Dior et A24 font jouer cinq acteurs dans la peau d’Anderson
Et si un directeur artistique devenait personnage de fiction, incarné simultanément par cinq acteurs aux trajectoires radicalement opposées ? C’est le pari que Dior vient de relever avec une collaboration aussi inattendue que révélatrice d’un tournant dans la façon dont la mode se raconte.
Quand Dior fait appel à un studio de cinéma
La maison s’est associée à A24, le studio américain réputé pour ses choix de cinéma exigeant, dans un partenariat créatif qui réunit mode, film et théâtre. Ce n’est pas un simple accord de visibilité ou un contrat de placement de produit. Le projet prend la forme d’un film à part entière, réalisé par Aidan Zamiri, pensé comme une œuvre narrative où l’identité elle-même devient le sujet central.
Ce choix de s’ancrer dans les codes du cinéma d’auteur plutôt que dans ceux de la publicité de luxe dit beaucoup sur la direction que Jonathan Anderson entend donner à la maison. Anderson, directeur artistique de Dior, a décrit ce partenariat comme fondé sur les artistes et la narration. Ce n’est pas la mode qui illustre le film, ni le film qui sert de décor à la mode : les deux s’alimentent mutuellement.
Un seul personnage, cinq interprètes
Le cœur du projet est aussi son geste le plus radical. Cinq personnalités incarnent toutes le même rôle, celui de Jonathan Anderson lui-même. Sabrina Carpenter, Camille Cottin, Josh O’Connor, Drew Starkey et Sophie Wilde partagent ainsi une seule et même identité fictionnelle à l’écran.
Ce dispositif n’est pas sans précédent dans le cinéma d’auteur, où l’éclatement d’un personnage entre plusieurs corps a déjà servi à explorer l’insaisissabilité d’une figure. Appliqué à un directeur artistique vivant, le procédé prend une résonance particulière : il pose la question de ce que signifie réellement une identité créative. Est-ce un style ? Une façon de voir ? Une posture que plusieurs personnes pourraient adopter de manière plausible ? Le film, en distribuant Jonathan Anderson entre cinq interprètes aux univers très différents, refuse toute réponse simple.
Anderson apparaît par ailleurs dans le film, jouant son propre rôle aux côtés de ceux qui l’incarnent. Cette mise en abyme, où le modèle et ses doubles coexistent à l’écran, renforce le caractère conceptuel de l’ensemble.
La mode comme narration, l’identité comme matière
Ce que cette collaboration révèle, c’est une évolution profonde dans la manière dont Dior construit son récit. Là où une maison de mode choisissait autrefois l’image fixe, le lookbook soigné ou la campagne millimétrée, le projet avec A24 emprunte à la fiction ses outils les plus puissants : la durée, la mise en scène, l’interprétation, l’ambiguïté.
La présence de profils aussi distincts que Sabrina Carpenter, artiste pop américaine, Camille Cottin, actrice française à la carrière transatlantique, Josh O’Connor et Drew Starkey, deux acteurs britanniques aux registres contrastés, et Sophie Wilde, révélation australienne, n’est pas anodine. Chaque interprète apporte sa propre charge d’imaginaire, et c’est précisément cette polyphonie qui intéresse Dior. L’identité d’Anderson n’est pas diluée par cette multiplication, elle est démultipliée.
Christian Dior écrivait lui-même qu’il fallait faire les choses avec passion, que ce soit pour le travail ou le plaisir. Ce goût pour l’engagement total, pour le geste qui ne se contente pas du minimum attendu, traverse cette collaboration d’une façon que le fondateur n’aurait peut-être pas anticipée sous cette forme, mais dont il aurait sans doute reconnu l’esprit. Confier son propre nom à cinq inconnus pour en faire un personnage de fiction demande une certaine audace. C’est précisément ce que ce projet avec A24 met en lumière.
Source : la publication de Dior sur Instagram