Vacheron Constantin plie des raies manta de 5 mm à mains nues
Plier une raie manta de sept millimètres à mains nues, sans loupe, dans un papier plus fin qu’une feuille de copie ordinaire : c’est le défi que Vacheron Constantin a soumis à l’artiste Anya Midori pour composer le cadran de l’Oraygami, dernière création issue de la collection Métiers d’Art.
Un cadran comme fond marin
Ce qui frappe en premier, c’est le bleu. Un fond bleu nuit occupe tout le cadran, sur lequel glissent plusieurs raies manta en micro-origami. Les figurines ne sont pas posées mécaniquement : elles semblent traverser cet espace sombre avec la légèreté propre aux grands cétacés de papier. C’est cette impression de mouvement suspendu qui donne à la pièce son caractère particulier.
Pour obtenir cette teinte précise, ni le papier ni la teinture du commerce ne convenaient. Vacheron Constantin et Anya Midori ont dû concevoir un procédé de teinture entièrement spécifique à ce projet. Le bleu que l’on voit aujourd’hui n’existait pas avant qu’on le cherche.
La matière, premier obstacle
Le papier japonais choisi pour les raies pèse 20 grammes, soit environ un quart de l’épaisseur d’une feuille de copie standard. À cette densité, chaque pli compte double : le papier obéit, mais il ne pardonne pas. Une pression mal dosée, un angle approximatif, et la figurine est à refaire.
Avant d’être pliées, les feuilles mesuraient entre 9 et 12 millimètres. Une fois achevées, les raies atteignent entre 5 et 10 millimètres. Ce que le pliage retire en surface, il le restitue en volume et en précision anatomique. Car la séquence de pliage elle-même a dû être inventée : aucune figure d’origami existante ne permettait de restituer fidèlement les proportions et la dynamique corporelle d’une raie manta réelle. Une nouvelle séquence a donc été conçue spécifiquement pour ce projet.
Le geste, sans filet
Ce qui distingue le travail d’Anya Midori, c’est l’absence totale d’assistance optique. Pas de loupe, pas de microscope, pas d’outil de précision électronique. Seuls les doigts, les ongles et un cure-dent ont été utilisés pour façonner chaque figurine. À cette échelle, le toucher remplace la vue.
Les premières raies ont demandé jusqu’à six heures de travail chacune. Ce chiffre dit beaucoup : il ne s’agit pas d’une technique reproductible à la chaîne, mais d’un geste artisanal où la durée fait partie de la valeur. Chaque cadran porte, littéralement, des heures de concentration manuelle.
Entre les premières discussions et l’achèvement de la pièce, plus de deux ans se sont écoulés. Ce délai n’est pas un signe de lenteur : il témoigne de la quantité de problèmes à résoudre, du papier à teindre à la séquence de pliage à inventer, en passant par la manière de fixer des figurines aussi légères sur un cadran de montre.
Ce que l’Oraygami dit de la maison
Vacheron Constantin se définit elle-même comme une manufacture qui cherche à repousser les limites de la mécanique horlogère en explorant des horizons artistiques et culturels. L’Oraygami illustre cette orientation de façon concrète : la complication principale n’est pas ici un tourbillon ni un calendrier perpétuel, mais la présence sur le cadran d’un groupe de créatures marines pliées à la main dans un matériau quasi immatériel.
La collection Métiers d’Art, dont fait partie cette pièce, est précisément le territoire où Vacheron Constantin confronte l’horlogerie à d’autres disciplines créatives. Confier un cadran à une artiste spécialisée dans le micro-origami, développer pour elle un papier et une teinture sur mesure, consacrer deux ans à un seul motif décoratif : ces choix racontent une façon de concevoir la valeur d’une montre qui dépasse la seule performance mécanique.
Ce que l’on pose au poignet avec l’Oraygami, c’est finalement la trace d’un obstination patiente, menée dans un papier que l’on pourrait presque traverser du regard, par des mains qui n’ont eu besoin d’aucun grossissement pour voir ce que personne d’autre ne distinguait encore.
Source : la publication de Vacheron Constantin sur Instagram