Art déco, bassin flottant sur la Seine ou vue tour Eiffel, ces piscines parisiennes cachent un patrimoine méconnu
Les piscines parisiennes sont bien plus que de simples bassins de natation. Elles racontent l’histoire de la capitale, de l’Art nouveau à l’architecture contemporaine, en passant par des monuments classés et des vues imprenables sur la Seine ou la tour Eiffel. En 2026, ce patrimoine aquatique reste vivant, rénové et ouvert à tous.
Des origines historiques aux piscines parisiennes d’aujourd’hui
C’est d’abord chez les voisins britanniques et allemands que la natation connaît son essor. En France, la première école de nage voit le jour sur un bassin flottant sur la Seine, créée par Barthélemy Turquin à la fin du 18e siècle. Il faut ensuite attendre la fin du 19e siècle pour voir apparaître les premières piscines couvertes.
Le vrai tournant arrive dans les années 1920, grâce aux Jeux olympiques de Paris en 1924. Cet élan donne naissance à plusieurs équipements remarquables, dont certains sont encore en service aujourd’hui. Ainsi, cet héritage sportif et architectural reste bien présent dans le tissu urbain parisien.
La Butte-aux-Cailles, un chef-d’œuvre d’Art nouveau
La piscine de la Butte-aux-Cailles (13e) est classée Monument historique depuis 1990. Ouverte en 1924, elle est l’œuvre de l’architecte Louis Bonnier, ancien étudiant des Beaux-arts passionné par l’Art nouveau. Il conçoit une piscine toute en courbes, jouant avec la lumière grâce au béton armé et à la brique en façade.
L’architecte réalise une sorte de « cathédrale » dédiée au sport, avec sa voûte à quinze mètres du sol pavée de verre et ses suspensions lumineuses. La piscine compte trois bassins : un en intérieur et deux en extérieur, ainsi qu’un solarium.
« L’architecte a réalisé une sorte de cathédrale dédiée au sport, avec sa voûte à quinze mètres du sol pavée de verre. »
Pailleron et Pontoise, un plongeon dans l’Art déco
La piscine de l’espace sportif Pailleron (19e) est classée monument historique depuis 1998. Bâtie en 1933 par l’architecte Lucien Pollet, auteur aussi des piscines Pontoise et Molitor, elle a été totalement rénovée en 2006 avec une charpente métallique et une verrière en courbe. L’espace sportif comprend aussi une patinoire, reconstruite en 2006.
Construite en 1934 par le même Lucien Pollet, la piscine Pontoise rouvre en décembre 2023 après deux ans de travaux. Témoin de l’architecture de l’entre-deux-guerres, elle est classée depuis 1998 à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques. Par ailleurs, en 1936, le commandant Cousteau y dirigea ses premiers essais de plongée en scaphandre.
- Butte-aux-Cailles (13e) : classée Monument historique depuis 1990, ouverte en 1924
- Pailleron (19e) : classée monument historique en 1998, rénovée en 2006
- Pontoise : classée à l’ISMH en 1998, rouverte en décembre 2023
- Joséphine Baker : unique piscine flottante de Paris, ouverte depuis juillet 2006
- Château-Landon (10e) : première piscine publique couverte et chauffée de Paris, inaugurée en 1884
La piscine Joséphine Baker offre, quant à elle, une expérience unique dans les piscines parisiennes. Amarrée au port de la Gare, au pied de la bibliothèque François-Mitterrand, cette structure en verre et acier imaginée par l’architecte Robert de Busni est maintenue à flot par vingt flotteurs métalliques. Ouverte depuis juillet 2006, elle est la lointaine héritière de la piscine Deligny, une piscine flottante qui coula le 8 juillet 1993.
Château-Landon, la renaissance de la doyenne
Inaugurée en 1884, la piscine Château-Landon (10e) est la première piscine publique couverte et chauffée de Paris. Dessinée par l’architecte Lucien-Dieudonné Bessières sur commande de la Société française de gymnastique nautique, elle incarne un patrimoine rare. Totalement rénovée, elle rouvre le 23 février 2026.
Le caractère historique de la piscine a été conservé, tout en modernisant les installations. Ainsi, le traitement de l’eau a été optimisé, l’éclairage repensé et les sols ainsi que les douches ont été entièrement refaits.
Des bassins singuliers pour des expériences hors du commun
La piscine des Amiraux (18e) a servi de décor à une scène du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet. Ce chef-d’œuvre d’architecture a été construit par Henri Sauvage en 1927, puis magnifiquement restauré entre 2015 et 2017. Henri Sauvage est aussi l’architecte des magasins 2 et 3 de la Samaritaine.
Dans le 15e arrondissement, la piscine Emile-Anthoine propose une vue imprenable sur la tour Eiffel depuis son bassin municipal. L’été, un solarium permet de profiter de ce panorama après la nage. Parmi les piscines parisiennes, peu offrent un cadre aussi spectaculaire.
La piscine Thérèse et Jeanne Brulé (14e) a accueilli ses premiers nageurs en février 2020. Elle se distingue par ses deux bassins et ses nombreux dispositifs d’économie d’énergie : centrale de traitement d’air avec pompe à chaleur, capteurs solaires thermiques et récupération de chaleur sur les eaux usées. De plus, la piscine Marie-Marvingt, rue du Renard (Paris Centre), rénovée en 2019, affiche un bassin de 25 mètres en inox d’un style résolument contemporain.
Georges-Vallerey, l’olympique du 20e
La piscine Georges-Vallerey (20e), construite pour les Jeux olympiques d’été de 1924, s’appelait alors la piscine des Tourelles. C’est ici que le nageur Johnny Weissmuller remporta 4 médailles, dont 3 en or, aux Jeux de 1924. Son bassin de 50 mètres fait toujours le bonheur des nageurs parisiens.
Dès l’arrivée des beaux jours, le toit rétractable permet de nager à l’air libre. Entre 1986 et 1989, la rénovation a doté le bâtiment d’un immense toit ouvrant. Le complexe comprend un bassin olympique de 50 m x 21 m, divisible grâce à une cloison mobile, et des gradins pour 1 500 spectateurs. Parmi toutes les piscines parisiennes, c’est l’une des rares à accueillir des compétitions de natation et de water-polo à ce niveau.