L’hôtel de Sinatra dans les Dolomites renaît en Mandarin Oriental
En 1962, Frank Sinatra avait réservé l’intégralité de l’établissement pour lui seul. Aujourd’hui, c’est Mandarin Oriental qui s’approprie les murs de ce palace alpin, après une transformation confiée au cabinet Herzog & de Meuron. Le résultat, à Cortina d’Ampezzo, dit quelque chose de précis sur ce que le grand tourisme de montagne peut encore être.
Un siècle de passé, une signature architecturale du présent
L’histoire commence en 1901, quand Emilia et Giuseppe Menardi fondent l’Hotel Cristallo dans les Dolomites. Ce bâtiment, c’est le socle sur lequel Mandarin Oriental a choisi de construire. Non pas en le remplaçant, mais en le prolongeant : la restauration et l’extension contemporaine ont été menées par Herzog & de Meuron, cabinet dont la présence ici n’est pas anodine. Confier la métamorphose d’un hôtel centenaire à l’une des agences d’architecture les plus exigeantes du monde, c’est poser un acte, pas seulement rénover des façades.
Le résultat abrite 84 chambres et suites, dont 30 suites. Beaucoup d’entre elles s’ouvrent sur des balcons ou des terrasses orientées vers les sommets des Dolomites, classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Dormir face à ces parois calcaires, c’est une promesse que l’architecture seule ne suffit pas à tenir : il faut aussi que l’hôtel soit à la hauteur de ce qu’il encadre.
Hollywood, les têtes couronnées et les écrivains : ce que ces murs ont vu
Peu d’établissements alpins peuvent aligner un tel registre d’hôtes. Léon Tolstoï et Gabriele D’Annunzio ont séjourné ici. Le roi Umberto de Savoie aussi. Plus tard, ce sont Peter Sellers et David Niven qui ont foulé ces couloirs, à l’époque où l’hôtel servait de décor au tournage de La Panthère Rose, en 1963.
Sinatra, lui, avait fait les choses à sa manière : en 1962, pendant le tournage de Von Ryan’s Express, il avait privatisé l’ensemble de l’hôtel. Ce genre d’anecdote dit moins l’extravagance d’un artiste que le statut de l’endroit à cette époque. Le Cristallo n’était pas seulement un hôtel de montagne : c’était une adresse où l’on venait être vu, loin de tout, dans un décor que la nature rendait spectaculaire.
Ce passé n’est pas un argument marketing. C’est le contexte dans lequel Mandarin Oriental s’installe, et qui donne à cette ouverture une densité que peu d’inaugurations hôtelières peuvent revendiquer.
Ce que l’hôtel propose aujourd’hui
L’établissement réunit plusieurs restaurants et bars sous le même toit. Le spa dispose d’une piscine intérieure, d’une piscine extérieure, de salles de soins et d’un centre de fitness. C’est une offre pensée pour des séjours longs, pas seulement pour des escales.
Mandarin Oriental positionne cette adresse comme une destination à pratiquer sur quatre saisons. En hiver, le domaine skiable de Cortina d’Ampezzo est accessible. Le reste de l’année, la randonnée et le cyclisme prennent le relais dans un massif que l’UNESCO a reconnu pour sa valeur universelle. Ce n’est pas un hôtel de saison : c’est un point d’ancrage dans un territoire.
Ce que cette ouverture révèle
Le grand tourisme alpin a traversé des décennies d’hésitation entre la tradition et la modernisation à tout prix. Ce que fait Mandarin Oriental à Cortina d’Ampezzo propose une troisième voie : garder la substance historique, y introduire une écriture architecturale contemporaine assumée, et s’appuyer sur un territoire dont la valeur n’a pas besoin d’être construite. Les Dolomites existent. Le Cristallo existait. Herzog & de Meuron ont posé leur regard dessus. Ce sont ces trois faits, combinés, qui donnent au Mandarin Oriental Cortina sa cohérence, et qui distinguent cette ouverture d’une simple opération d’enseigne.