Maison Margiela peint, cuit et craquelle ses pièces pour l’hiver 2026

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Une surface qui se fissure, se soulève, laisse apparaître ce que le temps fait à la matière : c’est par ce geste concret que Maison Margiela construit sa collection automne-hiver 2026. Baptisée Bianchetto, elle réactive un procédé né avec la maison elle-même, et le pousse vers un territoire nouveau.

Un code de la maison, porté à ses limites

Le Bianchetto n’est pas une idée récente pour Maison Margiela. Dès 1989, Martin Margiela peint en blanc les meubles du studio de création, achetés à l’Armée du Salut. Le geste n’est pas décoratif : il crée une unité visuelle entre des objets disparates, leur donne une cohérence par la couleur plutôt que par leur origine. Ce choix dit quelque chose d’essentiel sur la façon dont la maison pense la forme et l’identité.

Depuis, ce même procédé a migré vers d’autres supports. Les chaussures, les vêtements, et parfois les mannequins eux-mêmes ont reçu cette peinture blanche appliquée à la main. Ce mouvement du mobilier vers le corps habillé dessine une logique cohérente : le Bianchetto n’est pas un détail technique, c’est une manière de regarder ce qui existe déjà pour le transformer.

Maison Margiela peint, cuit et craquelle ses pièces pour l'hiver 2026

Ce que la peinture révèle en craquelant

Pour cette collection, Maison Margiela applique le procédé à un matériau technique. Ce support est d’abord peint en blanc, puis cuit au four, puis craquelé. La séquence est précise, et chaque étape compte : la cuisson fixe, mais la craquelure qui suit n’est pas un défaut à corriger. Elle est le résultat recherché.

Ce travail génère des rivets qui évoluent avec le port. Contrairement à une finition qui cherche à masquer l’usure, ce procédé l’intègre dès le départ. La peinture se fissure, s’écaille, et chaque trace laissée par le temps devient partie intégrante de la pièce. Deux vêtements portés dans les mêmes conditions ne vieilliront pas exactement de la même manière: la surface reste vivante.

Maison Margiela peint, cuit et craquelle ses pièces pour l'hiver 2026

Les pièces que ce traitement traverse

Parmi les silhouettes que Maison Margiela soumet à ce traitement, deux se distinguent nettement par leur architecture. La première est une robe à col bénitier, dont la forme évoque une tradition formelle ancienne. La seconde est une redingote édouardienne, longue, structurée, héritée elle aussi d’un répertoire vestimentaire d’une autre époque.

Ces deux pièces partagent une qualité commune: leur coupe est déjà chargée d’histoire. En leur appliquant la peinture blanche, puis la cuisson, puis la craquelure, la maison ne cherche pas à les moderniser au sens superficiel du terme. Elle leur ajoute une autre dimension temporelle, celle que la matière accumule elle-même sur le long terme. La redingote édouardienne craquelée ne ressemble plus tout à fait à une redingote édouardienne, sans pour autant renier ce qu’elle est.

Maison Margiela peint, cuit et craquelle ses pièces pour l'hiver 2026

Ce que cette collection dit de la maison

Maison Margiela est une maison de haute couture fondée en 1988 par le couturier belge Martin Margiela, connue pour ses designs déconstructifs et ses matériaux peu conventionnels. Revenir au Bianchetto pour une collection entière n’est donc pas un retour nostalgique: c’est creuser plus profondément dans ce que le procédé peut produire quand on change de matériau.

Jusqu’ici, la peinture blanche touchait des surfaces souples ou déjà connues. L’appliquer à un matériau technique, le cuire, le laisser se fissurer de manière contrôlée, c’est explorer ce que le procédé originel n’avait pas encore rencontré. La collection Bianchetto pose ainsi une question simple et exigeante: que devient un geste fondateur quand on le confronte à une matière qu’il n’a jamais traversée? La réponse, pour Maison Margiela, tient dans des rivets qui bougent, une surface qui craquelle, et des pièces qui continuent de changer longtemps après qu’on les a portées pour la première fois.

Source : la publication de Maison Margiela sur Instagram

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