Matthieu Blazy habille Chanel de soie et de lumière pour 2027
Des voiles de soie superposés qui captent la lumière comme un ciel changeant : c’est par cette image que Matthieu Blazy introduit sa vision pour la collection Spring Summer 2027 de Chanel. Le geste est précis, le propos ambitieux, et les matières choisies racontent à elles seules une partition du temps.
Du matin à la nuit, un fil conducteur en trois actes
La collection s’organise autour d’une idée simple mais exigeante : traduire le passage du temps en vêtement. Blazy découpe la journée en trois séquences, le matin, l’heure dorée et la nuit tombée, et fait de chacune un registre de formes et de matières distinct. Ce n’est pas un thème décoratif, c’est une architecture narrative qui structure chaque look de la garde-robe proposée.
Ce choix impose une cohérence rare. Chaque pièce doit appartenir à l’un de ces trois moments sans le nommer explicitement. La lumière, ici, n’est pas une métaphore : elle devient le vrai matériau de travail, et les tissus en sont la transcription directe.

La soie imprimée comme fenêtre sur le ciel
Pour rendre ces atmosphères tangibles, Chanel mise sur des transparences en soie imprimée, superposées par couches successives. L’effet produit évoque des formations nuageuses ou des ciels étoilés selon l’intensité de la lumière traversant les strates de tissu. Porter ces robes, c’est porter une fenêtre ouverte sur le dehors, sans jamais quitter l’élégance d’une coupe maîtrisée.
Les silhouettes qui se dégagent de ce travail sont amples, construites sur des robes et des jupes en mousseline transparente. La légèreté est ici fonctionnelle autant qu’esthétique : elle permet aux imprimés de vivre, de se modifier selon l’angle de vue et l’intensité de la lumière ambiante. On ne regarde pas ces pièces, on les observe évoluer.
Les vestes en soie cloqué apportent, par contraste, une densité de surface qui joue avec la fluidité des robes. Le cloqué, avec ses micro-reliefs, accroche la lumière différemment, et crée un dialogue de textures au sein même d’une silhouette.

Les ourlets brodés, ou comment imiter les étoiles à ras du sol
C’est peut-être au niveau des ourlets que la collection révèle sa plus grande précision. Des garnitures agrémentées de perles viennent border les bas de pièces, transformant chaque foulée en constellation discrète. L’idée est logique dans le cadre du fil conducteur nocturne : si la soie imprimée capte le ciel, les ourlets en touchent le sol tout en le célébrant.
Ce travail de finition mobilise plusieurs ateliers. Le19M, Maison Lemarié, Lesage et l’Atelier Montex sont associés au projet. Chacun intervient selon sa spécialité, et cette concentration de savoir-faire artisanal sur une même collection traduit l’ambition déployée pour concrétiser le propos de Blazy.
La présence de Lesage, référence en matière de broderie, et de Montex, spécialisé dans ce même domaine, laisse entendre que les broderies de perles sur les ourlets ont mobilisé des centaines d’heures de travail manuel. La matière documentaire ne précise pas les volumes, mais la liste des ateliers engagés dit déjà beaucoup sur l’échelle de l’opération.

Ce que cette collection dit de la direction artistique de Blazy
Depuis son arrivée chez Chanel, Matthieu Blazy construit un vocabulaire qui privilégie la matière sur l’ornement systématique, et le récit sur la démonstration. Avec cette collection printemps-été 2027, il ne propose pas un vestiaire habillé de symboles : il propose un vestiaire qui observe le monde, capte sa lumière et la redistribue sur le corps de celle qui le porte.
Le choix d’un fil conducteur aussi quotidien, le temps qui passe d’une aurore à une nuit, ancre la collection dans une réalité palpable. Ce n’est pas la lumière fantasmée d’un voyage lointain, c’est celle d’une journée ordinaire transformée en matière textile. Pour la maison, c’est une façon de situer l’élégance dans le présent, sans recourir à un imaginaire de carte postale.
La mousseline, la soie imprimée, le cloqué et les perles d’ourlet forment ensemble un système cohérent : chaque matière répond à une heure du jour, chaque atelier répond à une technique précise, et l’ensemble tient comme une collection qui sait ce qu’elle veut dire.
Source : la publication de Chanel sur Instagram