Punk et bourgeois réunis dans la nouvelle collection Fendi SS27

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Poser une veste en velours sur une silhouette habillée de soie imprimée animal, et appeler ça une collection : Fendi fait exactement ce pari avec son Printemps/Été 2027, signé Maria Grazia Chiuri. Ce n’est pas une collection de compromis. C’est une proposition qui assume la contradiction comme principe de construction.

Quand le velours rencontre la peau animale

La tension commence dans les matières elles-mêmes. D’un côté, la soie et la dentelle, légères, lumineuses, portées vers la transparence. De l’autre, le velours, le parchemin, l’intarsia, matières denses qui absorbent la lumière plutôt qu’elles ne la renvoient. Chiuri ne choisit pas entre ces deux registres. Elle les fait coexister, parfois sur une seule pièce.

L’imprimé animal s’inscrit dans cette logique de friction. Posé sur de la soie, il produit un effet de surface trouble : quelque chose entre la nature brute et la sophistication du tissu. Ce n’est pas le motif animal tel qu’on le connaît dans le prêt-à-porter courant. Ici, la matière porte une part de ce que le motif dit, et réciproquement.

Le parchemin, lui, introduit une autre dimension. C’est une matière qui évoque à la fois l’ancienneté et la fragilité, l’archive et la peau. Associé à la broderie, il crée une surface où le geste artisanal devient visible, lisible, presque tactile pour qui regarde les photographies signées Zelinda Zanichelli.

Punk et bourgeois dans le même vêtement

Ce qui rend cette collection singulière, c’est la manière dont elle traite deux esthétiques que tout oppose. Le punk et le bourgeois ne se succèdent pas au fil du défilé. Ils se superposent, ils se contaminent mutuellement. Un col, un volume, une texture suffisent à faire basculer une pièce d’un registre à l’autre.

C’est un geste qui dit quelque chose sur la manière dont Maria Grazia Chiuri conçoit le vêtement : non pas comme l’expression d’une identité fixe, mais comme un espace où des codes contraires peuvent se négocier. Le résultat ne lisse pas les oppositions. Il les laisse visibles, presque volontairement inconfortables.

Pour Fendi, dont l’histoire remonte à 1925 et dont l’ancrage dans la maroquinerie et la fourrure a construit une réputation d’élégance très codifiée, ce type de proposition représente un déplacement notable. La maison n’abandonne pas ses réflexes de qualité, mais elle les met au service d’une tension esthétique qui ne cherche pas à rassurer.

Ce que la lumière fait aux matières

Brillant contre mat : c’est peut-être la clé de lecture la plus concrète de cette collection. Chaque association de matières joue sur la manière dont la lumière est absorbée ou réfléchie. La soie capte et renvoie. Le velours retient. La dentelle filtre. Et le parchemin, selon son traitement, oscille entre les deux.

Cette opposition n’est pas uniquement visuelle. Elle produit aussi un effet de poids. Une pièce légère associée à une matière lourde change la façon dont le vêtement se tient, dont il bouge, dont il habite le corps de qui le porte. Chiuri travaille ce contraste entre léger et lourd comme un élément de construction à part entière.

Les photographies de Zelinda Zanichelli documentent ces jeux de surface avec une précision qui permet de mesurer ce que la collection doit à ces choix de matières. Chaque cliché révèle une intention : celle de faire du vêtement un lieu de rencontre entre des textures qui, séparées, appartiendraient à des mondes différents.

Une maison qui avance par friction

Fondée à Rome par Adele et Edoardo Fendi, la maison a construit son identité sur plusieurs décennies de collaborations et de décisions artistiques déterminantes. La direction artistique confiée à Silvia Venturini Fendi à partir de 1992, puis étendue aux accessoires en 1994, a contribué à forger des pièces comme le sac Baguette, né en 1997, et le Peekaboo, créé en 2008. Ces repères disent quelque chose de la capacité de la maison à construire sur la durée.

La collection Printemps/Été 2027 ne rompt pas avec cette continuité. Elle la prolonge par un autre chemin : celui de la contradiction assumée. Fendi ne cherche pas ici à réconcilier le punk et le bourgeois dans une synthèse apaisée. La maison les laisse se heurter, et c’est précisément de ce heurt que naît l’intérêt de la proposition.

Source : la publication de Fendi sur Instagram

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