Dior, Saint Laurent, Cartier en lice pour le Prix Versailles 2026 des plus belles boutiques du monde
Chaque année, un jury international pose un regard neuf sur la boutique de luxe comme espace de création à part entière. En 2026, le Prix Versailles vient de rendre publique sa sélection des plus beaux emporiums du monde, et les sept adresses retenues racontent, chacune à leur façon, comment architecture, culture et identité de Maison se fondent en une seule expérience.
Quand l’architecture devient le premier produit vendu
Le Prix Versailles existe depuis 2015. Il récompense des réalisations jugées remarquables dans plusieurs catégories : le retail, les hôtels, les restaurants ou encore les musées. Chaque édition confirme que le point de vente n’est plus un simple lieu de transaction, mais un véritable acte architectural.
Jérôme Gouadain, secrétaire général du Prix Versailles, résume ainsi cet engagement :
« En matière d’architecture, les points de vente ont été les fers de lance de cette étude devenue plaidoyer. »
Cette année, sept boutiques issues de quatre pays – la Chine, la France, le Japon et les États-Unis – composent la liste officielle. Parmi elles, trois recevront un titre mondial en fin d’année : le Prix Versailles, la Mention Intérieur et la Mention Extérieur.
Ce que la sélection 2026 dit du luxe aujourd’hui
Les adresses retenues partagent une même ambition : ancrer chaque espace dans l’histoire et la culture de sa Maison, tout en dialoguant avec l’environnement local. Ainsi, chaque boutique devient un point de rencontre entre patrimoine de marque et géographie humaine.
On trouve dans cette liste des noms attendus et d’autres plus surprenants. Dior signe deux entrées – à Pékin et à Beverly Hills. En revanche, des noms comme RH ou Issey Miyake rappellent que la distinction ne se limite pas aux seules griffes françaises.
Les sept adresses en lice pour le Grand Prix
À Pékin, dans le quartier de Sanlitun, la House of Dior ouverte fin 2025 est signée Christian de Portzamparc. Sa façade en pétales évoque le geste du couturier découpant ses toiles. Des tuiles de verre dorées et un escalier monumental à cinq niveaux relient les univers de la Maison, ponctués d’oeuvres d’artistes contemporains et de pièces signées Gio Ponti.
À Tokyo, la tour Tiffany & Co. Ginza, inaugurée en juillet 2025, culmine à 66 mètres. Sa façade de verre ondulée porte la signature de Jun Aoki, tandis que les vitrines ont été conçues avec Kimiko Fujimura. À l’intérieur, Peter Marino s’est inspiré du siège new-yorkais The Landmark. Une verrière de Hugh Dutton et des écrans évoquant les jardins de Tokyo tissent un lien entre héritage américain et culture japonaise.
À Miami, dans le Design District, Cartier a rouvert fin octobre 2025 une boutique dont la façade bulbeuse, imaginée par Elizabeth Diller, reprend le motif d’une broche de 1909. À l’intérieur, la décoratrice Laura Gonzalez a composé un espace inspiré des paysages naturels de Miami, entre marbre vert camélia, tonalités roses et bleues, et fresque évoquant coraux et skyline locale.
- House of Dior, Pékin – façade en pétales, signée Christian de Portzamparc, cinq niveaux
- RH Champs-Élysées, Paris – atrium Foster + Partners, toit-terrasse vue tour Eiffel, jardin en onyx blanc
- Saint Laurent Montaigne, Paris – mobilier Süe et Mare et Paul Poiret, oeuvre inédite de Mark Bradford
- Tiffany & Co. Ginza, Tokyo – tour de 66 mètres, façade Jun Aoki, intérieur Peter Marino
- Cartier, Miami – façade Elizabeth Diller, décor Laura Gonzalez, motif broche de 1909
- House of Dior, Beverly Hills – « royaume des rêves » Peter Marino, restaurant Monsieur Dior, premier aux États-Unis
- Issey Miyake, New York – New York Life Building, galerie MADO, escalier en verre signé Solid Objectives Idenburg Liu
Paris double mise avec Saint Laurent et RH
La capitale française place deux adresses dans la sélection du Prix Versailles, ce qui confirme son statut de laboratoire mondial du retail de luxe. D’abord, la boutique Saint Laurent avenue Montaigne, dévoilée en novembre 2025, réinterprète l’esprit collectionneur du couturier-fondateur. Le mobilier – Süe et Mare, Paul Poiret – y dialogue avec des oeuvres de la collection Pinault, dont une pièce inédite de Mark Bradford.
Ensuite, RH Champs-Élysées, ouverte en septembre 2025 au 23, avenue des Champs-Élysées, représente un cas singulier. La marque américaine de décoration et d’ameublement haut de gamme a travaillé avec l’agence Foster + Partners pour concevoir un vaste atrium. Une cariatide en bronze y accueille les visiteurs vers une galerie d’art, un restaurant et un toit-terrasse offrant une vue sur la tour Eiffel. L’adresse intègre aussi une bibliothèque de livres rares, un studio d’architecture intérieure en verre et acier, et un jardin habillé d’onyx blanc.
Beverly Hills, New York : le luxe américain en pleine mutation
Sur Rodeo Drive, la House of Dior Beverly Hills, ouverte fin 2025, est le fruit d’une collaboration entre Peter Marino Architect et le paysagiste Peter Wirtz. La façade ondulante en pierre calcaire évoque le drapé couture cher à la Maison française. Un jardin central et un escalier sculptural transforment la visite en promenade quasi muséale. L’adresse abrite aussi le restaurant Monsieur Dior, premier du genre aux États-Unis, ainsi qu’un penthouse avec terrasse panoramique.
À New York, le flagship Issey Miyake, installé au rez-de-chaussée du New York Life Building, marie minimalisme nippon et patrimoine architectural américain. L’agence Solid Objectives Idenburg Liu a signé le projet, qui intègre un escalier monumental en verre et une galerie baptisée MADO, dédiée aux expositions temporaires.
Ces deux adresses américaines montrent, de façon concrète, que le marché américain ne se contente plus d’accueillir les Maisons européennes : il leur demande désormais une architecture à la hauteur de son ambition culturelle. Le Prix Versailles enregistre ainsi une présence américaine forte, avec trois des sept emporiums sélectionnés situés aux États-Unis.
Un palmarès qui s’inscrit dans une histoire récente
L’édition précédente du Prix Versailles avait couronné la boutique Tiffany & Co. de Milan en 2025. Située dans le Palazzo Taverna de la via Montenapoleone, cette adresse de 1 200 m² signée Peter Marino constitue le plus grand point de vente de la marque en Europe. Ce précédent illustre bien le niveau d’exigence que le jury maintient d’année en année.
En 2026, le Prix Versailles s’affirme donc comme un baromètre fiable de la manière dont le luxe mondial réinvente son rapport à l’espace. Car chaque boutique sélectionnée ne vend pas seulement des produits : elle propose une façon de vivre, de regarder et de ressentir une identité de Maison dans toute sa profondeur. Le Grand Prix sera attribué en fin d’année, et la tension entre ces sept candidats promet un verdict que le secteur tout entier attend avec curiosité.