Dries Van Noten habille le bureau en organza et broderies de cinéma

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Une veste de chantier taillée dans un organza qui laisse passer la lumière : c’est par ce paradoxe que Dries Van Noten ouvre sa collection femme printemps-été 2027, présentée dans le cadre de la Fashion Week de Paris.

Quand le vestiaire de travail change de peau

Le point de départ de cette collection est un geste presque subversif. Dries Van Noten s’empare de la veste de workwear, ce vêtement pensé pour l’effort et la fonctionnalité, et la retaille dans de l’organza transparent. Le résultat contredit le modèle d’origine : la structure reste, les poches parfois aussi, mais la matière dématérialise tout ce que la coupe voulait protéger.

Ce choix n’est pas anecdotique. Il dit quelque chose sur la façon dont la maison aborde le rapport au corps et au vêtement utilitaire. Ce qui devait couvrir devient ce qui révèle. Ce qui devait durer dans l’usage devient fragile, presque éphémère au toucher. L’organza, tissu fin tendu sur des formes de travail, crée une tension visuelle que l’œil ne résout pas immédiatement.

C’est précisément dans cet écart, entre la rigueur de la forme et la légèreté du tissu, que Dries Van Noten installe son propos pour cette saison.

Dries Van Noten habille le bureau en organza et broderies de cinéma

Des broderies et des films qui n’existent pas

Sur ces silhouettes à la structure affirmée, la collection déroule deux autres registres visuels. D’un côté, des broderies viennent habiller les pièces : elles apportent du relief, de la densité, un travail de surface qui contraste avec la transparence de l’organza. De l’autre, des affiches de films fictifs s’impriment directement sur les vêtements.

Ce détail mérite qu’on s’y arrête. Il ne s’agit pas de références à des œuvres existantes, mais d’œuvres inventées pour l’occasion. Les silhouettes portent ainsi des fragments de cinéma imaginaire, comme si chaque pièce racontait un film que personne n’a vu. Cette idée d’une culture fabriquée de toutes pièces donne à la collection une dimension narrative que le seul jeu sur les matières n’aurait pas atteinte.

Dries Van Noten habille le bureau en organza et broderies de cinéma

La broderie et l’impression coexistent sur les mêmes silhouettes, sans que l’une prenne le dessus sur l’autre. Dries Van Noten superpose ainsi trois langages visuels distincts : la structure utilitaire, le travail artisanal de la broderie, et l’image imprimée venue du monde du cinéma. Chacun appartient à un registre différent, et c’est leur réunion sur une seule pièce qui constitue le geste le plus fort de cette collection.

Une esthétique entre concret et fiction

Ce que Dries Van Noten propose ici, c’est une collection qui refuse de choisir entre le réel et l’imaginaire. L’esthétique utilitaire ancre les silhouettes dans le monde du travail, dans quelque chose de reconnaissable et de familier. Mais la transparence de l’organza, les broderies déployées sur le tissu et ces affiches de films qui n’existent pas poussent chaque pièce vers un territoire plus abstrait.

La Fashion Week de Paris accueille cette proposition sous le hashtag JulianKlausner, associé à la présentation. Ce nom, lié à l’événement, signale une mise en scène pensée, une présentation qui ne se limite pas au seul défilé de vêtements.

Dries Van Noten habille le bureau en organza et broderies de cinéma

Né à Anvers le 12 mai 1958, le styliste belge construit depuis des années un langage visuel qui refuse les catégories trop nettes. Cette collection Women Spring Summer 2027 le confirme à sa manière : en prenant le vêtement de travail comme point de départ, Dries Van Noten ne cherche pas à l’anoblir ni à le détourner par ironie, mais à l’ouvrir, littéralement, à autre chose. L’organza passe la lumière, les films brodés ou imprimés racontent des histoires sans source, et la frontière entre l’uniforme et le rêve disparaît dans le tissu lui-même.

Source : la publication de Dries Van Noten sur Instagram

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