Comme des Garçons mêle vie royale et quotidien pour le SS27
Quand Comme des Garçons décide de mêler l’apparat des palais à la banalité du quotidien, c’est rarement une simple note d’intention : c’est un programme qui traverse chaque choix de la collection. La saison SS27 de la maison l’illustre avec une netteté particulière, réunissant autour de ce thème un casting de collaborateurs dont la diversité dit beaucoup sur la manière dont le projet a été pensé.
Faste et banalité, même combat
Le thème retenu pour cette collection printemps-été 2027 est celui de la fusion entre la vie royale et la vie ordinaire. L’idée n’est pas de célébrer l’une au détriment de l’autre, ni de les opposer pour le plaisir du contraste. Il s’agit de les faire coexister dans un même vêtement, un même geste, une même silhouette. C’est une tension que Comme des Garçons installe délibérément, sans chercher à la résoudre.
Ce type de friction entre deux registres radicalement différents demande un cadre cohérent pour s’exprimer. C’est précisément ce que la maison construit en confiant chaque dimension de la présentation à un interlocuteur spécifique, capable de porter cette ambivalence dans son domaine.

Une constellation de collaborateurs
Du côté de l’image et du corps, Takeo Arai signe la coiffure et le maquillage. Ses choix formels participent directement à la lecture des silhouettes : entre élévation et retenue, entre cérémonie et dépouillement. À ses côtés, Nobuki Hizume conçoit les pièces de tête pour la maison Hizume, ajouts qui portent peut-être le mieux l’ambiguïté royale-ordinaire revendiquée par la collection.
La lumière est confiée à Thierry Dreyfus, du collectif Eyesight Group. Ce nom est associé à des scénographies exigeantes, et sa présence ici confirme que la présentation de Comme des Garçons est pensée comme un espace à part entière, pas comme un simple fond neutre. La vidéo, quant à elle, est réalisée par le studio Titre Provisoire, dont l’intervention prolonge le travail scénographique dans une autre temporalité.

Sur le plan sonore, la collection rend hommage à Moondog, compositeur et figure singulière du XXe siècle. La musique est supervisée et mixée par Ugo Nardini pour ADC303. Ce choix n’est pas anodin : Moondog incarnait lui-même une forme de paradoxe entre marginalité et rigueur compositionnelle, entre rue et partition, ce qui résonne directement avec le propos de la saison.
Les chaussures, deux directions pour deux saisons
Comme des Garçons annonce deux collaborations chaussures distinctes, rattachées chacune à une saison différente. Pour le SS27, la maison travaille avec John Fluevog, bottier canadien dont l’approche artisanale et la silhouette reconnaissable apportent une texture bien particulière à l’ensemble de la proposition. Pour le FW27, c’est Salomon qui entre dans l’équation, avec une esthétique radicalement différente, orientée performance et technique.
Cette dualité entre deux univers chaussures presque opposés dit quelque chose de la logique générale de la saison. D’un côté, le soin du geste artisanal et d’une certaine idée du luxe pédestre. De l’autre, la fonctionnalité assumée d’une marque sportswear. Le grand écart est cohérent avec un thème qui refuse précisément de choisir entre le faste et le banal.

Ce que cette saison dit de la maison
Comme des Garçons est un label japonais fondé en 1969 par Rei Kawakubo, qui en reste la seule propriétaire. Son mari, Adrian Joffe, en assure la présidence. La maison compte plus d’une dizaine de lignes, dessinées par Kawakubo mais aussi par Junya Watanabe, Fumito Ganryu ou encore Tao Kurihara. Cette architecture multiple donne à chaque collection une résonance particulière : elle n’est jamais le fait d’une seule voix.
Pour le SS27, ce principe d’assemblage s’étend au-delà du vêtement. En réunissant des intervenants aussi différents qu’un studio vidéo, un créateur de coiffes, un ingénieur du son et deux marques de chaussures aux ADN opposés, Comme des Garçons construit une présentation qui fonctionne comme un collectif plutôt que comme un défilé traditionnel. La frontière entre le royal et l’ordinaire se joue aussi bien dans le propos que dans la méthode.
Source : la publication de Comme des Garçons sur Instagram