Maison Margiela joue le dur contre le doux pour son été 2027
Une tension sourde traverse la collection printemps-été 2027 de Maison Margiela : celle qui oppose ce qui résiste à ce qui cède, ce qui tient sa forme à ce qui la cherche encore. C’est depuis ce point de friction que John Galliano construit une saison entière, en prenant deux archétypes du vestiaire féminin pour les soumettre à une logique nouvelle.
Le dur contre le doux, comme principe de construction
Le moteur créatif de cette collection repose sur une dualité simple à énoncer, mais complexe à résoudre : comment faire coexister la rigidité et la fluidité dans une même pièce, sans que l’une écrase l’autre ? Maison Margiela pose cette question non pas comme un exercice formel, mais comme une contrainte productive appliquée aux fondements mêmes du vêtement.
Deux familles de pièces concentrent cette réflexion. D’un côté, le tailleur, vêtement de structure par nature. De l’autre, le drapé, dont la définition même est l’abandon à la gravité. Ce sont précisément ces deux extrêmes que la maison choisit de retravailler, l’un par l’intérieur, l’autre par le dessous.
Ce choix dit quelque chose de la démarche de Maison Margiela : plutôt que d’additionner des effets de surface, la collection s’attaque à ce qui soutient, à ce qui structure avant que l’œil ne voie quoi que ce soit.
Le tailleur réinventé par ses propres structures
Pour le tailleur, Maison Margiela introduit des éléments structurels inédits. La veste, la veste de costume, la pièce construite : chacune reçoit une armature nouvelle qui en modifie le galbe, l’équilibre, la façon dont elle tient sur le corps. Ce n’est pas un tailleur déconstruit au sens de défait, mais un tailleur dont les règles de construction ont été réécrites.
Ce glissement est subtil, mais il change tout pour celle qui porte la pièce. La silhouette se déplace, les épaules répondent différemment, le rapport entre le corps et l’enveloppe se reconfigure. C’est précisément ce type d’intervention, invisible à première vue mais décisif à l’usage, que la maison a historiquement cultivé depuis ses débuts en 1988.
Le drapé, posé sur de nouvelles fondations
Le drapé, lui, subit une transformation d’un autre ordre. Ce n’est pas le tissu qui change, mais ce sur quoi il repose. Maison Margiela travaille les fondations du drapé, ces structures sous-jacentes qui dictent la façon dont le tissu tombe, s’ouvre ou se referme sur le corps en mouvement.
Modifier la fondation, c’est modifier le geste. Un même tissu, selon ce qui le soutient, peut suivre le corps ou s’en éloigner, accompagner un pas ou le précéder. Cette saison, Maison Margiela explore ce que ces nouvelles bases rendent possible en termes de silhouette : des formes que le drapé traditionnel ne permettrait pas d’atteindre.
Le résultat est une collection dont les pièces portent en elles une logique interne, une raison d’être qui ne se lit pas nécessairement au premier regard, mais qui se ressent dans la façon dont elles bougent.
Une scénographie pensée dans ses moindres détails
Le défilé lui-même est conçu comme un ensemble cohérent, chaque élément répondant aux autres. La scénographie florale est l’œuvre de Mark Colle, tandis que le maquillage est signé Inge Grognard et la coiffure assurée par Tom Wright. La chorégraphie, confiée à Eric Christison, détermine la façon dont les pièces traversent l’espace et s’offrent au regard.
Pour la bande-son, Maison Margiela choisit Violet, titre du groupe Hole, chanson cosignée par Courtney Love et Eric Erlandson. Ce choix musical n’est pas neutre : une chanson construite sur la friction, sur un son à la fois abrasif et mélodique, résonne directement avec la tension entre dur et doux que la collection met en scène.
Cette cohérence entre la proposition vestimentaire et son cadre de présentation est caractéristique de l’approche de Maison Margiela. Depuis les débuts de la maison, les défilés se déroulent dans des lieux inhabituels, les visages des mannequins sont souvent dissimulés pour concentrer l’attention sur les vêtements eux-mêmes. Cette saison, c’est le mouvement chorégraphié et la tension sonore qui prennent ce rôle de mise en condition du regard.
Ce que cette collection printemps-été 2027 démontre, avant tout, c’est qu’une opposition aussi simple que dur contre doux peut suffire à relancer toute une réflexion sur ce qu’un vêtement est capable de faire, à condition de l’appliquer non pas à l’apparence, mais aux fondations mêmes de chaque pièce.
Source : la publication de Maison Margiela sur Instagram