Armani et Kith réinventent le tailleur dans le désert d’Agafay

ParisSelectBook - Armani et Kith réinventent le tailleur dans le désert d'Agafay
ParisSelectBook - Armani et Kith réinventent le tailleur dans le désert d'Agafay
Suivre Paris Select Book sur Nous suivre

Dans le désert d’Agafay, aux portes de Marrakech, Giorgio Armani et la marque américaine Kith ont choisi l’un des paysages les plus dépouillés du monde pour présenter leur collection capsule commune, intitulée Dreams of the Dune. Ce choix de décor ne doit rien au hasard : il dit quelque chose sur ce que cette rencontre entre deux esthétiques très différentes cherche à accomplir.

Deux langages que tout semblait opposer

Giorgio Armani s’est construit une réputation mondiale autour du tailleur déconstructé : des silhouettes allégées, des structures libérées de leur rigidité, une élégance qui repose sur la soustraction plutôt que sur l’ajout. Kith, de son côté, s’est imposé dans un registre radicalement différent, celui du streetwear contemporain, avec ses codes visuels propres et une clientèle attachée à une certaine décontraction urbaine. Que ces deux maisons se retrouvent autour d’une même table de travail constitue, en soi, un geste inattendu.

Ce qui rend la collaboration lisible, c’est que ni l’une ni l’autre n’a effacé l’autre. La collection Dreams of the Dune prend explicitement le tailleur déconstructé d’Armani comme point de départ, puis le fait passer par le filtre esthétique de Kith. Le résultat n’est pas une fusion neutre : c’est une tension assumée, visible dans chaque silhouette.

Armani et Kith réinventent le tailleur dans le désert d'Agafay

Ce que les pièces racontent de cette tension

Les épaules des vestes, dans l’univers de Giorgio Armani, ont toujours été le lieu d’un arbitrage précis entre structure et souplesse. Dans Dreams of the Dune, elles sont encore adoucies, presque effacées, poussant plus loin encore le refus du maintien artificiel. Les volumes, déjà amples dans le vestiaire Armani, deviennent ici plus relâchés, plus proches du corps qui respire que du corps mis en scène.

Les fermetures de col constituent l’un des détails les plus distinctifs de la collection. Elles signalent une attention portée à la zone du cou et des épaules qui ne relève ni du costume classique ni du sweatshirt ordinaire : c’est précisément là que le vocabulaire de Kith s’installe dans la grammaire d’Armani. Les pantalons larges et fluides qui complètent les looks prolongent cette logique du vêtement qui ne contraint pas, qui accompagne le mouvement plutôt qu’il ne le définit.

Armani et Kith réinventent le tailleur dans le désert d'Agafay

Le désert comme troisième protagoniste

Présenter Dreams of the Dune dans le désert d’Agafay plutôt que dans une salle de défilé classique ou un showroom urbain change la lecture des pièces. Un tailleur vu sur un fond de sable et de roche minérale n’est plus seulement un vêtement de ville : il devient quelque chose qui existe hors contexte, hors du bruit, hors des conventions habituelles de la mode institutionnelle.

Pour Giorgio Armani, dont le minimalisme a toujours revendiqué une forme d’épure, ce paysage fonctionne comme une résonance naturelle. Le désert marocain n’illustre pas la collection : il la confronte, il la teste dans un environnement où rien ne peut masquer la qualité d’une coupe ou la justesse d’un volume. Pour Kith, c’est une manière de sortir le streetwear de son territoire d’origine et de lui donner une autre respiration.

La rencontre entre les deux maisons trouve dans ce cadre quelque chose qu’un studio n’aurait pas permis : une neutralité radicale qui oblige les vêtements à exister par eux-mêmes.

Armani et Kith réinventent le tailleur dans le désert d'Agafay

Ce que cette collaboration révèle sur Giorgio Armani aujourd’hui

Giorgio Armani est souvent associé à une certaine permanence, celle d’un style qui a traversé les décennies sans se plier aux effets de mode. Accepter une collaboration avec Kith, c’est admettre qu’une autre sensibilité peut entrer en dialogue avec cet héritage sans le trahir. Ce n’est pas une capitulation devant le streetwear, ni une tentative de rajeunissement artificiel : c’est un exercice de traduction, où chaque maison reste reconnaissable tout en habitant le territoire de l’autre.

Ce que Dreams of the Dune démontre, au fond, c’est que le tailleur déconstructé que Giorgio Armani a développé au fil des années possède une plasticité suffisante pour absorber une influence extérieure forte sans se dissoudre. Les épaules adoucies, les volumes relâchés, les fermetures de col singulières et les pantalons fluides ne constituent pas une rupture avec l’esthétique Armani : ils en révèlent une dimension moins explorée, celle d’un vêtement qui sait aussi se faire discret, presque nomade, aussi à l’aise sous le ciel marocain que dans n’importe quelle autre lumière.

Source : la publication de Giorgio Armani sur Instagram

Rédigé par , le
Partager sur
Suivre Paris Select Book sur Nous suivre