Maison Margiela fige ses vêtements sous une peau de tissu pour 2026
Un vêtement que l’on voit sans pouvoir s’en servir : Maison Margiela pousse cette idée jusqu’à son terme logique avec sa collection automne-hiver 2026, intitulée Fusion. Le point de départ n’est pas une rupture, mais un retour : une technique développée par la maison en 2001, la lamination, ressurgit vingt-cinq ans plus tard dans une version que ses propres créateurs n’avaient pas encore tentée.
Quand l’archive devient matière à expérimenter
La lamination n’est pas un procédé nouveau pour Maison Margiela. La maison l’avait développé dès 2001, l’intégrant à une approche déjà marquée par des matériaux peu conventionnels et une construction volontairement exposée. Ce que la collection Fusion change, c’est l’intensité du geste : la technique n’est plus appliquée comme un traitement parmi d’autres, elle devient le principe organisateur de toute une collection.
Partir de ses propres archives pour les radicaliser dit quelque chose du rapport que Maison Margiela entretient avec son histoire. Il ne s’agit pas de rejouer une saison passée, mais de reprendre un outil, de le pousser au-delà de ce qu’il avait produit, et d’en tirer des conséquences formelles entièrement nouvelles.

C’est précisément là que réside l’intérêt de cette démarche : l’archive n’est pas muséifiée, elle sert de terrain d’essai. La maison se cite elle-même, puis s’en écarte.
Ce que le procédé Fusion fait aux vêtements
Concrètement, des matières comme le jersey Second Skin, le velours ou des tissus à l’aspect de collant viennent envelopper chaque pièce. Elles l’enrobent entièrement, au point que la surface visible n’est plus celle du vêtement d’origine, mais celle de la matière qui le recouvre. Cette enveloppe ne s’arrête pas aux bords de la pièce : elle déborde légèrement, laissant un liseré visible qui trahit la présence de deux couches distinctes, désormais réunies en une seule entité.
Sous cette surface, tout est encore là. Les boutons, les revers, les finitions restent lisibles, presque à portée de main. Pourtant, ils ne fonctionnent plus. On distingue la boutonnière sans pouvoir la dégrafer, on perçoit le revers sans pouvoir le rabattre. Maison Margiela crée ainsi un trompe-l’œil précis : la forme du vêtement est intacte, son usage est suspendu.

Ce que cela produit à l’œil, c’est une étrangeté douce. Le vêtement ressemble à ce qu’il est, mais se comporte comme une sculpture. La construction est révélée par la matière même qui l’efface.
La beauté du vêtement figé
Cette tension entre lisibilité et inutilisabilité n’est pas un accident de fabrication. Elle est la finalité de Fusion. Maison Margiela a toujours travaillé sur la déconstruction, sur les codes du vêtement retournés contre eux-mêmes. Ici, la maison va plus loin : elle ne déconstruit pas, elle conserve et neutralise à la fois. Le vêtement reste entier, mais figé dans un état intermédiaire entre l’objet porté et l’objet contemplé.
Ce geste a une cohérence avec l’histoire de la maison, telle qu’elle se pratique depuis sa fondation par Martin Margiela en 1988 : des défilés dans des décors inhabituels, des visages dissimulés pour concentrer le regard sur la pièce, des matériaux sortis de leur contexte. Fusion prolonge cette logique en déplaçant la question sur le vêtement lui-même, non plus sur ce qui l’entoure.

Ce que cette collection révèle, au fond, c’est que Maison Margiela continue de traiter le vêtement comme une question ouverte. Que se passe-t-il quand la surface prend le dessus sur la fonction ? Que reste-t-il d’un manteau dont on voit tout sauf l’usage ? La réponse de la maison pour cet automne-hiver 2026 tient dans ce liseré qui déborde légèrement du bord, trace visible d’une fusion que l’on ne peut pas défaire.
Source : la publication de Maison Margiela sur Instagram