément là que la maison révèle une facette peu connue de son rapport à l’objet fabriqué. Derrière ces pièces se cache un travail orfèvre d’une complexité rare, qui place la montre J12 au cœur d’un dialogue inattendu entre sport, artisanat et horlogerie.

Quand la J12 quitte le poignet pour entrer dans le trophée
La montre J12 existe en deux versions chromatiques fondatrices : le noir et le blanc, tous deux obtenus grâce à une céramique travaillée avec une précision propre à l’horlogerie. C’est cette couleur, et cette matière, que Chanel a choisi de transposer dans les deux trophées destinés à The Boat Race. Chaque objet intègre un cadre réalisé dans cette même céramique noire ou blanche, selon le palmarès.
Ce transfert d’un matériau horloger vers un objet d’orfèvrerie ne relève pas du détail esthétique. Selon les informations disponibles, son intégration dans la structure du trophée constitue un exploit technique jusqu’alors inédit. Adapter une matière pensée pour un boîtier de montre aux contraintes d’un objet plus grand, plus exposé, destiné à traverser le temps entre les mains de ses lauréates, représente un défi de fabrication à part entière.
Le rôle d’Arnaud Chastaingt et la logique de conception
C’est Arnaud Chastaingt, directeur du studio de création horlogère de Chanel, qui a conçu ces deux trophées. Son ancrage dans l’univers de la montre n’est pas anodin : il explique que le projet ne soit pas parti d’un dessin générique de coupe sportive, mais d’un objet horloger précis, la J12, dont il a voulu prolonger la grammaire formelle dans un autre registre.
Ce choix de confier la conception à un directeur de création horlogère plutôt qu’à un designer généraliste dit quelque chose de la démarche. Chanel ne traite pas ce trophée comme un accessoire de communication : la maison le construit comme un objet à part entière, avec ses propres contraintes techniques et sa propre cohérence visuelle. La frontière entre arts décoratifs et horlogerie s’y trouve délibérément brouillée.

Thomas Lyte : cinq gestes pour un objet fini
La fabrication a été confiée aux ateliers britanniques Thomas Lyte, spécialisés dans l’orfèvrerie fine. Le processus de réalisation mobilise cinq étapes distinctes, chacune relevant d’un geste de métier précis :
- Le modelage, qui donne au trophée sa forme initiale
- Le façonnage, qui affine et structure le volume
- Le polissage, qui prépare les surfaces à recevoir la finition
- La dorure, qui apporte l’éclat caractéristique de l’orfèvrerie de prestige
- La gravure, qui personnalise et marque durablement l’objet
Cette séquence n’a rien d’automatisé. Chaque étape suppose une intervention manuelle et un œil exercé, notamment au moment du polissage, où la régularité de la surface conditionne directement la qualité de la dorure qui suit. C’est dans cet enchaînement de gestes que la dimension artisanale du projet trouve sa réalité concrète.

Un centenaire comme point d’ancrage
Chanel entre dans cette aventure à un moment précis : les trophées ont été créés à l’occasion du centenaire de la course féminine de The Boat Race. La maison y occupe une double position, celle de premier Title Sponsor et d’Official Timekeeper de la compétition. Ces deux rôles se répondent : l’un ancre Chanel dans le financement et la visibilité de l’événement, l’autre la place directement en relation avec la mesure du temps, terrain naturel de l’horlogerie.
Que la maison choisisse ce centenaire pour produire deux objets orfèvrés conçus depuis sa division horlogère, plutôt qu’un simple objet promotionnel, dit quelque chose de la façon dont elle aborde ce partenariat. Le trophée devient alors le point de convergence entre une compétition sportive historique, un atelier d’orfèvrerie britannique et une montre dont la céramique franchit, pour la première fois, le cadre du poignet.
Source : la publication de Chanel sur Instagram