Matthieu Blazy ancre Chanel dans Vuillard et les ateliers brodeurs

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Quand les ateliers prennent le dessus sur la silhouette, c’est que quelque chose a changé dans la manière de penser Chanel. Avec la collection Printemps-Été 2027, Matthieu Blazy pose les termes d’un langage nouveau pour la maison, en plaçant la matière au centre de tout et en convoquant, comme référence picturale, le peintre français Édouard Vuillard. Ce rapprochement inattendu dit beaucoup sur la direction que Blazy entend donner à son travail ici.

Vuillard comme point de départ, les ateliers comme terrain

Choisir Vuillard n’est pas un geste anodin. Le peintre français est connu pour ses compositions où les motifs des tissus et des papiers peints absorbent les silhouettes, où le fond et la figure se confondent dans un vertige décoratif. C’est précisément ce trouble que Matthieu Blazy semble vouloir introduire dans le vestiaire de Chanel : des silhouettes qui ne dominent pas le tissu, mais qui en deviennent presque indissociables.

Pour y parvenir, il mobilise plusieurs ateliers, chacun apportant un registre technique distinct. Le19M, Maison Lemarié, Lesage et l’Atelier Montex sont associés à cette collection. Leurs contributions se lisent directement sur les pièces : tissus tissés, matières tricotées, broderies d’une grande complexité. Ce n’est pas la sobriété qui prime, c’est l’accumulation maîtrisée, le geste répété jusqu’à ce que la surface devienne un sujet à elle seule.

Matthieu Blazy ancre Chanel dans Vuillard et les ateliers brodeurs

Ce dialogue entre référence picturale et production artisanale constitue le cœur de la démarche. Blazy ne cite pas Vuillard pour le plaisir de la culture : il en fait une méthode, une façon d’organiser les rapports entre couleur, motif et forme dans chaque pièce de la collection.

Des couleurs vives et des motifs hérités de Gabrielle Chanel

La palette choisie pour cette saison tranche avec toute retenue attendue. Les silhouettes jouent sur des associations de couleurs contrastées et des motifs colorés qui s’affrontent autant qu’ils se répondent. Ce travail chromatique ne cherche pas l’harmonie discrète : il assume la tension, le choc visuel, l’éclat.

Dans cet ensemble, les imprimés animaliers occupent une place particulière. Présentés comme un motif cher à Gabrielle Chanel elle-même, ils relient la collection à une histoire plus ancienne de la maison, celle de sa fondatrice. Ce n’est pas une simple référence nostalgique : c’est une façon pour Blazy de montrer que son travail pour Chanel s’inscrit dans une continuité, même quand il prend des directions inattendues.

Matthieu Blazy ancre Chanel dans Vuillard et les ateliers brodeurs

Les sequins et les boutons brodés complètent ce tableau. Ils ajoutent un niveau supplémentaire de surface travaillée, où chaque détail finit par devenir un geste en soi. On est loin d’un ornement accessoire : ces éléments participent pleinement à la construction visuelle de chaque pièce.

Ce que cette collection dit du tournant Blazy pour Chanel

C’est la première vision saisonnière que Matthieu Blazy développe pleinement pour Chanel, et elle révèle une ambition précise : ne pas effacer l’héritage artisanal de la maison, mais le rendre visible autrement. Là où d’autres approches auraient pu lisser la complexité des ateliers derrière une silhouette épurée, Blazy fait le choix inverse.

Il met la fabrication en avant, au sens propre. Les tissus tissés, les broderies élaborées, les tricots de construction ne sont pas des coulisses : ils deviennent la surface de lecture principale des vêtements. Ce renversement de priorité est ce qui donne à cette collection son caractère singulier dans la trajectoire récente de la maison.

Matthieu Blazy ancre Chanel dans Vuillard et les ateliers brodeurs

La convocation de Vuillard ajoute à cela une dimension intellectuelle sans alourdir le propos. Elle offre une clé de lecture pour comprendre pourquoi les motifs débordent, pourquoi les couleurs s’entrechoquent, pourquoi la silhouette semble parfois vouloir se dissoudre dans le tissu qui la constitue. Avec cette collection Printemps-Été 2027, Chanel ne cherche pas à rassurer : elle cherche à questionner ce que le vêtement peut faire quand on lui laisse toute sa complexité.

Source : la publication de Chanel sur Instagram

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