Le solo-maxxing, cette tendance qui romance notre célibat et affole les réseaux

Le solo-maxxing, cette tendance qui romance notre célibat et affole les réseaux
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Vous avez déjà passé un samedi soir seul, à faire vos courses, rentrer chez vous, enfiler votre pyjama et vous installer sur le canapé, sans ressentir le moindre manque ? Ce que vous viviez s’appelle peut-être du solo-maxxing, et vous n’êtes pas le seul à le revendiquer fièrement.

Vivre seul par choix : ce que le solo-maxxing change vraiment

Ce phénomène désigne une décision assumée de rester célibataire pour consacrer son temps et ses ressources financières à à soi-même, plutôt qu’à une relation amoureuse. Ce n’est pas une question de manque d’amour ni de désintérêt pour la vie. C’est plutôt un recentrage délibéré de ses désirs, loin des contraintes que la vie de couple implique.

Le solo-maxxing s’inscrit dans un vocabulaire plus large qui tente de nommer les nouveaux comportements amoureux. Avant lui, le ghosting décrivait le fait de couper tout contact sans explication, le love bombing consistait à inonder quelqu’un de messages avant de disparaître, le catfishing renvoyait à la tromperie par faux profil, et l’orbiting désignait un ex qui continue de s’insinuer dans votre quotidien. Chacun de ces mots a rempli le même rôle : donner un nom à ce que l’on vit, pour se sentir moins seul à le traverser.

Car c’est précisément là que réside l’enjeu. Beatrice Di Lazzaro, psychologue et conseillère conjugale, souligne que la Génération Z, ayant grandi avec les réseaux sociaux, a eu peu d’occasions de développer une culture émotionnelle face à l’ennui et à la solitude. Trouver un mot rassure, il dit que cette expérience n’est pas unique.

TikTok, les coulisses de la vie privée et le solo-maxxing mis en scène

Ce qui rend ce phénomène particulier, c’est l’endroit où il prospère. TikTok est devenu le terrain de jeu de cette tendance, et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Lana Isa, 24 ans, responsable commerciale en télétravail à Toronto, a publié une vidéo montrant sa routine du soir : courses, douche, pyjama, canapé. La vidéo a récolté près de 213 000 « j’aime » et 1,2 million de vues. Elle n’imaginait pas un tel impact.

Beatrice Di Lazzaro apporte un éclairage précieux sur ce paradoxe. Elle s’appuie sur la distinction que le sociologue Erving Goffman établissait entre la scène, espace de performance sociale, et les coulisses, espace privé. Aujourd’hui, cette frontière s’est brouillée : la scène est entrée dans les coulisses. On montre sa chambre, sa routine, ses moments les plus intimes, à tous ceux qui veulent regarder. La question qui se pose alors est concrète : si même seul dans sa chambre on continue de jouer un rôle, existe-t-il encore un moment où l’on reste vraiment avec soi-même ?

D’un côté, cette mise en scène répond à un besoin d’esthétisation de chaque expérience. De l’autre, elle trahit un besoin de vérifier que les autres vivent la même chose, qu’ils sont, eux aussi, un peu tristes.

Quand la solitude devient un produit

Le solo-maxxing ne se limite pas à un état d’esprit. Il a engendré tout un mode de vie concret, que le marché a rapidement capté. Manger seul, voyager seul, travailler depuis chez soi, acheter des portions individuelles de nourriture, des portions individuelles de tout : autant de pratiques qui dessinent une vie organisée autour d’une seule personne.

  • Manger seul, sans que cela soit vécu comme une honte
  • Voyager en solo, en faisant de l’expérience un choix assumé
  • Travailler à domicile, loin des interactions imposées
  • Consommer des portions individuelles, reflet d’une vie calibrée pour un seul
  • Romancer sa solitude, en lui donnant une esthétique et un récit

Beatrice Di Lazzaro y voit la main du capitalisme, qui s’est emparé de l’affectivité. Selon elle, nous traversons une phase de réaction après des décennies de modèles rigides sur le couple, au point que la solitude elle-même est devenue un produit à consommer.

Applications de rencontre et paradoxe du choix infini

Ce contexte éclaire aussi le rapport actuel aux applications de rencontre. Beatrice Di Lazzaro les compare à des supermarchés : face à des centaines de profils disponibles, on se convainc qu’il en existera toujours un meilleur. Le résultat est paradoxal. Plutôt que de choisir, on préfère rester sans.

En 2025, l’Organisation mondiale de la santé a déclaré la solitude priorité de santé publique, parlant d’une véritable épidémie. Pourtant, face à ce constat, une partie de la société a choisi de réécrire l’histoire de la solitude, de la romancer plutôt que de la subir. Le solo-maxxing est, en ce sens, autant une réponse culturelle qu’un symptôme. Et si, selon la psychologue, la seule chose dont on aurait vraiment besoin, c’est d’un peu de légèreté, cette tendance rappelle que la question de savoir si l’on choisit la solitude par force ou par désir sincère mérite d’être posée honnêtement.

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