Marni recycle son ancien décor pour bâtir le suivant
Pour son défilé printemps-été 2027, Marni n’a pas commandé de nouveaux matériaux ni cherché un décor de remplacement : la maison a choisi de repartir de ce qu’elle avait déjà détruit.
Creuser plutôt que repartir de zéro
Le point de départ de cette scénographie est le décor en bois conçu pour la collection automne-hiver 2026. Ce dispositif, qui mettait alors en scène des fragments du quotidien sous forme de dioramas construits, n’a pas été évacué après la saison. Il a été démonté, découpé, évidé, puis réassemblé dans une configuration entièrement nouvelle.
Ce geste repose sur une logique de soustraction. Plutôt que d’ajouter ou de recouvrir, Marni et le studio de design Formafantasma ont travaillé dans l’épaisseur de l’existant : ils ont prélevé, creusé, réorganisé. Ce que l’on voit dans le nouvel espace est donc aussi ce qu’il contenait avant, sans que les deux états ne s’effacent mutuellement.

Ce choix implique une forme de transparence formelle assez rare dans le contexte d’un défilé, où la scénographie tend habituellement à s’offrir comme un monde clos et neuf. Ici, au contraire, les traces sont conservées, lisibles, délibérément exposées.
Un espace où tout reste visible
Ce qui rend cet espace particulier, c’est précisément ce qu’il ne cherche pas à cacher. Les fragments de l’ancien décor coexistent avec l’infrastructure qui les soutient et avec les murs bruts du bâtiment lui-même. Trois couches de réalité se superposent sans que l’une vienne masquer les autres.
Le plafond a été ouvert pour laisser entrer la lumière naturelle. Ce détail n’est pas anodin : il rompt avec la logique habituelle du défilé, où l’éclairage est entièrement maîtrisé pour produire un effet. Ici, la lumière vient de l’extérieur, elle traverse un espace que l’on dirait en cours de fouille plutôt qu’en cours d’installation.

La directrice artistique Meryll Rogge et le studio Formafantasma ont conçu ensemble un espace qui ressemble moins à un décor qu’à un relevé archéologique. Les strates s’accumulent sans hiérarchie apparente : l’ancien, le structurel, le brut. Chacune de ces couches informe sur ce qui précède et sur ce qui reste.
La continuité comme choix formel
Ce que cette démarche révèle, c’est une conception du temps créatif assez éloignée du rythme habituel des collections. Marni ne traite pas la saison précédente comme un passé révolu à effacer. Elle la traite comme une matière à transformer, à prolonger, à faire coexister avec le présent.
Le geste est d’autant plus net qu’il est structurel : ce n’est pas un clin d’oeil discret à une ancienne collection, c’est le fondement même de la scénographie. Le bois découpé de l’automne-hiver 2026 est littéralement ce sur quoi repose le défilé printemps-été 2027. Sans lui, rien n’aurait la même forme.

Cette continuité entre deux saisons, traduite en architecture provisoire et en lumière du jour, pose une question simple sur la façon dont une maison peut construire son propre récit : non pas en remplaçant, mais en conservant, en creusant, en laissant les marques du travail antérieur parfaitement visibles. Marni choisit de montrer le passage du temps plutôt que de le dissimuler.
Source : la publication de Marni sur Instagram