Marni envoie des avions en papier faits de ses propres chutes à Milan
Un avion en papier comme carton d’invitation : Marni a choisi cette forme délibérément fragile pour annoncer son défilé printemps-été 2027, et derrière ce geste apparemment simple se cache une démarche bien plus réfléchie. Ce petit objet volant est entièrement constitué de rebuts, chutes de tissus et fragments de papier récupérés lors des shows précédents de la maison.
Des chutes de shows transformées en objet à part entière
Le point de départ est aussi concret que radical : Marni n’a pas commandé de nouveaux matériaux pour concevoir son invitation. Ce sont les restes des productions antérieures, ce que l’on range d’ordinaire dans des sacs-poubelle après un défilé, qui ont servi de matière première. Tissus mis de côté, papiers inutilisés : rien n’a été créé pour l’occasion, tout a été récupéré.
Ce choix change radicalement la signification de l’objet. L’invitation n’est plus un support de communication imprimé à la chaîne. Elle devient la preuve physique que les ressources d’un show peuvent alimenter le suivant, que le cycle ne s’arrête pas au rangement des décors.
C’est précisément cette tension que le projet cherche à mettre en jeu : des matériaux lourds de leur histoire, portant les traces d’une collection précédente, pliés en avion, c’est-à-dire en la forme la plus légère et la plus éphémère qui soit. Le poids de ce qui a existé, transformé en quelque chose qui prend l’air.
Un atelier de l’Accademia di Belle Arti di Roma comme partenaire
Marni a confié ce travail à Aula 9, section spécialisée en technologie des matériaux papetiers au sein de l’Accademia di Belle Arti di Roma. Ce n’est pas une collaboration avec une grande maison de production ni avec un studio de communication : c’est un atelier universitaire dédié à la recherche sur le papier.
Trois femmes ont porté le projet concrètement. Matilde Guarnieri, professeure en technologie du papier, a encadré le travail aux côtés de Irene Porri et Judy Machnok, toutes deux artistes et fabricantes de papier. C’est leur expertise technique, celle de gens qui connaissent la résistance d’une fibre et le comportement d’un pli, qui a rendu l’objet possible.
Ce choix de partenaire dit quelque chose sur la façon dont Marni conçoit l’invitation : non pas comme un produit à faire fabriquer, mais comme un objet à construire avec des gens qui savent réellement ce qu’ils font avec leurs mains. L’Accademia di Belle Arti di Roma apporte ici une légitimité artisanale et académique que peu de maisons auraient songé à mobiliser pour un carton d’invitation.
Ce que le défilé du 24 septembre annonce avant même de commencer
Le défilé signé Meryll Rogge se tient à Milan ce 24 septembre 2026 à 14h00. Mais d’une certaine façon, la collection printemps-été 2027 a déjà dit quelque chose avant que le premier look ne soit présenté sur le podium.
L’invitation fonctionne comme un avant-propos. Elle formule une position : celle d’une maison qui traite ses propres déchets comme une ressource, et qui choisit d’en confier la transformation à des spécialistes du papier plutôt qu’à un prestataire publicitaire. Ce geste précède la collection et, en un sens, la commente déjà.
La forme de l’avion en papier n’est pas anodine non plus. C’est l’objet plié que tout le monde a fabriqué un jour, le plus accessible des origamis, celui qui ne demande ni colle ni outil. Que Marni choisisse cette forme pour incarner des matériaux récupérés et un savoir-faire papetier pointu crée un écart intéressant : entre le familier et le technique, entre l’enfance et l’atelier, entre la légèreté assumée et la rigueur du processus qui l’a rendue possible.
Ce que la maison envoie à ses invités, c’est donc moins un carton qu’une prise de position tenue entre les doigts, pliée en vol.
Source : la publication de Marni sur Instagram