Maison Margiela retourne ses chemises et sculpte ses tailleurs pour le printemps-été 2027

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Une chemise retournée sur elle-même, dos devenu devant, coutures à nu comme une seconde peau mise à jour : c’est par ce geste que Maison Margiela ouvre sa collection printemps-été 2027. Derrière cet acte apparemment simple se cache une question bien plus profonde, celle de ce que signifie construire un vêtement.

Maison Margiela retourne ses chemises et sculpte ses tailleurs pour le printemps-été 2027

Quand la structure devient le sujet

Pour cette nouvelle saison, Maison Margiela ne part pas de la silhouette pour aller vers la construction. Elle fait le chemin inverse : c’est la construction qui génère la silhouette, et c’est elle que le regard doit lire en premier. Chaque pièce présentée pose la même question au spectateur : qu’est-ce qui tient un vêtement ensemble, et que se passe-t-il quand on le montre ?

La maison s’inscrit ainsi dans une démarche qu’elle a théorisée bien avant que la déconstruction ne devienne un mot à la mode dans le secteur. Fondée en 1988 par le couturier belge Martin Margiela, et aujourd’hui dirigée artistiquement par John Galliano depuis 2014, la maison a toujours traité les conventions du vêtement comme un matériau à part entière. Cette collection en est une nouvelle démonstration, cohérente et radicale.

Le tailleur plié, sculpté, réinventé

Au cœur de la collection, le tailleur fait l’objet d’un traitement qui transforme le geste du porteur en geste de création. Des vestes sont pliées avant d’être boutonnées : le pli ainsi formé ne disparaît pas une fois enfilée la pièce, il s’installe dans la silhouette et devient permanent. Ce n’est plus un défaut, c’est la forme elle-même.

Certaines autres pièces de tailleur poussent cette logique encore plus loin. Leurs devants sont renforcés pour obtenir des volumes qui ne doivent rien au corps qu’ils habillent. La veste tient seule, sculptée de l’intérieur. Ce que Maison Margiela propose ici, c’est un vêtement qui n’attend pas d’être porté pour exister : il possède déjà sa propre architecture.

Maison Margiela retourne ses chemises et sculpte ses tailleurs pour le printemps-été 2027

La chemise à l’envers, la robe ouverte

Si le tailleur sculpte, les chemises et les robes de cette collection révèlent. Retravaillées comme si elles avaient été enfilées à l’envers, elles s’ouvrent sur ce qui, d’ordinaire, reste caché : doublures, coutures, envers de tissu. Ce que la maison appelle une seconde peau n’est pas une métaphore. C’est littéralement la face interne du vêtement, rendue visible, traitée comme une surface à part entière.

Ce renversement n’est pas purement conceptuel. Il change concrètement ce que l’on voit quand on regarde ces pièces portées : les lignes de construction deviennent ornement, et l’envers prend la place du endroit. Pour qui les porte, c’est une façon d’afficher la fabrication plutôt que de la dissimuler.

Des chaussures qui touchent le sol autrement

Maison Margiela prolonge cette réflexion sur la structure jusqu’aux pieds. La collection introduit une famille de chaussures légères entièrement construites sans talon : lacets souples, mocassins et boots de combat composent ce premier ensemble, pensé autour d’une relation au sol plus directe, moins médiatisée par la hauteur.

À ces silhouettes rasantes s’ajoutent de nouvelles bottines et de nouveaux escarpins, eux aussi sans talon, et dont le bout est ouvert. Ce détail, qui pourrait sembler anecdotique, change pourtant la lecture de toute la chaussure : sans talon pour équilibrer l’œil vers l’arrière, et avec un bout ouvert qui allège l’avant, la forme se concentre sur ce qui reste, c’est-à-dire la structure latérale, la tige, le laçage ou la découpe.

Maison Margiela retourne ses chemises et sculpte ses tailleurs pour le printemps-été 2027

Ce que cette collection dit de Maison Margiela, c’est qu’elle n’a pas besoin de changer de terrain pour trouver un territoire neuf. En travaillant le pli, le renversement et le renforcement sur des pièces aussi classiques qu’une veste de tailleur ou une chemise, la maison démontre que la radicalité ne réside pas dans le choix du vêtement mais dans ce qu’on lui fait subir. La collection printemps-été 2027 ne propose pas un look : elle propose une manière de comprendre ce qu’on a sur le dos.

Source : la publication de Maison Margiela sur Instagram

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