Ghesquière puise dans les malles Louis Vuitton pour son SS27
Un fermoir emprunté aux malles d’un autre siècle, des bijoux qui semblent sortir d’un capot de voiture : la collection printemps-été 2027 de Louis Vuitton, signée Nicolas Ghesquière, s’articule autour d’un dialogue constant entre archives et présent. Chaque accessoire fonctionne ici comme une relecture d’un code fondateur de la maison, traduit dans un vocabulaire résolument actuel.

Le fermoir S-Lock, d’une malle à l’autre
Le point de départ de cette collection ne se trouve pas dans une tendance saisonnière, mais dans les ateliers d’autrefois. Louis Vuitton est née en 1854 de la main d’un maître malletier dont la spécialité consistait à fabriquer des boîtes capables de protéger les effets personnels et les garde-robes volumineuses de ses clients. De cette époque, la maison a tiré des solutions techniques précises, notamment des systèmes de fermeture conçus pour allier résistance et praticité.
C’est précisément cet héritage que Ghesquière convoque à travers les pièces de maroquinerie de la collection SS27. Le fermoir S-Lock qui orne sacs et pochettes ne renvoie pas à une forme abstraite : il cite directement les serrures des malles historiques de la maison, et plus particulièrement la serrure à Gorge que Louis Vuitton a développée au fil de ses innovations. Passer de la malle de voyage à un sac porté au bras, c’est compresser un siècle de savoir-faire dans un geste du quotidien.
Ce choix dit quelque chose de la méthode de Ghesquière : il ne s’agit pas d’orner une pièce d’un détail rétro pour séduire les amateurs de patrimoine. Le fermoir S-Lock est d’abord une solution formelle, un élément structurant qui donne au sac son caractère, avant d’être une référence.

Les bijoux LV Cube Crystal, une lumière venue de la route
La ligne de bijoux LV Cube Crystal constitue l’un des écarts les plus frappants de cette proposition. Sa source d’inspiration se situe loin des codes habituels de la joaillerie : ce sont les phares de voiture qui ont guidé le travail formel. La géométrie des optiques automobiles, leur façon de fragmenter et de démultiplier la lumière à travers des surfaces taillées en facettes, se retrouve dans la structure des pièces.
Ce rapprochement entre le bijou et la mécanique n’est pas anodin dans l’œuvre de Ghesquière, qui construit depuis plusieurs années un vestiaire Louis Vuitton attentif aux formes industrielles et à leur capacité à générer une esthétique nouvelle. Ici, le cristal travaillé comme un phare produit un effet de diffusion lumineuse que l’on associe rarement à un accessoire porté sur soi. Résultat : la pièce change d’apparence selon l’angle, selon la lumière, selon le mouvement de celle qui la porte.
La visière LV Drive, quand l’accessoire structure le regard
Troisième pièce clé de la collection, la visière LV Drive prolonge logiquement l’imaginaire automobile déjà présent dans les bijoux. Enveloppante par construction, elle ne se contente pas de protéger : elle encadre le visage, modifie la silhouette, impose une présence. Son nom lui-même oriente la lecture vers l’idée du déplacement, de la vitesse contenue.
Ce type d’accessoire, à mi-chemin entre le fonctionnel et le sculptural, est caractéristique de la façon dont Louis Vuitton aborde la collection SS27 dans son ensemble. Ghesquière présente l’ingéniosité sartoriale comme le fil conducteur de toute la proposition : chaque pièce doit résoudre quelque chose, répondre à une contrainte formelle ou pratique, avant de produire un effet visuel. La visière LV Drive répond à cette logique avec une clarté particulière.

Une ingéniosité qui traverse toute la collection
Ce que la collection printemps-été 2027 de Louis Vuitton donne à voir, c’est moins un catalogue d’accessoires qu’une cohérence de pensée. Le fermoir S-Lock, les bijoux LV Cube Crystal et la visière LV Drive ne coexistent pas par hasard dans un même vestiaire : ils partagent une même façon d’aborder la création, qui consiste à trouver dans l’histoire ou dans le monde industriel une contrainte formelle, puis à la résoudre avec les outils du présent.
La maison a construit depuis 1854 une tradition d’innovation qui ne rompt jamais avec ce qui précède, mais le réinterprète. La toile Monogram, née en 1896 comme hommage au fondateur, en est l’illustration la plus connue : un motif devenu, au fil des décennies, une surface de projection pour des directeurs artistiques et des artistes successifs. Ghesquière s’inscrit dans cette continuité sans la répéter. Pour la saison SS27, il choisit de travailler non pas sur le motif, mais sur la structure, sur le geste technique, sur la fermeture et la lumière. Ce déplacement d’attention est peut-être ce que la collection a de plus intéressant à offrir.
Source : la publication de Louis Vuitton sur Instagram