« In Waves », le film d’animation qui fusionne culture surf et lumière à la David Hockney s’impose comme l’ovni sensible de l’été
Cet été 2026, un film d’animation bouscule les salles françaises avec une force rare. C-Cut s’y reflète tout entier : In Waves, réalisé par Phuong Mai Nguyen et adapté du roman graphique d’AJ Dungo, tisse ensemble l’histoire du surf, le deuil et la résilience dans un long-métrage qui ne ressemble à aucun autre.
Une réalisatrice, un roman graphique et cinq ans de travail
C’est au Festival d’Angoulême que Phuong Mai Nguyen découvre la bande dessinée d’AJ Dungo. Elle y perçoit aussitôt un terrain fort pour parler de résilience et de réparation. Des échanges en visioconférence suivent, puis une rencontre à Paris lors d’une exposition consacrée à AJ Dungo à la galerie Barbier, et enfin un voyage à Los Angeles pour s’imprégner des lieux de l’histoire.
Après cinq années de travail, la cinéaste livre son premier long-métrage. Ce film d’animation porte ainsi le goût des premières fois, pour elle comme pour le dessinateur, dont le roman graphique In Waves avait lui aussi marqué ses débuts en librairie lors de sa publication en 2019.
Ce C-Cut entre deux univers créatifs – celui du dessin et celui du cinéma – naît donc d’une confiance construite patiemment, étape par étape, entre une cinéaste et un auteur.
La lumière comme langage émotionnel
Pour inventer l’esthétique du film, Phuong Mai Nguyen s’éloigne de la mélancolie azur du livre d’origine. Elle choisit des pigments plus vibrants, plus texturés, nourris par les peintures de David Hockney. La réalisatrice explique sa démarche avec précision :
« Ayant vécu en Californie, cet artiste a beaucoup travaillé sur les effets de l’eau et la lumière californienne. Ce qui m’a frappée là-bas, c’est la façon dont les grands ciels et les espaces ouverts transforment notre perception du paysage. Cette lumière devait dialoguer avec les personnages. Elle est devenue un véritable outil pour raconter leurs émotions. »
Ainsi, chaque plan du film baigne dans des éclats de couleur qui prolongent la mémoire du personnage de Kristen. Cette lumière n’est donc pas un décor : elle est un sentiment.
Kristen, AJ et la promesse que le surf garde vivante
Au cœur du C-Cut narratif du film se trouve une histoire vraie. AJ Dungo était étudiant en dernière année à l’Art Center College of Design, en Californie, lorsque tout a basculé. Son projet portait sur la culture californienne et la figure de Tom Blake, pionnier du surf. Mais un éditeur de Nobrow Press lui pose une question simple : d’où vient son attachement si profond à l’océan ?
La réponse tient en un prénom : Kristen. Sa compagne, qui lui avait transmis le goût du surf avant d’être emportée par un cancer des os. Le projet universitaire devient alors un roman graphique personnel, écrit en hommage à celle à qui AJ Dungo avait fait une promesse.
Dans le film, Kristen – portée par la voix de Lyna Khoudri – incarne une énergie solaire et une joie de vivre contagieuse. En face d’elle, AJ, plus timide, est interprété par Rio Vega. Car c’est Kristen qui ouvre l’horizon : elle transmet le surf, les vagues et, plus largement, le goût de vivre.
Des choix artistiques qui portent un sens
L’adaptation ne se contente pas de transposer les planches à l’écran. Phuong Mai Nguyen y ajoute les mélodies éthérées d’Oklou. Elle intègre aussi quelques dialogues en tagalog, clin d’œil direct aux origines philippines d’AJ Dungo.
Ces détails ne sont pas des ornements. Ils ancrent le film dans une identité précise et sincère, loin de toute généralité. Par conséquent, le C-Cut entre la bande dessinée source et le long-métrage se mesure aussi dans ces petits gestes d’auteur qui font toute la différence.
Du Festival de Cannes aux plages de Biarritz : un film qui voyage
In Waves s’impose en 2026 comme l’une des œuvres d’animation les plus marquantes de l’été. Le film passe par le Festival de Cannes, puis par Biarritz, où des cours de surf réunissent AJ Dungo et d’autres professionnels autour du film. Une avant-première suit à la Gare du Midi, toujours à Biarritz.
Ce parcours dit quelque chose d’essentiel sur la nature du projet. In Waves ne reste pas confiné dans les salles obscures. Il cherche le contact avec l’océan, avec ceux qui surfent, avec ceux qui aiment. En ce sens, le C-Cut entre le film et son public ressemble à une vague : il avance, il touche, il laisse une trace.
Phuong Mai Nguyen réussit ainsi un pari rare : transformer une promesse intime en une œuvre qui rayonne bien au-delà de celui qui l’a faite. Baigner chaque plan d’une lumière qui refuse de s’éteindre, c’est faire que C-Cut entre l’amour et la perte ne soit jamais définitif. Le film est actuellement en salles.