Rebecca Hall face à son double masqué dans la campagne Maison Margiela

Rebecca Hall face à son double masqué dans la campagne Maison Margiela
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Une actrice face à son propre reflet masqué : c’est par cette image que Maison Margiela ouvre sa campagne automne-hiver 2026, intitulée Anonymity. Le choix de l’actrice Rebecca Hall pour incarner ce dispositif n’est pas anodin, et le format retenu, celui du thriller psychologique, dit quelque chose de précis sur ce que la maison cherche à mettre en jeu.

Un film de campagne qui joue avec les codes du genre

Le court-métrage présenté par Maison Margiela se déploie comme la bande-annonce d’un thriller psychologique. On y suit une actrice en pleine préparation pour un rôle, jusqu’au moment où elle se retrouve face à son double, un personnage masqué dont la présence la force à interroger ce qu’elle croit être. Ce scénario n’est pas un simple habillage narratif : il structure entièrement la manière dont les pièces de la collection apparaissent à l’écran.

Rebecca Hall traverse ce récit avec une économie de gestes qui rend la tension palpable. La confrontation avec ce double masqué fonctionne parce qu’elle repose sur une ambiguïté réelle : qui imite qui ? La campagne ne tranche pas, et c’est précisément ce suspens qui retient l’attention bien au-delà du vêtement.

Ce format long, narratif, assumé comme œuvre à part entière, distingue Anonymity des campagnes qui se contentent de mettre en scène une célébrité portant des pièces de la saison. Ici, le film est le sujet autant que la collection.

La mythologie Margiela convoquée au cœur du récit

Maison Margiela a fondé une part de son identité sur le refus de montrer les visages. Depuis ses débuts, les défilés de la maison cachent les traits des mannequins, parfois derrière des pans de tissu, parfois derrière des cheveux longs, pour orienter le regard vers le vêtement seul. Avec Anonymity, cette pratique fondatrice devient le moteur dramatique d’un récit entier.

Le double masqué que rencontre Rebecca Hall n’est pas un artifice de mise en scène plaqué sur la campagne. C’est une figure directement héritée de l’histoire de la maison, celle du visage délibérément soustrait au regard. En faisant de cet anonymat une source de tension narrative, Maison Margiela retourne sa propre mythologie : ce qui était un geste esthétique et conceptuel devient ici une question posée à la protagoniste, et par extension au spectateur.

La question de l’identité, de ce qui reste quand le visage disparaît, traverse ainsi la campagne à deux niveaux simultanément : celui du personnage joué par Rebecca Hall, et celui des codes que la maison cultive depuis sa fondation en 1988 par Martin Margiela.

Les pièces portées, entre architecture et matière

Trois pièces de la collection automne-hiver 2026 apparaissent dans le film. Le second skin fusion cropped Edwardian tailcoat est la pièce la plus structurée du trio : la coupe évoque la formalité edwardienne, tandis que le traitement second skin introduit une tension entre l’enveloppe et le corps qu’elle recouvre, ce qui n’est pas sans résonance avec le thème du double.

Les Tabi Claw prolongent cette logique. La chaussure Tabi, dont la découpe caractéristique sépare le gros orteil du reste du pied, appartient à l’une des lignes les plus reconnaissables de Maison Margiela. La déclinaison Claw en radicalise la forme. Enfin, le sac 5AC en imprimé Tapestry apporte à l’ensemble une texture visuelle qui tranche avec la rigueur des autres pièces, l’imprimé Tapestry introduisant une référence à un registre plus décoratif, presque domestique.

Ces trois objets ne sont pas simplement portés par Rebecca Hall : ils participent à la construction du personnage, et leur présence dans un récit centré sur l’identité et le masque leur confère une charge supplémentaire.

Ce que cette campagne dit de la maison en 2026

Maison Margiela choisit depuis des années des lieux inhabituels pour ses défilés, des stations de métro, des coins de rue, des espaces qui résistent à la solennité du podium traditionnel. Ce goût pour le décalage de contexte se retrouve dans la décision de transformer une campagne de mode en thriller. La maison n’illustre pas une collection : elle lui invente un monde.

Confier ce rôle à Rebecca Hall, actrice dont le travail est précisément centré sur la complexité psychologique des personnages qu’elle habite, renforce la cohérence du projet. Le casting n’est pas décoratif. Il ancre le film dans une logique de performance où l’identité, la transformation et le masque sont des matériaux de travail.

Avec Anonymity, Maison Margiela montre que les codes qui ont construit son identité depuis 1988 restent des ressources actives, capables de nourrir des formats nouveaux sans se réduire à une simple référence à l’histoire de la maison.

Source : la publication de Maison Margiela sur Instagram

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