Le Grand Palais consacre enfin une rétrospective à l’artiste argentin Leandro Erlich
Du 2 juin au 6 septembre 2026, le Grand Palais accueille la première grande exposition monographique en France de l’artiste argentin Leandro Erlich. Quatorze installations monumentales y transforment le regard : barques sans eau, façades à escalader, cabines d’essayage aux miroirs piégés. Ce rendez-vous estival invite petits et grands à vivre l’art plutôt qu’à le contempler.
Un parcours entre illusion et réalité au Grand Palais
Le visiteur pénètre d’abord dans l’obscurité. Là, Port of Reflections (2014) dévoile de petites barques en fibre de verre qui semblent flotter sur une eau noire et silencieuse. De près, le mystère s’efface : aucune goutte d’eau n’est présente. Une machine dissimulée fait osciller les coques, et ce qui ressemble à un reflet appartient en réalité à la sculpture elle-même.
Deux autres pièces prolongent cette expérience troublante. Dans la série The Cloud, des nuages paraissent figés à l’intérieur de vitrines de verre, tels des objets de collection. Là encore, l’artiste laisse voir le procédé : une quinzaine de plaques superposées dont la lumière fait surgir le volume. Avec The View (1997), deux fenêtres aux stores entrouverts donnent sur l’immeuble d’en face, où des inconnus s’habillent ou cuisinent sans se savoir épiés.
Le commissaire de l’exposition, Fabrice Bousteau, directeur de Beaux Arts Magazine, a réuni ces œuvres dans les galeries du Grand Palais. Le parcours se suit sans bagage en histoire de l’art, ce qui le rend accessible à tous les publics.
« Parfois, la meilleure expression du réel ne peut passer que par l’imagination. »
L’illusionniste qui montre ses trucs
Contrairement à un magicien, Leandro Erlich ne cache pas ses procédés : tout y est volontairement montré. Shattering Door (2009) en donne la clé. Cette porte semble fendue de toutes parts, sur le point d’éclater. En réalité, il s’agit d’un panneau de stratifié peint à l’aérographe. Pour dessiner les fêlures, l’artiste a brisé à coups de pierres quinze plaques de verre, filmées au ralenti, avant de les tracer finalement à la main.
De près, le réalisme du panneau tient à des détails inattendus : une vraie poignée, un judas et une serrure y sont intégrés. Haute d’un peu plus de deux mètres, l’œuvre piège le regard. Née dans le sillage de la crise financière de 2008, elle évoque aussi des certitudes qui se fissurent.
- Port of Reflections : barques en fibre de verre sans eau
- The Cloud : nuages figés dans des vitrines de verre
- The View : fenêtres ouvertes sur des voisins fictifs
- Shattering Door : porte peinte imitant le verre brisé
- Changing Rooms : trente cabines d’essayage en labyrinthe de miroirs
La Documentation Room : plus de trente ans de création
Au cœur de la rétrospective, la section Documentation Room – sous-titrée « de l’imagination à la réalisation » – suit la trajectoire de l’artiste depuis 1994. Elle présente des maquettes de ses grands projets dans l’espace public : le sommet d’un obélisque de Buenos Aires recouvert pour le faire « disparaître », ou un immeuble parisien dont la façade paraît fondre dans la chaussée.
Ces travaux dessinent un Erlich attentif à la ville, aux migrations et au climat autant qu’au jeu. On y croise aussi un artiste plus intime. Adolescent, il a dévoré des centaines de films, de Hitchcock à Coppola. Il en a tiré une série de peintures à l’huile, Coming Soon !, où ses propres installations deviennent des affiches de cinéma signées « Charlie Lendor », anagramme de Leandro Erlich.
Cette dimension personnelle enrichit le parcours. Elle montre comment le cinéma a nourri son goût pour la mise en scène et le trompe-l’œil.
Changing Rooms : un labyrinthe de miroirs
La dernière galerie du Grand Palais rassemble les pièces les plus immersives. Changing Rooms (2008) aligne d’élégantes cabines d’essayage dont les miroirs, au lieu de renvoyer votre image, ouvrent l’espace et relient une cabine à la suivante. On peut y voir surgir un inconnu venu de la cabine voisine.
Trente cabines s’emboîtent ainsi en un labyrinthe aux contours indéfinis. Le miroir – outil récurrent chez l’artiste – cesse de refléter pour devenir une porte. Cette installation invite à se perdre volontairement, à jouer avec les limites du visible.
Bâtiment : grimper un immeuble haussmannien couché
Le parcours s’achève par Bâtiment (2004), née à Paris pour la Nuit Blanche et reprise depuis dans plus de quinze pays. L’œuvre épouse chaque fois l’architecture locale : à Paris, un immeuble haussmannien en pierre claire des grands boulevards. La façade est posée à plat sur le sol, et un immense miroir incliné à 45 degrés la redresse à la verticale.
Allongés sur les fenêtres et les balcons, les visiteurs apparaissent dans le miroir suspendus à l’immeuble, tels des acrobates qui défient la pesanteur. Plus de vingt ans après sa création parisienne, Bâtiment revient là où elle a vu le jour. Chacun y compose sa propre scène, le temps d’une photo.
Cette première grande exposition monographique en France s’inscrit dans la deuxième édition du Grand Palais d’été. Elle prend place dans un monument rouvert en 2025 après restauration. Le plein tarif est de 20,50 €, avec des tarifs réduits à partir de 11,50 € et la gratuité pour les moins de 5 ans. L’entrée se fait par la rotonde Clarence Dillon, avenue Winston Churchill, dans le 8e arrondissement de Paris.
Les horaires s’étendent du lundi au dimanche, de 10h à 20h, avec une nocturne le vendredi jusqu’à 22h. Une fermeture exceptionnelle est prévue le 14 juillet. Pour s’y rendre, les lignes de métro 1 et 9 (station « Franklin D. Roosevelt ») ou 1 et 13 (station « Champs-Élysées – Clemenceau ») offrent un accès direct. Le RER C (station « Invalides ») et de nombreuses lignes de bus complètent la desserte.
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