Dolce & Gabbana fait de la contradiction féminine une collection
De la lingerie glissée sous un tailleur strict, de la dentelle pastel qui frôle le léopard : Dolce & Gabbana présente avec Stravaganza Siciliana une collection printemps-été 2027 qui refuse de choisir entre les contraires et en fait, précisément, sa cohérence.
Quand les archives deviennent matière vivante
Pour construire DGSS27, la maison a plongé dans ses propres fonds. Ce geste, celui de rouvrir des archives familiales pour en extraire une impulsion créative, n’est pas anodin. Il dit quelque chose d’une maison qui se retourne vers elle-même, non pas pour se répéter, mais pour se relire.
Ce que cette relecture produit, c’est un vestiaire qui superpose des registres que tout opposerait en théorie. La dentelle dans des tons pastels côtoie l’imprimé léopard. Le brocart et les tissus d’ameublement se retrouvent dans les mêmes silhouettes que des pièces de lingerie. Ce ne sont pas des associations hasardeuses : elles forment un langage visuel délibéré, construit sur la tension entre le raffinement discret et l’affirmation franche.
Cette approche revendique quelque chose de tactile et de direct. Dolce & Gabbana parle d’une démarche instinctive, portée par une sensibilité personnelle plutôt que par une logique de tendance. C’est une posture qui tranche avec la prudence calculée qui traverse souvent les collections de grande maison.
La lingerie sous le tailleur : une tension qui structure tout
L’un des gestes les plus révélateurs de cette collection, c’est celui-là : de la lingerie portée sous des pièces de tailleur précises. Ce n’est pas une superposition décorative. C’est un point de vue sur ce que peut être le vêtement féminin quand il refuse l’alternative entre rigueur et sensualité.
Le tailleur, pièce à l’architecture nette, s’ouvre sur une lingerie qui n’est plus cachée. Là où d’autres collections laisseraient le tailleur conclure l’affaire, Dolce & Gabbana laisse ce qu’il recouvre entrer dans la conversation. Ce dialogue entre les deux pièces est au fond ce qui donne son sens à l’angle de la collection : les contradictions ne s’annulent pas, elles se parlent.
Autour de ce geste central, le brocart et les tissus d’ameublement viennent ajouter une densité matière que la dentelle et le léopard n’auraient pas portée seuls. La collection joue ainsi sur plusieurs registres de texture et de poids, du plus léger au plus structuré, sans jamais lisser les écarts.
L’individu comme point de départ
Ce qui sous-tend Stravaganza Siciliana, c’est un positionnement conceptuel clair : la collection place l’individu au centre. Non pas une femme-type ou une silhouette idéale, mais une personne avec son caractère propre, ses contradictions, sa créativité singulière.
C’est une idée qui change la façon de lire chaque pièce. La dentelle pastel n’est pas là pour adoucir, le léopard n’est pas là pour affirmer : chacun de ces motifs existe dans la relation que la femme qui le porte entretient avec lui. Dolce & Gabbana construit ainsi un vestiaire qui suppose une utilisatrice active, qui choisit, qui décide, qui assume ses propres contradictions stylistiques comme une forme d’intelligence.
Cette intention se retrouve dans les labels associés aux pièces. DGFattoAMano et MadeInItaly signalent une fabrication ancrée dans un geste précis, celui du fait-main sur le sol italien. Ce n’est pas une mention anodine : elle relie le concept à une réalité de production, à des mains qui ont assemblé ces superpositions de dentelle, de brocart et de tailleur.
Ce que cette collection révèle de la maison
Avec DGSS27, Dolce & Gabbana ne cherche pas l’harmonie facile. La collection assume ses propres tiraillements, entre le luxueux et le sensuel, entre l’héritage et l’instinct, entre la structure du tailleur et la légèreté de la lingerie. C’est précisément ce refus de lisser qui en fait un objet de mode intéressant à observer.
La référence aux archives familiales de la maison ancre cette collection dans une continuité, mais l’approche tactile et personnelle revendiquée l’en extrait aussitôt. Dolce & Gabbana se sert du passé comme d’un point d’appui, pas comme d’un horizon. Et c’est dans cet écart, entre la mémoire et le geste présent, que Stravaganza Siciliana trouve sa force propre.
Source : la publication de Dolce & Gabbana sur Instagram