À Venise, six stars habillées en Prada ont marqué la Mostra

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À la 83e Mostra de Venise, six noms du cinéma ont choisi Prada pour leurs apparitions officielles. Ce qui frappe, à l’examen de chaque silhouette, c’est moins l’effet de masse que la précision avec laquelle la maison milanaise a composé des tenues distinctes à partir d’une palette chromatique délibérément resserrée.

Le noir comme discipline, pas comme uniformité

Le noir domine l’ensemble des six propositions, mais il n’y fonctionne jamais comme un raccourci. Chaque pièce le décline dans une matière différente, ce qui change radicalement la lecture de la silhouette. Daniel Blumberg, présent à la cérémonie de clôture, portait ainsi un costume croisé en laine noire associé à une chemise en popeline de même teinte et à des chaussures en cuir brossé noir : trois noirs, trois textures, trois niveaux de lumière sur le même corps.

La même logique s’impose chez Riccardo Scamarcio, primé du prix Orizzonti du meilleur acteur pour I Figli Della Scimmia. Son smoking en laine mohair noir tranchait avec la chemise en popeline blanche et le nœud papillon en satin noir, le tout formant un contraste construit, point par point, sans ornement superflu. C’est précisément cette absence d’excès qui rend la construction lisible.

Andrea Pallaoro, venu pour la projection de The Echo Chamber, choisissait lui aussi le smoking, en laine et mohair cette fois, accompagné d’une chemise en popeline blanche et de chaussures en cuir verni noir. Le verni introduit une rupture de brillance que la laine absorbe : un jeu de surfaces qui, à distance, donne de la profondeur à une tenue pourtant sobre dans sa construction.

Quand un détail fait toute la différence

Chez Nicolas Maupas, la sobriété générale du costume en laine noire et de la chemise noire cède sur un seul point : les poignets roses. Ce choix, infime en surface, suffit à sortir la silhouette du registre purement monochrome sans en rompre l’équilibre. Aux pieds, des chaussures en cuir noir complétaient l’ensemble à la cérémonie de clôture.

C’est peut-être dans la tenue de Maggie Gyllenhaal que la maison déploie la réponse la plus complexe à cette même contrainte chromatique. La robe tablier en gabardine de soie noire posait une base structurée, et c’est le corsage en popeline bleue, brodé de perles micro-jet argentées, qui en modifiait la nature. La broderie introduit un travail de main sur une architecture rigoureuse : deux registres que Prada fait coexister sans que l’un efface l’autre.

La tenue féminine en dehors des codes de la cérémonie

Alba Rohrwacher se démarque de l’ensemble par un choix qui n’appartient pas au registre de soirée. Pour la projection de Un Bon Petit Soldat, elle associait une chemise en coton Oxford blanc à une longue jupe crayon en satin technique noir. Le coton Oxford, tissu de jour par excellence, se retrouve ici confronté au satin, matière de nuit : la tension entre les deux crée une proposition que ni l’un ni l’autre ne pourrait générer seul.

Ce type d’association révèle quelque chose de concret sur l’approche de Prada : la maison ne réserve pas les matières nobles aux seuls contextes cérémoniels, et n’abandonne pas non plus les tissus ordinaires aux occasions simples. Le satin technique qui structure la jupe crayon est travaillé comme une pièce à part entière, pas comme un fond neutre.

Ce que la Mostra dit du vestiaire Prada

La Mostra de Venise offre à Prada un terrain d’observation particulier : des personnalités photographiées sous toutes les lumières, dans des contextes variés, projections comme cérémonies, ce qui soumet chaque vêtement à une pression documentaire rarement atteinte sur un plateau de défilé. Sur les six silhouettes présentées, aucune ne repose sur un accessoire spectaculaire ni sur une couleur inattendue pour exister.

Ce sont les matières, les contrastes de brillance et, dans un cas, une seule touche de couleur sur les poignets, qui font le travail. La cohérence de cette démarche, visible d’une tenue à l’autre malgré la diversité des porteurs et des occasions, constitue le vrai fil conducteur de la présence de la maison à Venise. Fondée à Milan en 1913 par Mario Prada et son frère Martino Prada sous le nom de Fratelli Prada, la marque a construit au fil des décennies un vestiaire masculin et féminin où la retenue formelle n’exclut jamais le soin du détail, comme ces six silhouettes vénitiennes le confirment point par point.

Source : la publication de Prada sur Instagram

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