Piccioli signe chez Balenciaga une collection nommée Les Coraux de la Liberté
Quand Balenciaga confie ses rênes à Pierpaolo Piccioli, c’est tout un vocabulaire visuel qui se recompose. Avec Les Coraux de la Liberté, la collection Summer 27 de la maison pose d’emblée ses intentions dans son titre : la nature comme référence, la liberté comme horizon.
Un titre qui dit quelque chose
Il arrive que le nom d’une collection reste technique, fonctionnel, sans portée. Ici, ce n’est pas le cas. Les Coraux de la Liberté associe le monde sous-marin et une aspiration plus large, presque politique dans sa formulation. Ce choix de titre, attribué à Piccioli, donne le ton avant même que l’œil ne se pose sur la moindre pièce.
Piccioli signe ainsi sa vision pour Balenciaga à travers un intitulé qui fonctionne comme un manifeste discret. Le corail, organisme vivant, collectif, fragile et coloré, devient un prisme. La liberté, mot chargé d’histoire, oriente le regard vers quelque chose qui dépasse la simple proposition saisonnière.
Ce que ce titre change, concrètement, c’est la manière dont on aborde la collection. On n’entre pas dans un catalogue de pièces : on entre dans un propos.

Pierpaolo Piccioli face à la maison
La question qui se pose naturellement est celle de la greffe. Comment un créateur s’approprie-t-il une maison dont l’histoire est aussi dense que celle de Balenciaga ? La réponse de Piccioli passe par le geste plutôt que par la déclaration. Il ne surcharge pas, il propose.
Cette collection Summer 27 constitue l’un des premiers terrains d’expression publics du créateur pour la maison. À ce stade, ce sont les pièces nommées qui révèlent le plus sur l’esthétique qu’il dessine. Chaque choix de nom, chaque référence géographique ou botanique, dit quelque chose sur l’intention stylistique à l’œuvre.
Ce que l’on peut lire dans cette proposition, c’est une volonté de doter Balenciaga d’une poésie du détail, là où la maison cultivait souvent une radicalité formelle.

Deux pièces, deux noms, deux signaux
Parmi les références identifiées de la collection, deux retiennent l’attention par leur dénomination. La première est une broche : la Getaria Brooch. Getaria est une ville côtière du Pays basque espagnol, et le fait de la convoquer dans le nom d’un accessoire n’est pas anodin pour une maison dont les origines sont espagnoles. La broche devient ainsi un point d’ancrage géographique autant qu’un bijou.
La seconde pièce est une chaussure compensée, la Dahlia Wedge Mule 70. Le dahlia, fleur aux pétales denses et structurés, glisse dans le nom d’une mule à semelle épaisse. Le chiffre 70, vraisemblablement indicatif de la hauteur du compensé, ancre la pièce dans une proposition affirmée, loin de toute discrétion. Porter cette chaussure, c’est accepter une présence, une élévation assumée.
Ces deux accessoires partagent une logique commune : celle du nom qui porte un imaginaire. Ni le matériau ni la couleur ne sont décrits dans les informations disponibles à ce stade, mais le vocabulaire choisi oriente déjà la lecture.
Ce que cette collection dit de la direction que prend la maison
Une saison ne suffit pas à résumer une direction artistique. Pourtant, Les Coraux de la Liberté donne déjà des indices sur la façon dont Piccioli entend faire évoluer Balenciaga. Le choix d’un titre évocateur, la nomination soignée des pièces, les références à la nature et à la géographie basque constituent une forme de grammaire cohérente.
Ce que cette collection signale avant tout, c’est un désir de réconcilier la maison avec une certaine sensibilité poétique. Balenciaga ne renonce pas à sa stature, mais le ton se teinte d’une douceur plus narrative. La liberté revendiquée dans le titre semble s’appliquer autant au vêtement qu’à la manière de le raconter.

Pour qui suit Balenciaga de près, cette collection marque un moment de bascule dans le registre expressif de la maison. Non pas une rupture, mais un déplacement du centre de gravité vers quelque chose de plus habité, de plus nommé, de plus situé dans le monde.
Source : la publication de Balenciaga sur Instagram