La Galerie Colbert rouvre après 3 ans de travaux, ce joyau caché du 2e arrondissement

La Galerie Colbert rouvre après 3 ans de travaux, ce joyau caché du 2e arrondissement
La Galerie Colbert rouvre après 3 ans de travaux, ce joyau caché du 2e arrondissement
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Imaginez une cour d’écuries royales métamorphosée en l’un des passages couverts les plus élégants de Paris. C’est exactement ce que raconte la Galerie Colbert, nichée dans le 2e arrondissement, entre la rue des Petits-Champs et la rue de la Banque. Après trois ans de travaux menés de 2022 à 2025, ce lieu au destin hors du commun retrouve en 2026 toute sa splendeur.

Un palimpseste architectural au cœur de Paris

Peu de lieux parisiens ont connu autant de vies que ce passage. Au XVIIIe siècle, l’espace abritait les écuries de Philippe d’Orléans, régent du royaume. En 1826, la société Adam et Compagnie rachète l’ensemble à l’État et confie à l’architecte J. Billaud une mission audacieuse : transformer cette cour utilitaire en galerie marchande. Le résultat est saisissant. Billaud érige une vaste rotonde coiffée d’un dôme de verre, longue de 83 mètres, bordée de demi-colonnes en faux marbre et ornée de motifs polychromes. Au centre trône un candélabre en bronze portant sept globes de cristal éclairés au gaz, surnommé le « cocotier lumineux », qui devient rapidement le point de ralliement des rendez-vous galants sous la Monarchie de Juillet.

Pourtant, l’essor des grands boulevards et des grands magasins fragilise rapidement ce modèle. En 1873, les propriétaires décident de démolir l’édifice d’origine, jugé peu rentable. Dès 1874, l’architecte Henri Blondel reconstruit un bâtiment plus monumental, dans un style néo-Renaissance, intégrant bureaux, commerces et institutions. Le candélabre disparaît alors, remplacé par une statue en bronze de 1822 signée Charles-François Nanteuil-Lebeuf, représentant Eurydice piquée par un serpent. Malgré cette reconstruction ambitieuse, la galerie continue de décliner et ferme définitivement ses portes en 1975.

La Bibliothèque nationale rachète ensuite le passage et confie à l’architecte Adrien Blanchet une restauration achevée en 1986, dans un esprit fidèle au XIXe siècle. C’est à cette époque que le lieu bascule définitivement vers la culture et le patrimoine, loin des logiques commerciales.

La renaissance de 2025 : un campus urbain dédié à l’histoire de l’art

La dernière transformation est aussi la plus ambitieuse depuis la reconstruction de 1874. De 2022 à 2025, l’agence de Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des monuments historiques, et la designer Constance Guisset ont conduit un chantier de trois ans pour redonner vie au passage sans en trahir l’âme. Les faux marbres peints à l’huile, les décors et l’ensemble des épidermes ont été traités avec des savoir-faire artisanaux, dans une démarche de conservation qui valorise chaque fragment historique.

Constance Guisset a conçu un mobilier pensé pour favoriser la convivialité entre les colonnes : de longues banquettes s’insèrent dans une harmonie colorimétrique qui prolonge celle de la galerie. Des linteaux acoustiques et signalétiques ponctuent l’espace, en écho aux galeries couvertes du XIXe siècle. Dans la rotonde, un lustre monumental descend depuis la verrière, composé de sphères lumineuses et de sphères acoustiques, en dialogue avec les luminaires existants. Au sol, des canapés suivent les lignes concentriques de la rotonde, transformant cet espace en véritable place de vie.

Un nouvel accueil prend place autour des vestiges de l’Hôtel Bautru, dans le hall baptisé Rose Valland, en hommage à cette résistante. Un café s’installe dans la rotonde, dont la galerie en retour fait face au jardin de la Bibliothèque nationale de France.

Ce que vous trouverez aujourd’hui dans la Galerie Colbert

Ce passage se distingue de toutes ses consœurs parisiennes par une particularité rare : il n’abrite aucune boutique commerciale. Entièrement dévolu à la culture, il réunit désormais l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), l’Institut national du patrimoine (Inp) et plusieurs départements universitaires de recherche en histoire de l’art d’universités parisiennes et franciliennes. Les étudiants à partir du Master, les chercheurs français et étrangers, ainsi que les professionnels du patrimoine y trouvent un campus urbain pensé pour les échanges et la recherche.

Les salles portent les noms de grandes figures de l’histoire de l’art et de l’archéologie : Guillaume Guillon Lethière, Walter Benjamin, Roberto Longhi, Aby Warburg, André Chastel. Chaque espace devient ainsi un hommage vivant à ceux qui ont façonné la discipline.

  • Le hall Rose Valland, dédié à la résistante, accueille désormais le nouvel espace d’accueil principal.
  • La rotonde rénovée abrite un café ouvert aux visiteurs de passage.
  • Le restaurant Le Grand Colbert, brasserie au décor Art Nouveau classé monuments historiques, se situe à l’entrée côté rue des Petits-Champs.
  • La Bibliothèque nationale de France y propose cartes postales, affiches et livres à la vente.
  • Des événements réguliers s’y tiennent : conférences, projections, débats, notamment lors des Journées européennes du patrimoine ou des Nuits de la lecture.

Pour les amateurs d’histoire et d’architecture, la galerie offre aussi une alternative tranquille à la Galerie Vivienne voisine, souvent très fréquentée. Le passage reste ouvert à tous, flâneurs et curieux compris, fidèle à sa vocation originelle de lieu traversant la ville.

Une anecdote qui change le regard sur la rotonde

En 1830, Berlioz aurait interprété La Marseillaise depuis l’une des fenêtres de la galerie, dans l’esprit révolutionnaire qui animait alors Paris. Ce détail illustre à quel point ce passage a toujours été bien plus qu’un simple lieu de commerce ou de promenade. Au XIXe siècle, il abritait aussi un cabinet littéraire doté d’une bibliothèque de 15 000 volumes, signe d’une ambition culturelle déjà présente dès l’origine.

Son principe architectural, notamment la rotonde comme point de croisement des allées, a par ailleurs inspiré de nombreux architectes à travers toute l’Europe. Ce rayonnement international, souvent méconnu, témoigne de l’influence que ce passage parisien a exercée bien au-delà de ses 83 mètres de longueur. Situé entre la place des Victoires et le jardin du Palais-Royal, dans un quartier particulièrement riche en patrimoine, ce joyau du 2e arrondissement mérite amplement le détour.

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