«On dirait un transport en commun» : pourquoi la Ferrari Luce à 1 050 chevaux divise autant
Le 25 mai 2026, la marque au cheval cabré a franchi un cap qu’elle repoussait depuis des années. Ferrari a dévoilé la Luce, sa première voiture 100% électrique, et les réactions n’ont pas tardé à diviser passionnés, investisseurs et observateurs du marché du luxe.
Une berline électrique aux chiffres qui donnent le vertige
La Luce est une berline quatre portes et cinq places. C’est ainsi la deuxième Ferrari quatre portes de l’histoire de la marque, et la première à accueillir cinq passagers. Le constructeur de Maranello positionne ce modèle comme un tournant dans sa stratégie, avec l’objectif que les véhicules à batterie représentent 20 % de son offre en 2030.
Sous la carrosserie, les chiffres sont saisissants. La berline développe 1 050 chevaux grâce à quatre moteurs électriques indépendants. Sa batterie de 122 kWh, assemblée à Maranello, offre une autonomie de 531 km en cycle WLTP. De plus, elle peut atteindre les 100 km/h en 2,5 secondes et dépasser les 310 km/h en vitesse maximale.
Les moteurs avant atteignent un régime de 30 000 tours par minute. Le projet réunit plus de 60 nouveaux brevets et s’appuie sur un réseau de partenaires technologiques. Le véhicule pèse 2,26 tonnes, un poids compensé en partie par l’utilisation d’aluminium recyclé issu d’alliages secondaires.
Un engagement écologique intégré à la production
L’aluminium recyclé couvre environ 70 % du poids total du véhicule. Ce choix de matériaux permet de réduire les émissions de CO2 lors de la production dans des proportions significatives. Ainsi, la démarche industrielle s’inscrit dans une vision plus sobre, sans renoncer aux performances.
Benedetto Vigna, PDG du constructeur, a décrit le projet comme étant « au cœur d’un écosystème de collaborations avec des partenaires technologiques d’exception ». Cette orientation marque un changement de méthode pour une maison habituée à tout concevoir en interne.
« Avec la Ferrari Luce, nous repoussons une fois de plus les limites du possible. Aujourd’hui, nous ne dévoilons pas simplement une nouvelle voiture, nous inaugurons un chapitre qui concrétise notre vision, renforçant ainsi la tradition Ferrari d’anticiper et de façonner l’avenir. » – John Elkann, président de Ferrari
Un design signé LoveFrom qui polarise les avis
Pour la Luce, le constructeur a fait un choix inhabituel. Le design a été confié au collectif créatif LoveFrom, dirigé par Sir Jony Ive et Marc Newson, un duo extérieur au studio historique de la marque. L’objectif était d’apporter un regard neuf et de nouvelles idées sur la silhouette du véhicule.
Les lignes sont futuristes et épurées. Pourtant, elles ont suscité des réactions vives sur les réseaux sociaux, où les fans de la marque s’attendaient à retrouver les courbes sculptées et sportives qui font l’identité visuelle des modèles traditionnels. Les commentaires du post Instagram officiel ne laissent aucun doute sur l’ampleur du désaccord.
On peut ainsi lire : « On dirait un transport en commun », « Enzo Ferrari doit être en train de se retourner dans sa tombe » ou encore « Enlève le logo Ferrari… et qu’est-ce qu’il reste ? ». Ces réactions traduisent une vraie tension entre l’identité historique de la marque et sa nouvelle direction esthétique.
- 1 050 chevaux et quatre moteurs électriques indépendants
- Batterie de 122 kWh assemblée à Maranello, autonomie de 531 km WLTP
- Design signé LoveFrom, collectif de Sir Jony Ive et Marc Newson
- Première berline cinq places de la marque, vendue à plus de 500 000 euros l’unité
- Plus de 60 nouveaux brevets intégrés au projet
La Bourse sanctionne le jour d’après
Les critiques en ligne ont coïncidé avec une réaction froide des marchés financiers. Le lendemain de la présentation, l’action a chuté de -7,8 % à Milan. Ce recul témoigne d’un certain scepticisme de la part des investisseurs face à ce virage électrique assumé.
En revanche, les fondamentaux du constructeur restent solides. En 2025, le chiffre d’affaires a progressé de +7 % sur douze mois, atteignant 7,1 milliards d’euros. Les volumes de vente ont, eux, légèrement reculé : 13 640 véhicules écoulés en 2025, soit 112 de moins qu’en 2024.
Une stratégie de long terme à confirmer sur le marché
La Luce est proposée à plus de 500 000 euros l’unité. À ce prix, le marché cible reste étroit, et la question de la demande réelle se pose dès maintenant. Désormais, c’est la clientèle qui déterminera si ce modèle peut s’imposer dans un segment ultra-premium déjà très disputé.
Par conséquent, l’enjeu dépasse la seule performance technique. La marque doit convaincre une clientèle attachée à un héritage fort, tout en séduisant de nouveaux acheteurs sensibles à l’électrique et au design contemporain. Ces deux profils ne partagent pas forcément les mêmes attentes.
La Luce porte en elle une ambition claire : prouver qu’une voiture de grand luxe peut être électrique sans renier l’exigence technique. Si les chiffres de puissance et d’autonomie plaident en sa faveur, la réception publique et boursière rappelle que le passage à l’électrique reste, pour le constructeur italien, un pari aussi excitant que risqué.
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