Matthieu Blazy ouvre Chanel avec le vrai sac de Gabrielle

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Un sac sorti des réserves pour ouvrir un défilé : le geste est rare, et chez Chanel, il ne passe pas inaperçu. Pour sa collection printemps-été 2027, Matthieu Blazy a choisi de commencer et de terminer le show avec un objet que les équipes de la maison conservent précieusement dans les archives Patrimoine, loin des podiums et des vitrines.

Le sac qui change tout

C’est Dyanira Hurbuscher qui l’a porté, à l’ouverture comme à la clôture du défilé. Le sac en question est le 2.55 noir original de Gabrielle Chanel elle-même, celui que la fondatrice de la maison utilisait, conservé depuis dans les archives Patrimoine. Ce n’est donc pas une réédition, pas une pièce reconstituée à partir de documents anciens : c’est l’objet lui-même, avec tout ce que cela implique de fragilité, de charge historique et de responsabilité.

Confier cet accessoire à une mannequin pour qu’elle l’emmène sur le podium transforme radicalement le rapport à la collection. Ce n’est plus simplement une référence au passé glissée dans un look, c’est le passé qui marche, littéralement, au milieu du présent. Blazy pose ainsi d’emblée la question centrale de sa démarche : que signifie habiter un héritage plutôt que de simplement s’en inspirer ?

Matthieu Blazy ouvre Chanel avec le vrai sac de Gabrielle

La réponse se lit dans les choix qui structurent cette collection. Plutôt que de citer la fondatrice à distance, Matthieu Blazy convoque différentes facettes de Gabrielle Chanel comme point de convergence entre passé, présent et futur. Le défilé ne propose pas une relecture nostalgique, mais une mise en tension entre ce qui a été et ce que la maison peut encore devenir.

Des matières qui racontent le geste

Parmi les matières travaillées pour cette collection, deux retiennent l’attention par ce qu’elles disent de l’intention de Blazy. Le jersey de soie, d’abord : fluide, proche du corps, il appartient à l’ADN du vestiaire Chanel depuis les débuts de Gabrielle Chasnel. L’utiliser ici, c’est ancrer la collection dans quelque chose de profondément antérieur aux tendances actuelles.

Le tweed smocké, ensuite. Le smockage est une technique de fronces travaillées à la main, qui demande une précision et un temps de réalisation considérables. Appliquer ce procédé au tweed, matière elle-même associée à la maison, revient à superposer deux niveaux de référence et à pousser la technicité bien au-delà de ce que le regard perçoit immédiatement. C’est dans cet écart, entre l’évidence visuelle et la complexité d’exécution, que réside une bonne part de la force de la proposition.

Matthieu Blazy ouvre Chanel avec le vrai sac de Gabrielle

Les ateliers dans la boucle

Cette collection associe trois ateliers : Le19M, Maison Lemarié et Lesage. Leur présence n’est pas anecdotique. Elle signale que le travail mené par Blazy ne se joue pas uniquement au niveau du dessin ou du concept, mais dans la fabrication elle-même, dans les mains qui réalisent les pièces. C’est à ce niveau que la tension entre mémoire et modernité se concrétise réellement, point de couture après point de couture.

La participation de ces trois structures à un même défilé Chanel dit quelque chose sur la façon dont Blazy envisage son rôle : non pas comme un créateur qui impose une vision de l’extérieur, mais comme quelqu’un qui travaille avec ce que la maison porte en elle, ses techniques, ses savoir-faire transmis, ses ateliers partenaires.

Matthieu Blazy ouvre Chanel avec le vrai sac de Gabrielle

Ce que ce défilé dit de la direction Blazy

Prendre le 2.55 de Gabrielle Chanel dans les archives pour le faire circuler sur un podium en 2026, c’est un acte éditorial autant qu’un geste de style. Cela suppose une confiance dans la matière historique, une volonté de ne pas la protéger derrière une vitrine, mais de la remettre en mouvement. Chanel possède des archives Patrimoine précisément pour que ces objets restent vivants, pas figés.

Ce choix révèle aussi quelque chose sur la manière dont Matthieu Blazy lit la maison qu’il dirige désormais. La fondatrice y apparaît non pas comme une figure à reproduire, mais comme une source à habiter. La collection printemps-été 2027 de Chanel se construit sur cette ligne, entre la rigueur d’une technique transmise par les ateliers, la fluidité d’un jersey de soie qui traverse les décennies sans vieillir, et un sac noir qui a appartenu à une femme, avant de devenir autre chose.

Source : la publication de Chanel sur Instagram

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