Chez Loewe, des robes en perles de verre tissées comme de la maille
Imaginez une robe qui ondule sous la lumière comme une surface d’eau, sans qu’un seul fil de tissu n’intervienne dans sa construction. Loewe intègre à sa collection des silhouettes entièrement constituées de perles de verre translucides, assemblées selon une logique proche du tricot, par la main d’une artisane dont le travail a retenu l’attention du jury du LOEWE FOUNDATION Craft Prize 2025.
Quand la perle de verre remplace le fil
La pièce centrale de cette démarche tient dans un geste : tisser des perles de verre non pas pour les brocher sur un support, mais pour les rendre autonomes, capables de former à elles seules le corps d’une robe ou d’une jupe. Cécile Feilchenfeldt, finaliste du LOEWE FOUNDATION Craft Prize 2025, construit des panneaux entiers selon une méthode apparentée au tricot, où chaque perle prend la place d’une maille. Le résultat est une surface souple, articulée, qui répond au mouvement du corps comme un textile ordinaire refuserait de le faire.
Ce qui distingue cette technique de la broderie traditionnelle, c’est précisément l’absence de fond. Aucune toile ne vient porter les perles : elles se soutiennent mutuellement, reliées par leur propre structure. La translucidité du verre laisse alors passer la lumière depuis toutes les directions, produisant des variations que ni la soie ni le satin ne pourraient générer.

Un mouvement que la matière génère d’elle-même
Porter une telle pièce, c’est accepter que la robe vive par elle-même. Les effets dynamiques que décrit la collection ne relèvent pas d’un travail de coupe ou de patron : ils naissent directement de la façon dont les perles glissent les unes contre les autres à chaque déplacement. La lumière captée par le verre se redistribue en continu, transformant la silhouette selon l’angle, selon l’heure, selon le geste.
Loewe a choisi de ne pas contraindre cette matière par une construction rigide. Les robes et jupes sont drapées et froncées avec une spontanéité comparable à celle d’une serviette de plage jetée sur les épaules. Ce parti pris tranche avec la précision millimétrée que l’on associe généralement à une pièce de ce niveau d’élaboration. C’est justement cette tension, entre la complexité du procédé et la liberté de la forme obtenue, qui donne aux silhouettes leur caractère particulier.

Loewe et l’artisanat comme source vive
La maison affirme depuis ses origines, nées à Madrid en 1846, que l’artisanat et l’art ne forment pas deux territoires séparés. Ce positionnement se lit concrètement dans la création du LOEWE FOUNDATION Craft Prize, qui identifie et associe à la maison des praticiens dont les recherches déplacent les frontières du geste manuel. Cécile Feilchenfeldt en est une illustration directe : sa technique, développée hors du champ strictement textile, trouve ici une application dans des pièces portables, sans que la radicalité du procédé ne soit édulcorée.
Cette collection s’inscrit dans une ligne que Loewe revendique depuis près de deux siècles : conjuguer les acquis transmis de génération en génération avec des explorations formelles résolument contemporaines. Confier à une finaliste du Craft Prize la réalisation de pièces intégrées à la collection principale, c’est rendre visible ce lien, au lieu de le réserver aux coulisses d’un atelier ou aux cimaises d’une exposition.

Ce que ces silhouettes disent du vestiaire de demain
Une robe en perles de verre tissées soulève une question que peu de collections posent aussi frontalement : où s’arrête le vêtement, où commence l’objet? La réponse que propose Loewe n’est pas théorique. Elle se mesure au toucher d’une surface qui pèse autrement qu’un tissu, à l’éclat qui varie à chaque pas, à la forme qui se refait d’elle-même selon la façon dont la pièce est portée.
Ce que Cécile Feilchenfeldt a apporté à cette collection dépasse la prouesse technique. Son travail rappelle que certains matériaux, a priori étrangers au monde du vêtement, peuvent y entrer à condition que quelqu’un ait pris le temps d’en comprendre la logique interne. La perle de verre, ici, n’est pas un ornement : elle est la structure, le tissu et la lumière, tout à la fois.
Source : la publication de Loewe sur Instagram