Lacoste réinvente l’uniforme sportif dans les teintes de la terre battue
Sur les courts en terre battue, chaque échange laisse une trace : une ligne de craie effacée, une empreinte de semelle, un sillage ocre dans la poussière rouge. Lacoste a fait de ces traces le point de départ de sa collection SS27, dont le final vient d’être présenté sous la direction créative de Pelagia Kolotouros. Le résultat repose sur une question simple : à quoi ressemble un uniforme sportif quand on lui retire ses propres règles ?
Quand la terre battue dicte la palette
La terre battue n’est pas seulement un sol de jeu. C’est aussi une gamme chromatique précise, minérale, que l’œil des joueurs et des spectateurs finit par absorber sans la nommer. Kolotouros l’a nommée, elle, et en a tiré les couleurs structurantes de cette collection : des teintes de terre cuite, des tons minéraux qui évoquent la poussière compactée, un jaune acide qui tranche comme une balle vue en plein soleil.
Mais la palette ne s’arrête pas à la surface du court. Deux autres teintes viennent perturber cette logique terrestre : un argent froid et un bleu cobalt qui introduisent une tension visuelle. Ce n’est plus seulement le sol qui parle, c’est aussi le ciel au-dessus, la ligne de filet, l’ombre portée d’un filet sur la terre rouge. La collection respire dans cet écart entre le minéral chaud et le minéral froid.
Ce travail chromatique constitue l’un des gestes les plus lisibles de la saison chez Lacoste. Chaque ton choisi renvoie à une réalité physique du jeu, pas à une tendance de saison abstraite. C’est ce qui donne à l’ensemble une cohérence qui va au-delà de l’exercice de style.
L’uniforme, libéré de lui-même
Le titre de la collection, Dress code: No white required, formule clairement la rupture. Le blanc, couleur historique du tennis et de l’uniforme sportif par excellence, est congédié comme contrainte. Ce qui reste, c’est la structure de la tenue de sport, réinterprétée comme terrain d’expression individuelle.
C’est là que réside le geste créatif central de Pelagia Kolotouros pour Lacoste : ne pas abandonner le vestiaire sportif, mais en décaler les codes. L’uniforme existe toujours, dans ses coupes, ses volumes, ses références au mouvement. Seulement, il ne s’impose plus comme un code extérieur à respecter. Il devient un point de départ que chaque silhouette peut s’approprier.
Cette intention, affichée dans le nom même de la collection, engage la maison dans une direction précise : celle d’un sportswear qui ne demande plus à être porté dans les règles, mais selon ses propres termes. Pour qui porte Lacoste au quotidien, cela change quelque chose de concret : la légitimité du vêtement n’est plus liée à sa conformité à un code, mais à la manière dont il s’intègre à une garde-robe personnelle.
Les traces du jeu comme grammaire visuelle
Derrière la palette et le titre, il y a une image fondatrice : les traces laissées par le jeu sur la surface du court. Une balle qui rebondit marque la terre. Un joueur qui s’arrête laisse une empreinte. Ces accidents, ces preuves du mouvement, ont guidé l’œil de Kolotouros dans la construction visuelle de cette collection.
Traduire cela en vêtement, c’est travailler sur ce que le corps en mouvement laisse dans la matière. Cela peut se lire dans le choix des teintes, qui imitent le dégradé naturel de la poussière sur le sol. Cela peut s’entendre aussi dans la logique d’ensemble : des pièces qui semblent avoir été pensées pour bouger, pour laisser leur propre trace dans l’espace.
Pour Lacoste, ancrer une collection dans cette imagerie n’est pas un exercice décoratif. C’est une façon de relier le vêtement à une pratique, à un terrain, à des gestes réels. La terre battue n’est pas un prétexte esthétique : elle est la matière première à partir de laquelle Kolotouros a construit son propos pour cette saison. Et c’est précisément ce que le titre revendique : un dress code qui n’exige plus le blanc, mais qui garde en mémoire chaque marque laissée sur le sol rouge.
Source : la publication de Lacoste sur Instagram