Berluti fait du cuir côtelé un costume à part entière

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Poser le pied dans un soulier dont le cuir semble sorti d’une veste en velours côtelé : c’est le geste que propose Berluti avec la Forestière, un modèle qui bouscule discrètement la frontière entre la chaussure et le vêtement. Ce qui rend l’initiative réellement différente, c’est qu’elle ne s’arrête pas à la chaussure.

Un cuir taillé dans l’esprit du velours

Le point de départ est une manipulation de matière aussi précise que déconcertante. Le cuir de la Forestière est travaillé pour reproduire la texture caractéristique du velours côtelé, ces fines nervures parallèles qui définissent l’aspect et le toucher du tissu. Sous la main ou sous l’œil, la surface du soulier évoque une côte textile plutôt qu’une peau animale.

Ce traitement n’est pas un trompe-l’œil grossier. Il suppose une maîtrise du cuir suffisamment poussée pour en modifier la surface en profondeur, sans que le résultat ne sonne artificiel. C’est précisément là que Berluti ancre son geste : dans la capacité à faire du cuir autre chose que ce qu’il est, tout en restant du cuir.

La maison a construit depuis sa création un rapport particulier au cuir et à sa transformation. Son histoire, qui remonte à la fin du XIXe siècle, s’est écrite autour du travail de la forme, de la matière et de la patine. La Forestière s’inscrit dans cette continuité, mais par un angle moins attendu : non plus la couleur ou le galbe, mais la texture de surface comme terrain d’exploration.

Quand la chaussure dicte le pantalon

La vraie rupture vient de ce qu’Berluti fait de ce traitement au-delà du soulier. Un pantalon reprend exactement la même texture, le même traitement de cuir, le même registre visuel que la Forestière. Les deux pièces ne se coordonnent pas depuis un tissu commun : elles convergent depuis deux objets différents, l’un cousu par un bottier, l’autre façonné par un tailleur, vers une surface identique.

Le résultat est une silhouette où la frontière entre la chaussure et le vêtement disparaît. La jambe prolonge le pied dans la même matière, la même lumière, le même grain. L’ensemble devient une lecture d’un bout à l’autre du corps, sans rupture de vocabulaire.

C’est un renversement de logique notable dans le vestiaire masculin. Habituellement, la chaussure s’accorde au vêtement. Ici, c’est le soulier qui a généré la pièce textile, qui lui a imposé son traitement, sa texture, son identité. Berluti, fondée comme maison de bottier, place donc la chaussure en amont de la silhouette, et non en ponctuation finale.

Une relecture du costume classique

L’ensemble formé par la Forestière et son pantalon ne revendique pas la rupture pour elle-même. Au contraire, la silhouette s’appuie sur les codes du costume classique, ceux que la maison a toujours cultivés depuis qu’elle a étendu son territoire au prêt-à-porter en 2011.

Ce que Berluti propose ici, c’est moins une transgression qu’un décalage maîtrisé. Le costume reste reconnaissable dans sa structure, dans sa sobriété, dans l’absence d’effets superflus. Mais la matière commune entre le soulier et le pantalon introduit une cohérence inhabituelle, presque obsessionnelle, qui donne à la silhouette une densité rare.

La maroquinerie avait été le premier pas hors de la cordonnerie, en 2005. Le prêt-à-porter avait suivi en 2011. Avec la Forestière, Berluti franchit une étape différente : non plus l’extension du territoire, mais la fusion des savoir-faire à l’intérieur d’une même pièce, d’un même regard. Le bottier et le tailleur ne travaillent plus en parallèle. Ils travaillent sur la même surface, vers le même résultat.

Pour qui cherche dans le vestiaire masculin quelque chose de plus construit qu’une simple coordination, cette proposition mérite attention. Elle dit quelque chose de rare : qu’une chaussure peut être le point de départ d’un costume entier, et que Berluti, après plus d’un siècle passé à chausser les hommes, continue d’élargir ce que ce geste signifie.

Source : la publication de Berluti sur Instagram

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