Roseberry signe chez Schiaparelli un vestiaire épuré qui refuse le bruit
Faire moins pour dire plus : c’est le pari que Schiaparelli engage avec sa collection de prêt-à-porter printemps-été 2027, intitulée Going Clear. Daniel Roseberry y construit un vestiaire délibérément resserré, qui tourne le dos à l’accumulation et pose une question que l’industrie de la mode esquive rarement : peut-on créer sans chercher à impressionner ?
Un manifeste contre le bruit
Le titre Going Clear n’est pas un nom de collection comme les autres. Roseberry le définit lui-même comme un refus, celui du statut et de l’approbation que promet l’industrie de la mode. Ce positionnement traverse chaque choix de la collection, à commencer par la palette chromatique, volontairement réduite à trois tonalités : le noir Schiap, le bone et le butter. Quelques touches de couleur viennent ponctuer cet ensemble, mais sans jamais rompre la cohérence d’un vestiaire pensé pour la clarté.
La référence musicale convoquée par Roseberry dit quelque chose de cette intention. Il cite Barbra Streisand chantant Cry Me a River au Bon Soir en 1962 : une voix, une salle, une émotion sans artifice. C’est cette économie de moyens, précisément, que la collection cherche à transposer dans le vêtement.
Le vestiaire comme architecture modulaire
La structure de Going Clear repose sur un principe modulaire. Plutôt qu’une accumulation de silhouettes, la collection propose des pièces pensées en système, dont la veste Schiap classique constitue l’axe central. Huit versions différentes de cette veste sont déclinées, chacune réinterprétée dans une palette puisée aux archives : bleu kingfisher, vert mousse, rose saumon. Des broderies végétales inédites ornent certains de ces modèles, introduisant une tension entre la rigueur de la coupe et la générosité du motif.
Parmi les autres pièces, des volants en cuir et en lin établissent un lien direct avec l’atelier historique de la Place Vendôme. Ces formes s’inspirent des rideaux qui garnissaient les fenêtres du premier étage à l’époque d’Elsa : un geste discret, presque intime, qui rattache le vêtement à une mémoire architecturale précise plutôt qu’à une généalogie racontée.
La petite robe noire comme acte politique
Au cœur de cette collection, la petite robe noire de cocktail occupe une place particulière. Roseberry l’a construite autour du concept de revenge dressing, cette idée que s’habiller peut être une forme de reconquête. Ce n’est pas l’élégance pour plaire : c’est l’élégance pour soi, portée comme une décision.
Pour cette pièce, Schiaparelli a puisé dans sa propre actualité récente. Le Look 1 de la dernière collection couture, intitulée The Abyss, a servi de référence directe. Partir de la couture pour alimenter le prêt-à-porter, c’est aussi une manière de resserrer la cohérence entre les deux lignes, sans chercher à les hiérarchiser.
Ce que Going Clear change dans la proposition de la maison
Ce que cette collection dit de Schiaparelli, c’est d’abord un choix éditorial assumé. Là où beaucoup de maisons surfent sur l’accumulation de références et la surcharge visuelle, Roseberry choisit de réduire. Moins de couleurs, des pièces réitérées en variations, un lexique formel limité mais travaillé en profondeur. Les huit vestes, les matières croisées, les broderies végétales sur des silhouettes rigoureuses : tout cela forme un ensemble qui demande à être regardé de près, pas de loin.
La collection ne cherche pas à séduire d’un coup d’œil. Elle construit plutôt un vestiaire qui s’adresse à qui prend le temps de comprendre ce qu’il porte, et pourquoi. Dans un secteur où la visibilité immédiate dicte souvent les décisions créatives, c’est un positionnement qui mérite d’être noté.
Source : la publication de Schiaparelli sur Instagram