À la Sorbonne, Loro Piana mêle laine Falkland et denim pour l’automne
La Sorbonne comme décor de mode, ses pierres centenaires en toile de fond et, posée contre ce cadre monumental, une laine tricotée venue des îles Falkland associée à du denim : Loro Piana a choisi un terrain inattendu pour déployer son vestiaire d’automne.
Un lieu qui travaille pour la matière
La sévérité architecturale de l’université de la Sorbonne, à Paris, n’est pas un hasard de production. Face à des textiles aussi chargés de texture, les volumes sobres et la pierre brute du site jouent un rôle actif dans la composition visuelle. Le photographe Sam Rock tire parti de cette tension entre la rigueur du lieu et la douceur volumineuse du tricot.
C’est le modèle Libby Taverner qui habite ces images, et sa présence ancre les silhouettes dans un quotidien assumé plutôt que dans une mise en scène spectaculaire. La Sorbonne n’est pas ici un simple prétexte esthétique : elle installe une atmosphère studieuse, presque ordinaire, qui sert précisément l’argument de la collection.
La laine Falkland rencontre le denim
Le cœur du propos, chez Loro Piana, repose sur l’association de deux matières que tout semble opposer. La laine Falkland tricotée apporte du relief, du volume, une texture que l’on devine épaisse et enveloppante. Le denim, de son côté, introduit une brutalité familière, un registre du vêtement porté et lavé, loin de la préciosité ordinairement attachée à ce niveau de gamme.
Ce dialogue entre les deux matières dit quelque chose sur la direction que prend la maison : non pas effacer le luxe, mais le loger dans des formes que l’on porte tous les jours. Les silhouettes sont décrites comme modernes, avec ce que la matière nomme une touche patrimoniale subtile, c’est-à-dire une retenue dans la coupe qui évite l’esbroufe du moment.
Pour Loro Piana, qui s’approvisionne depuis des décennies en matières rares et travaillées, choisir d’assembler une laine d’origine géographique précise à un tissu aussi ancré dans le vêtement courant constitue un geste éditorial fort. Ce n’est pas la matière noble isolée sur fond neutre : c’est la matière noble dans la vie réelle.
Une esthétique pensée pour la saison
L’ensemble de la communication est orienté vers la transition automnale. En septembre, le vestiaire hésite encore entre les couches légères et les premières épaisseurs. C’est exactement ce que cette combinaison laine-denim adresse : ni le grand manteau d’hiver, ni la fluidité estivale, mais quelque chose entre les deux, qui répond à cette période de l’année où l’on commence à chercher de la consistance dans ce que l’on porte.
Loro Piana a construit sa réputation sur la qualité des fibres qu’elle sélectionne, du cachemire de Mongolie à la vigogne des Andes. Ici, c’est la laine des îles Falkland qui est mise en avant, tricotée, et donc transformée en volume plutôt qu’en surface lisse. Ce choix de la maille change l’expérience du vêtement : il y a une présence tactile immédiate, un poids rassurant, une texture qui s’impose avant même que l’œil ne lise la forme.
Ce que ce shooting révèle du positionnement de la maison
En choisissant la Sorbonne plutôt qu’un palace ou un appartement haussmannien stylisé, Loro Piana signale une intention claire. Le cadre académique, fonctionnel, traversé quotidiennement par des milliers de personnes, ramène le vêtement à un usage concret. Ce n’est pas la garde-robe d’un week-end en villa : c’est celle d’une journée ordinaire que la qualité de la matière rend différente.
Sam Rock, dont le travail est reconnu pour son rapport direct aux sujets, traduit cet équilibre sans théâtralité excessive. Libby Taverner, présente sur l’ensemble des visuels, porte ces propositions avec une naturalité qui confirme l’axe choisi. Loro Piana ne cherche pas ici à impressionner : elle cherche à convaincre que la matière brute et le quotidien assumé peuvent coexister à ce niveau d’exigence.
Ce n’est pas la démonstration de force d’une maison qui veut tout dire en une image. C’est une proposition mesurée, cohérente avec l’histoire d’une maison qui a commencé par fournir des matières premières aux grandes manufactures avant de construire son propre vestiaire. La laine Falkland tricotée sur du denim, photographiée dans une université parisienne : le dépouillement du dispositif est lui-même un argument.
Source : la publication de Loro Piana sur Instagram