Acne Studios mêle grandeur théâtrale et matière brute pour le printemps 2027

Acne Studios mêle grandeur théâtrale et matière brute pour le printemps 2027
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Ce que la collection printemps-été 2027 d’Acne Studios dit d’emblée, c’est une contradiction revendiquée : la magnificence scénique d’un côté, la matière abîmée et laissée à l’état brut de l’autre. La maison suédoise, fondée en 1996 par le collectif ACNE, dont l’acronyme signifiait à l’origine Associated Computer Nerd Enterprises avant de devenir Ambition to Create Novel Expressions, ne cherche pas à réconcilier ces deux pôles. Elle les laisse coexister, et c’est précisément là que réside l’intérêt de cette ligne femme.

Une esthétique de la tension, portée jusqu’à ses limites

L’intention affichée pour ce printemps-été 2027 associe ce qu’on pourrait appeler une grandeur théâtrale à quelque chose de délibérément usé, voire inachevé. Ce n’est pas une posture de retenue : c’est un choix radical, qui consiste à ne pas lisser, à ne pas terminer ce qui pourrait l’être. Pour Acne Studios, l’inachèvement n’est pas un défaut de fabrication, c’est une déclaration.

Ce parti pris esthétique gagne en lisibilité quand on le relie au cadre visuel du défilé. La scénographie mobilise deux œuvres de l’artiste Faig Ahmed, intitulées Shams of Tabriz et Doubts, toutes deux issues du Faig Ahmed Studio et représentées par la galerie Sapar Contemporary. Ces pièces ne servent pas de décor neutre : elles participent activement à la construction du regard qu’on pose sur les vêtements.

Car c’est bien ce que fait ce type de dialogue entre mode et art contemporain : il oriente la lecture. Face à des œuvres qui travaillent elles-mêmes la déformation, l’étirement, la rupture de motif, les silhouettes de la collection trouvent un écho qui renforce leur propos. La tension entre le noble et le brut s’incarne d’autant mieux qu’elle est mise en scène dans un espace qui la reflète.

Faig Ahmed, un choix qui ne doit rien au hasard

Que Acne Studios choisisse de s’appuyer sur deux œuvres précises de Faig Ahmed plutôt qu’une seule n’est pas anodin. Shams of Tabriz et Doubts forment un diptyque visuel qui porte, dans leurs titres mêmes, une part de l’ambivalence recherchée par la maison : la lumière et le doute, la certitude du geste et l’hésitation laissée visible dans le résultat.

Ces deux œuvres proviennent du Faig Ahmed Studio et de la galerie Sapar Contemporary, deux structures dont la présence dans les crédits du défilé confère à la démarche une rigueur institutionnelle. Ce n’est pas une simple collaboration décorative, c’est un ancrage dans le champ de l’art contemporain assumé et documenté.

Une production à la hauteur des ambitions scéniques

Pour traduire ce niveau d’exigence visuelle en expérience de défilé, Acne Studios a confié la production du show à Bureau Betak. La direction de la diffusion, elle, revient à Titre Provisoire, tandis que la photographie est signée Alexandra Dautel. Ces trois noms dessinent ensemble la chaîne technique qui permet à une intention esthétique de devenir un événement cohérent, de la scène à l’image.

La répartition de ces responsabilités entre des équipes distinctes et reconnues dit quelque chose sur la façon dont la marque conçoit ce défilé : non pas comme un simple exercice de présentation, mais comme une production à part entière, où chaque maillon compte. La photographie d’Alexandra Dautel, en particulier, aura la charge de fixer ce que le défilé produit, et donc d’en prolonger la durée de vie au-delà de la salle.

Ce que cette collection révèle sur la trajectoire de la maison

Pour une maison née d’un collectif informatique suédois et spécialisée depuis ses débuts dans le prêt-à-porter et notamment le jean, le choix de convoquer l’art contemporain comme interlocuteur principal d’une collection femme n’est pas anodin. Acne Studios positionne ici sa ligne printemps-été 2027 à l’intersection de deux registres que tout semble opposer : le théâtral et le brut, le fini et l’inachevé, la galerie et la rue.

Ce qui est frappant, c’est que la maison ne cherche pas à atténuer cette opposition. Au contraire, elle la pousse jusqu’à ses extrémités, comme si la collection ne pouvait exister qu’en maintenant cet écart ouvert. C’est une prise de risque formelle, et c’est précisément ce qui rend cette ligne femme printemps-été 2027 d’Acne Studios digne d’attention.

Source : la publication de Acne Studios sur Instagram

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