Chanel, Dior, Schiaparelli : cinq beaux livres de mode à feuilleter pendant la Semaine de la haute couture à Paris
La Semaine de la haute couture parisienne bat son plein en ce mois de juillet 2026, et tous les regards se tournent vers les podiums. Pour ceux qui n’ont pas de carton d’invitation, cinq livres de mode à dimension historique et culturelle offrent pourtant une porte d’entrée tout aussi précieuse dans la fashion sphère.
Quand l’histoire s’écrit par les origines : Dior et Roger Vivier racontés aux sources
Parmi les livres de mode les plus attendus de cette saison, Dior. À la recherche des couleurs de l’enfance, publié aux éditions Rizzoli, plonge dans la jeunesse normande de Christian Dior. L’autrice Laurence Benaïm y montre combien cette période initiatique a forgé l’homme, le couturier et l’esprit même de la maison.
La villa familiale Les Rhumbs, à Granville, fut pour Christian Dior un havre de paix. Son jardin, fruit d’une passion pour les fleurs partagée avec sa mère, nourrit durablement sa vision de la beauté. Les fêtes et carnavals de Granville y suscitèrent aussi une fascination pour les costumes et les robes de bal, tandis que la vue sur l’île anglo-normande de Jersey ouvrit le couturier sur le monde. Cet ouvrage accompagne par ailleurs l’exposition inaugurée au printemps au musée Christian Dior de Granville.
Dans le même esprit de transmission culturelle, la monographie Roger Vivier : héritage et imagination, un portrait culturel contemporain, publiée par Rizzoli, retrace l’oeuvre d’une figure inventive du design du XXe siècle. Sous la direction éditoriale d’Elizabeth Semmelhack, directrice et conservatrice en chef du Bata Shoe Museum, l’ouvrage s’articule autour de cinq thématiques : l’héritage, les formes, l’ornement, la célébrité et l’imaginaire. Des archives récemment dévoilées – dessins originaux, prototypes, photographies – révèlent un créateur dont l’approche de la forme et des proportions a transformé le langage de la chaussure.
Un portrait collectif signé par les plus grandes voix
Ce qui rend ce beau livre de mode particulièrement singulier, c’est la diversité de ses contributeurs. Parmi eux figurent l’ambassadrice mondiale de la marque Inès de la Fressange, les actrices Catherine Deneuve, Isabella Rossellini, Michelle Yeoh, Eva Green, Laura Dern, Cher et Christina Ricci, ainsi que des observateurs culturels comme Suzy Menkes et Violette d’Urso.
Chacun éclaire, à sa façon, la manière dont l’oeuvre de Roger Vivier continue de façonner les notions de féminité, d’élégance et d’expression de soi. Sous la direction artistique de Gherardo Felloni, l’ouvrage reflète ainsi le dialogue permanent de la maison entre passé et présent. Il existe en version française et anglaise.
Un siècle de photographie de mode : Chanel vue par Vogue et Ralph Lauren vu par ses défilés
D’abord, Chanel in Vogue constitue un cas à part parmi les livres de mode parus cette année. Publié par Thames & Hudson dans un coffret grand format en deux volumes, cet ouvrage est la première publication consacrée à la maison Chanel telle que présentée dans les pages de Vogue depuis plus d’un siècle. Le premier volume couvre l’époque de Gabrielle Chanel, le second se concentre sur Karl Lagerfeld et Virginie Viard jusqu’à nos jours.
« Considérer la présence de Gabrielle Chanel dans les pages de Vogue, c’est réfléchir à l’histoire parallèle et entremêlée de deux forces déterminantes de la mode du XXe siècle. Vogue et Chanel ont atteint leur maturité ensemble, avec une synchronisation remarquable dans leur développement. »
Ainsi Rebecca C. Tuite, co-auteure et historienne de mode, résume-t-elle l’ambition de cet ouvrage dans l’introduction du premier volume. De fait, Vogue repère le talent de la jeune Gabrielle Chanel dès les années 1910 et ne cesse dès lors de suivre la créatrice, de sa célèbre petite robe noire à ses créations haute couture. À partir de 1983, la vision de Karl Lagerfeld pour la marque trouve aussi sa place dans les éditions internationales du magazine. Les photographies réunies signent des noms tels qu’Edward Steichen, Horst P. Horst, Irving Penn, Helmut Newton, Annie Leibovitz ou encore Steven Meisel.
Dans un registre différent, Ralph Lauren. Défilés. L’intégrale des collections, publié aux éditions de La Martinière, propose un panorama complet des collections femme du créateur, de 1972 à 2025, à travers plus de 1 200 photographies originales de défilés. Bridget Foley, ancienne rédactrice en chef du Women’s Wear Daily, analyse les looks qui ont fait de Ralph Lauren l’une des figures les plus influentes de la mode mondiale. Grand Ouest américain, preppy universitaire, glamour hollywoodien : au fil des ans, le créateur réinvente ses thèmes signature tout en dictant les codes intemporels du chic américain.
Ralph Lauren, une première collection dès l’automne 1972
Car Ralph Lauren présente sa première collection femme à l’automne 1972, en mêlant maîtrise du tailleur et puissance visuelle affirmée. Ce livre de mode retrace donc plus de cinquante ans de création. C’est, par conséquent, une somme rare qui donne à voir l’évolution cohérente d’une signature stylistique américaine à nulle autre pareille.
Schiaparelli et la scène britannique : un dialogue créatif inédit
Le troisième angle que couvrent ces livres de mode est celui des collaborations artistiques. Schiaparelli. Anglomaniac, publié aux éditions Skira, met en lumière le travail de près de cinquante créateurs de plusieurs générations, tous issus de la scène britannique. L’ouvrage est placé sous la direction de Thierry-Maxime Loriot et préfacé par la chanteuse Dua Lipa.
Un essai historico-critique de Loriot y côtoie un texte de l’historien Robin Muir, lequel examine les collaborations historiques entre Schiaparelli et le photographe Cecil Beaton. Des entretiens avec le modiste Stephen Jones et l’artiste Nadia Lee Cohen complètent l’ensemble, aux côtés d’images inédites. Depuis l’arrivée de Daniel Roseberry chez Schiaparelli, sa vision créative a inspiré un vaste réseau de talents britanniques en photographie, illustration, coiffure et maquillage.
Parmi les artistes célébrés figurent ainsi Nick Knight, Tim Walker et Pat McGrath, mais aussi une nouvelle génération avec Nadine Ijewere, Campbell Addy, Felix Cooper, Jack Davison, Tom Craig et Harley Weir. Ensemble, ces créateurs réinterprètent les codes de la maison tout en affirmant leurs propres perspectives, célébrant la diversité et la maîtrise technique. Ce beau livre de mode s’inscrit donc dans la longue tradition des collaborations originales qu’Elsa Schiaparelli elle-même initiait avec les artistes de son temps.
Au total, ces cinq livres de mode couvrent un spectre large : l’iconographie d’une maison centenaire vue par la presse, les racines intimes d’un couturier normand, le design radical d’un créateur de chaussures, la saga visuelle d’un géant américain, et enfin le dialogue vivant entre une maison parisienne et une communauté créative britannique. Chacun propose, à sa manière, une façon différente de vivre la haute couture autrement que depuis un strapontin de défilé.